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Les jachères au secours des abeilles

Afin d'enrayer la réduction des populations d'abeilles, un groupe d'agriculteur et d'apiculteurs ont planté des fleurs sur les terrains en jachère afin d'augmenter l'offre de nourriture aux abeilles. Les premiers résultats sont encourageants.

Agroécologie  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com
   
Les jachères au secours des abeilles
   
Depuis le milieu des années 1990, les apiculteurs sont confrontés à un dépérissement et une mortalité anormale de leur rucher qui a pour conséquence directe une perte de la production de miel. À plus grande échelle, ce dépérissement est susceptible d'avoir des conséquences sur les économies agricoles, horticoles et fruitières en raison des modifications éventuelles de la pollinisation, et in fine sur la santé humaine, en raison de la présence éventuelle de résidus toxiques dans les produits apicoles comestibles. Si tous les professionnels du monde agricole semblent d'accord sur ce point, ils le sont moins sur les causes de ce dépérissement. Ils s'avèrent que ce sujet est complexe. Il ne se réduit pas à la lutte médiatique des apiculteurs contre l'utilisation par les agriculteurs de produits comme le Gaucho ou le Régent. Plusieurs travaux confirment le caractère multifactoriel des causes d'affaiblissement des colonies d'abeilles domestiques, probablement sensibilisées par des aléas nutritionnels dus aux activités anthropiques : monoculture, large usage des herbicides, destruction des haies, fauchage précoce des végétaux à fleurs, etc. Le paysage agricole et urbain où l'abeille trouve ses besoins alimentaires en pollen et en nectar a énormément évolué en quelques dizaines d'années suite à la modernisation de l'agriculture et à l'urbanisation croissante. Toutes les nouvelles pratiques soumettent les abeilles à des alternances de surabondance et de pénurie de nourriture préjudiciables à leur résistance aux agressions climatiques ou aux parasites.

En se basant sur ce facteur nutritionnel, des agriculteurs et apiculteurs se sont regroupés au sein du réseau « Biodiversité pour les abeilles » pour tester et faire connaître un nouvel aménagement lancé dès 1992 par un apiculteur bio de la Montagne de Reims : la jachère apicole. Le principe est simple : planter des fleurs sur des terrains mis en jachère conformément à la Politique Agricole Commune (PAC) afin de proposer aux abeilles du nectar et du pollen plus varié, en plus grande quantité et sur une plus grande période de l'année.
Sur le plan réglementaire, la politique agricole commune a établie une série de règles définissant les possibilités d'utilisation des parcelles mises en jachère. L'ensemble de ces règles n'empêche pas les initiatives de jachères à intérêt apicole. Ainsi parmi les 35 espèces autorisées sur jachère, 17 peuvent présenter un intérêt apicole, dont 13 légumineuses, qui sont reconnues pour produire un pollen attractif et de bonne qualité. D'autre part, les possibilités d'utilisation des produits phytosanitaires sur jachères sont très limitées : fongicides et insecticides y sont par défaut interdits, et l'usage d'herbicides y est strictement encadré. De plus, l'interdiction de broyer pendant 40 jours n'est a priori pas un problème dans un objectif de production de nectar et de pollen par les jachères, avec une floraison la plus longue possible.

Ainsi, en 2005 et 2006, plusieurs expérimentations ont pu être menées dans le Loiret, basées sur le principe d'une comparaison entre deux ruchers. 27 ha de jachères à intérêt apicole ont été implantées dans l'environnement proche d'un premier rucher, dit rucher « jachères » sur la commune d'Orville, alors que l'environnement naturel du second rucher, dit « témoin », localisé sur la commune de Beaune-la-Rolande, n'est pas modifié. Les deux ruchers se situent dans la région naturelle du Gâtinais, dans un environnement floristique relativement semblable. Ils sont séparés d'une vingtaine de kilomètres, afin d'éviter la concurrence entre les abeilles des deux ruchers. L'objectif de l'expérimentation est de mesurer l'intérêt des jachères apicoles aussi bien sur le développement que sur la capacité de production de miel pour les colonies situées à proximité.

Un an après les premières implantations de jachères apicoles, le premier bilan est très encourageant. Les résultats montrent une augmentation de 7% de la production de miel dans les zones où les jachères apicoles sont implantées. Il semblerait que ces zones aient permis aux abeilles de mieux résister à la sécheresse 2006 car, dans des territoires similaires en termes d'environnement et de ressources pollinifères mais dépourvu de jachères apicoles, on constate des baisses de production de miel pouvant aller jusqu'à 35%. Une analyse du pollen récolté par les butineuses du rucher en jachère apicole a démontré la présence de pollens provenant des plantes mises en place sur les jachères comme la phacélie ce qui démontre que les abeilles se sont alimentées sur les jachères apicoles.
Une deuxième expérimentation a été mise en place dans la Meuse sur le même schéma. Un mélange de 5 légumineuses a été implanté sur une parcelle de 4,5 ha. Sur une autre parcelle d'environ 13 ha, différentes espèces à intérêt apicole non mélangées ont été semées. L'évolution et la production de deux ruchers comme à Orville, un rucher « jachères » et un « témoin » ont été suivies sur la saison 2006. Les résultats ne sont pas encore connus mais les apiculteurs sont confiants.
Ils attendent même des résultats encore plus probants pour 2007. En effet, en 2006, compte tenu des conditions climatiques, seule la phacélie a fleuri de façon significative sur la plupart des sites semés au printemps. Avec les pleines floraisons de sainfoins, mélilot et autres trèfles, l'impact positif des jachères sur les colonies d'abeilles sera donc vraisemblablement encore plus positif en 2007.

S'appuyant sur les nouveaux enseignements recueillis via l'ensemble de ses expérimentations pilotes, le Réseau Biodiversité pour les Abeilles continue de développer son expertise agronomique des jachères à intérêts apicoles. Selon lui, pour les apiculteurs qui bénéficient de ces jachères apicoles, la plantation de fleurs sur seulement 0,5 % de la surface contribuerait pour 68 % à la qualité du bol alimentaire des abeilles.
À ce jour, 26 départements ont implanté ce type de jachères représentant une superficie de 400 hectares. Chaque jachère s'étend sur des surfaces allant de 3 à 99 hectares suivant les régions.

Réactions9 réactions à cet article

 
une bonne idée à développer

voilà une bonne idée pour tenter de sauver les abeilles
je suis apiculteur amateur en Poitou Charentes et j'aimerai que cette idée se propage chez nous et soit ouverte à tous les apiculteurs, amateurs comme professionnels.
En effet pour les jeunes (par manque de finances, remembrement destructif...etc...) il est de plus en plus difficile de trouver des terrains pour installer des ruches dans la perspective de devenir apiculteur pluriactif ou professionnel, ce qui est mon cas .
il faudrait créer (par l'intermédiaire des syndicats apicoles, responsables régionaux...) des parcelles de jachères fleuries ou chaque apiculteur pourrait installer ses ruches et pourquoi pas moyennant finances (paiement d'une location à l'année par exemple...)

alroc | 03 novembre 2006 à 18h18
 
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mesurettes pour sauver les abeilles

Mesurettes les jachères d'après moi...

l'abeille est un insecte
Si on veut vraiment les sauver commençons en amont.
Disons aux chevaliers du rendement agricole de lever sérieusement le pied sur l'emploi des insecticides de toutes sortes - en particulier ceux qui sont issus de molécules de synthèse et qui sont très difficilement biodégradables-
Le miel est par définition millenaires un produit qui fait appel à la nature et à son équilibre.Il en est totalement dépendant ,comme le lait ,le fromage et la viande

Si les abeilles sont malades après avoir ingérer quelques molécules empoisonneuses elles ne feront pas un bon travail et iront crever dans un état lamentable quelques jours plutard.
Jachères havre de paix , oui ! mais on va ériger des barrages frontaliers et étanches avec les champs voisins ?
Pas d'échange moléculaire allons donc !

un passionné d'apiculture | 09 novembre 2006 à 12h15
 
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Re:une bonne idée à développer

Toute idée pour protéger les abeilles et assurer leur sauvegarde est bonne à prendre.

Par contre comment expliquez vous, que dans la région de St Maixent l'Ecole (Deux-Sèvres), lorsque un essaim sauvage se fixe chez un particulier, aucun des apiculteurs figurant dans les pages jaunes, accepte de se déplacer (même moyennant un dédommagement financier), et que l'on soit obligé de faire appel aux pompiers pour détruire l'essaim.

Voici un beau gachis, au seul prétexte que la saison était terminée et qu'il aurait été nécessaire de nourrir les abeilles pendant l'hiver.

A quand un texte de loi, imposant aux apiculteurs pro, la récupération des essaims, dans un périmètre proche de leur domicile ?

Pascal

Pascal | 09 novembre 2006 à 12h33
 
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jachères à vocation entomologique

Bonjour,

Le regroupement de divers spécialistes pour promouvoir la protection de l'abeille est une très bonne initiative.
J'interviens seulement pour dire que ces jachères fleuries devraient s'élargir aux autres insectes pollinisateurs qui n'ont pas d'importance économique directe (miel) mais qui ont un rôle dans la multiplication des plantes (bourdons, mouches), et aux insectes auxiliaires en protection des plantes (chrysopes, syrphes, coccinelles, Hyménoptères parasitoïdes...) qui se nourrissent à un moment de leur cycle de vie de pollen et de nectar. Il faudrait donc une gamme de fleurs locales plus large (plantes messicoles...).

Les aménagements pour augmenter la diversité floristique ont un intérêt dans l'installation d'insectes bénéfiques, et donc dans l'augmentation de la diversité faunistique. A terme, on pourra recréer un équilibre ennemis naturels - ravageurs, pour ne plus utiliser de pesticides !!!!!

Johanna

Johanna | 09 novembre 2006 à 13h00
 
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Re:Re:une bonne idée à développer

Bonne remarque Pascal. Il faut comprendre qu'un essaim vagabon pour un apiculteur professionnel est une perte de temps. tous essaim récupéré après un essaimage comporte une reine agée de plus d'un an. Cette essaim est en quête d'un nouveau logement ce sont des sans domicile fixe. Si l'essaim arrive après la miellé il faut le soigné et soigné la plupart du temps une Reine de non valeur. Un apiculteur pro doit considéré son déplacement, sont temps, les risques, son cout. Cela n'est pas valable donc il ne fait pas ou plus. Pour lui il est beaucoup plus valable de construire cinquante essaim chez lui avec une jeune reine et de les soignés. Le résultat est beaucoup plus probant surtout qu'il est subventionné par l'Europe pour le faire. Quand à imposé une loi, il est interdit de détruire un essaim d'abeilles de part la loi. La destruction des insectes "nuisible"(?) n'est plus du resssort des pompiers mais du ressort de boite spécialiser. cela coute entre 90 à 100 euros la destruction. Quand un apiculteur se déplace pour récupéré un essaim d'abeilles s'il réclame 50 euro on le traite de voleur. Il faut faire changer les mentalités la récupération à un coût que ne coûte pas la construction. Pour 50 euro on construit un essaim et sur ses cinquante euro on n'est sucéptible de persevoir une subvention. Donc tu impose une loi qui interdit de tuer les abeilles et qui donne à 60 euros de gains tu aura des preneurs d'essaim sauvage vagabon. POse tes question si tu en a d'autres. A bientot

http://christian grasland.free | 09 novembre 2006 à 21h13
 
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Re:Re:Re:une bonne idée à développer

Voici ce que l'on peut appeler une excellente réponse, et détaillée avec cà, qui éclaire un peu plus sur les moeurs des abeilles.

Depuis quelques années, le conseil général du 79 fait payer les interventions des pompiers pour détruire les essaims.

De mémoire, je crois me souvenir que ma mère à régler 75 euros, donc largement plus que le montant du dédommagement que tu évoques, et que du reste, nous avions proposés à certains apiculteurs.... sans résultat d'ailleurs.

Ce que je trouve révoltant dans cette histoire, c'est que d'une part les abeilles figurent effectivement sur la liste des espèces protégés, et que par conséquent leur destruction est illégale, et que d'autre part, les apiculteurs régionaux ont souvent, dans un passé récent, manifestés contre la destruction de leurs essaims par certains pesticides (semences traitées au Gaucho et au Régent).

Il y a donc ici une incohérence flagrante entre l'attente de ces pro, et leurs actions sur la préservation des mouches à miel, comme se plaisait à les nommer Henri Vincenot.

Pascal

Pascal | 09 novembre 2006 à 22h01
 
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on développe

Si tu ouvre les pages jaunes, tu trouve combien de professionnelle? Dis-toi bien qu'une bonne partie manque à l'appelle. Beaucoup de pro se détache des pages jaunes. Ils ne veulent pas avoir la problématique des essaims. Quant aux manifestations contre certain pesticide est ce les pro qui ont manifesté? Il faut déjà pour avoir une idée se demander quel age ils ont ses pro? La profession apicole française vieillie et les bouger c'est dur. Maintenant qui a le droit aux subventions? Le pro! l'amateur que je suis n'en a pas le droit. +80% des apiculteurs français sont des amateurs. Je suis acros aux abeilles depuis mon enfance. A douze ans j'ai débouché mon père pour aller ouvrir un chêne de remembrement pour y sortir un essaim. Personne dans ma famille n'était apiculteur, aujourd'hui ils ont la mains dans la pâte chacun à sa manière. Le plus beau dans l'apiculture, ma passion c'est l'essaimage. Donc je ramasse les essaim suivant ma disponibilité et mes possibilités. Je suis amateur dans les pages jaune sur RENNES avec l'indication "MAI JUIN à l'écoute". Cette année 2006 j'ai ramasser une quarantaine d'essaims, une vingtaine sont valable. Certain sont issu d'apiculteurs qui ne veulent pas plus que quelques ruches. De une à quatre.

Salut à bientôt

http://christian grasland.free | 10 novembre 2006 à 21h12
 
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Re:on développe

Bonjour,
Je n'y connais rien sur les abeilles mais j'aimerais faire quelque chose à mon petit niveau donc, j'ai quelques questions :
- sur mes deux balcons, quelles fleurs je dois planter pour qu'elles viennent, j'ai remarqué que les fleurs "domestiques" genre géranium ou autres ne sont pas attractives pour les abeilles. J'aimerais des fleurs jolies mais mellifères.
- j'ai un petit terrain en région parisienne, où je compte rénover une petite maison. Peut-on envisager une ruche sur une parcelle de 400m2. Si j'y habite par la suite, est-ce dangereux ?
Vos réponses me rendraient service.
Merci beaucoup

P. USO
usopepi@erenis.fr

pepi | 22 août 2007 à 20h10
 
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aide

bonjour,
nous sommes un groupe d'étudiantes à l'Iut de digne et nous voulons développer les jachères apicoles dans le département du 04.
ainsi nous voudrions rentrer en contact avec les personnes qui ont mis en place des jachères apicoles. Si vous pouvez nous renseigner, nous donnez des conseis voici
pour nous contacter mon adresse e-mail:
fabienne.monti@neuf.fr.

Anonyme | 21 mai 2009 à 15h10
 
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