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AZF : la thèse judiciaire remise en cause

Alors que la décision d'appel du procès AZF est attendue pour le 24 septembre prochain, la revue Préventique publie une contre-expertise sur les causalités de l'accident de 2001 qui met à mal le scénario retenu par la justice.

Risques  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com

La revue Préventique, spécialisée dans le management global des risques, publie dans son dernier numéro une contre-expertise de la catastrophe AZF, fruit d'un travail de trois ans mené par un groupe de scientifiques et de professionnels. "De telles conclusions bouleversent les données que la Cour d'appel de Toulouse est amenée à apprécier pour rendre son arrêt", prévient Laurent Jacob, animateur de ce groupe et ancien ingénieur de l'armement.

L'accident chimique, "thèse officielle"

"Au terme d'un long travail de plus de trois années, la thèse judiciaire d'un accident chimique trouvant son explication dans un mélange de produits est (...) anéantie", estime Hubert Seillan, Directeur de la revue Préventique.

L'instruction a toujours été dépendante de l'idée d'un accident chimique, déplore Laurent Jacob. A savoir, le versement d'un produit chloré (DCCNa) dans un stockage d'engrais (nitrate d'ammonium) dans le hangar 221 de l'usine AZF. Le jour même de l'explosion, le procureur de la République déclarait : "cette explosion est à 99% d'origine accidentelle", rappelle Préventique. "L'affaire est aujourd'hui entendue, cette déclaration intervenait sur ordre", révèle l'ancien ingénieur de l'armement.

"Les meilleurs spécialistes avaient affirmé depuis le début" qu'un tel accident "était totalement impossible en milieu confiné", relate la publication. Alors, quel est le contre-scénario retenu par le groupe de travail ?

L'enquête remonte au site de la SNPE, séparée du site AZF par le lit secondaire de la Garonne et qui, protégée par le secret-défense, a été laissé de côté par l'instruction judiciaire. Des arcs électriques, dus à des dépôts de particules laissées par les fumées sur les lignes à haute tension, auraient provoqué l'explosion d'un carburant de fusée produit par la SNPE "certainement déversé dans les anciens souterrains du site industriel". La présence de deux blessés inconnus sur le site de la SNPE, dont l'un mourra rapidement et l'autre vivrait aujourd'hui à l'étranger, plaiderait "en direction d'un acte terroriste interrompu", peut-on lire dans la revue.

Cette première explosion aurait "amorcé au moins deux bombes" datant de la seconde guerre mondiale enfouies dans le sol du site industriel. "Celles-ci ont alors été, l'une à l'origine d'un panache caractéristique de ce type d'explosion, l'autre à l'origine de la seconde explosion, celle du tas de nitrate d'ammonium", avance Laurent Jacob.

"Face à de telles preuves d'un processus totalement différent de celui retenu par l'instruction", la motivation de l'arrêt que la Cour d'appel doit rendre le 24 septembre "est donc particulièrement attendue", estime le polytechnicien.

"Compilation de contre-vérités"

Cette thèse, médiatisée par un article publié aujourd'hui dans le quotidien Sud-Ouest, suscite de nombreuses réactions des parties au procès. "Il ne s'agit pas d'éléments nouveaux mais d'une compilation de contre-vérités. Toutes les pistes qui sont utilisées pour cet article ont toutes été refermées durant l'enquête et les audiences : il n'y a pas eu d'explosion à la SNPE, ni de fuite de carburant", a déclaré Stella Bisseuil, avocate de nombreuses parties civiles, selon des propos rapportés par l'agence Sipa.

Christophe Leguevaques, avocat de la mairie de Toulouse, évoque de son côté les "affabulations de quelqu'un qui ne connaît pas le dossier", rapporte Reuters. "Il n'y a pas de fait nouveau. La thèse de la SNPE, c'est vieux comme l'explosion, on en parle depuis le début. C'est une thèse connue et débattue depuis 10 ans (...) Toutes les analyses scientifiques font état d'une seule explosion sur le site AZF. C'est un non-événement."

Au contraire, pour Daniel Soulez-Larivière, avocat de Grande Paroisse, le scénario d'une double explosion montre "que plus personne ne croit à l'hypothèse judiciaire officielle", selon des propos tenus à l'agence Reuters. L'avocat qualifie le scénario publié dans Préventique de "tentative fort intelligente de donner une explication globale" à la catastrophe.

Une amende de 225.000 euros requise à l'encontre de Grande Paroisse

Lors des débats du procès en appel au printemps dernier, l'avocat général a requis une amende de 225.000 euros à l'encontre de la société Grande Paroisse et une peine de 18 mois de prison avec sursis et 15.000 euros d'amende contre l'ex-directeur de l'usine, Serge Biechelin.

En première instance, le tribunal correctionnel "avait eu le courage de prononcer une relaxe au bénéfice du doute", estime Préventique. "Mais aujourd'hui, le doute est écarté. Il y a bien eu deux explosions et un accident industriel chez AZF du fait des pollutions et des perturbations électriques".

Prévenant toute accusation de collusion avec Total, Préventique écrivait dans la conclusion d'un ouvrage publié en janvier 2009 "d'aucuns diront aussi qu'en doutant, nous apportons notre appui à l'exploitant. Nous répondons que ce n'est pas notre doute qui compte, mais ce qui le fonde".

Nul doute en tout cas que de nombreux regards seront dirigés vers la Cour d'appel de Toulouse le 24 septembre prochain.

Réactions2 réactions à cet article

 

Bon article, qui fait le point sur tout ce qui a été entendu jusque là.

Sur le fond, la revue Préventique n'a jamais été sérieuse, elle n'est écrite que par 2 ou 3 auteurs qui s'auto-paraphrasent d'un numéro sur l'autre. Ce n'est pas une revue scientifique, encore moins objective, d'autant plus sur ce dossier : le groupe Préventique vient de passer un contrat avec Total...

Lilly | 30 août 2012 à 09h30
 
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La Vérité est sûrement ailleurs! Pas besoin de bombes pour faire exploser une atmosphère saturée de N03NH4 .Il suffit d'une explosion à côté ,SNPM par ex, accompagnée d'un éclair et des vibrations d'ondes. Pourtant, il suffirait de simuler l'expérience dans un labo pyrotechnique et vérifier l'hypothèse d'un chimiste ayant fait son service dans une...poudrerie.Bien sûr, Total aurait les moyens de le faire, mais on peut toujours rêver;

arthur | 30 août 2012 à 10h13
 
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