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PFAS (3/3) : l'incendie de Lubrizol met en lumière la contamination à Rouen

L'accident industriel survenu sur le site de Lubrizol a suscité des interrogations sur les conséquences sur le milieu, notamment par rapport aux PFAS. Des travaux tentent de retracer les contaminations.

Eau  |    |  Dorothée Laperche
PFAS (3/3) : l'incendie de Lubrizol met en lumière la contamination à Rouen

L'incendie survenu en septembre 2019 dans l'usine de Lubrizol et les entrepôts de Normandie Logistique, à Rouen, a-t-il contribué à contaminer l'environnement en substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) ? Cette question s'est posée à un certain nombre de parties prenantes de la cité normande. Des travaux commencent à donner un premier éclairage.

 
Il est peu probable que l'utilisation massive de mousses anti-incendie lors de l'incident ait un lien avec les concentrations en PFAS mesurées dans les eaux souterraines en aval  
Hugo Carronnier, pharmacien toxicologue
 
Ainsi la thèse soutenue en 2021 par Hugo Carronnier, pharmacien toxicologue, désormais chef de projet spécialisé dans les PFAS chez la société Valgo, s'est notamment intéressée à des composés PFAS retrouvés dans les mousses utilisées pour éteindre l'incendie, en particuier les acides perfluoro-octanesulfoniques (PFOS), et l'acide perfluorohexanesulfonique (PFHxS). « Nous avons réalisé environ 160 prélèvements dans toute la vallée de la Seine, entre le barrage de Poses (Eure) et l'estuaire, pour évaluer l'impact de l'accident industriel sur les eaux, les sédiments, les végétaux, les planctons et les animaux qui vivent dans la Seine », détaille le spécialiste. Les résultats montrent plusieurs types de contaminations : tout d'abord, dans les eaux de surface, en aval de Rouen, celle-ci est faible et majoritairement au PFHxS. « Nous n'observons pas de différence en amont et en aval de Lubrizol, note Hugo Carronnier. L'incendie n'a pas eu de conséquence dans les eaux de surface. »

Une contamination forte des eaux souterraines

Dans les eaux souterraines, en revanche, la contamination est forte : elle serait entre 30 et 170 fois plus élevée que celle retrouvée par l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) lors de sa campagne nationale lancée en 2010, quand elle se situait aux alentours d'un nanogramme par litre. Les niveaux les plus élevés se retrouvent au droit de sites industriels, mais aussi à proximité de sites d'entraînement des pompiers, qui utilisent de façon régulière des mousses anti-incendie. « Ces nappes ne font pas l'objet de prélèvements par les stations de captages d'eau potable », rassure Hugo Carronnier.

 
Vers une interdiction des PFAS dans les mousses anti-incendie L'Agence européenne des produits chimiques (Echa) a proposé, en février 2022,
de restreindre, au titre du règlement Reach, toutes les substances per- et
polyfluoroalkylées (PFAS) dans les mousses anti-incendie. L'interdiction viserait
leur mise sur le marché, leur utilisation et leur exportation. « Si elle est adoptée, la restriction pourrait réduire les émissions de PFAS dans l'environnement de plus de 13 000 tonnes sur trente ans », évalue-t-elle. Et ce, pour un coût de 7 milliards d'euros couvrant notamment la modification des équipements pour l'utilisation de mousses alternatives, le nettoyage des équipements pour éliminer les résidus de PFAS et le surcoût des mousses alternatives. La Commission européenne prendra la décision de restriction avec les États membres de l'UE. Cette élimination des PFAS correspond à l'un des objectifs de la Stratégie européenne sur les produits chimiques, présentée par
la Commission en octobre 2020.
 
Dans les sédiments, l'analyse a mis en évidence majoritairement un contaminant qui n'est pas utilisé par les industriels de la vallée de la Seine : l'acide perfluorobutanoïque (PFBA), mais aussi du PFOS. Les poissons étudiés, des gardons et des sandres, montrent, quant à eux, des concentrations importantes, mais en baisse par rapport aux niveaux observés en 2010.

« D'après notre étude, il est peu probable que l'utilisation massive de mousses anti-incendie lors de l'incident sur le site de la société Lubrizol ait un lien avec les concentrations en PFAS mesurées dans les eaux souterraines en aval de Lubrizol », estime Hugo Carronnier. Pour ce dernier, deux pistes pourraient expliquer cette contamination généralisée : les nombreux sites industriels dans les domaines de la papeterie, de l'électronique, de la pharmaceutique ou du textile ainsi que l'urbanisation des bords de la Seine, mais également les sites d'entraînement des pompiers. « Au regard de la surcontamination des eaux souterraines, nous avons mené une seconde étude avec Valgo et nous avons observé que certaines nappes sollicitées par la métropole de Rouen étaient très contaminées, précise Hugo Carronnier. Nous avons transmis les données de ces travaux à la préfecture, la mairie et la métropole de Rouen ainsi qu'à des associations. »

Recherche en cours

L'accident survenu sur le site de Lubrizol a également suscité l'intérêt de l'université de Rouen-Normandie. « Au départ, notre projet a démarré en réponse à des associations et des journalistes sur des questions scientifiques qui n'étaient pas portées dans le débat public, détaille Matthieu Fournier, directeur du département géoscience et environnement de l'université de Rouen-Normandie. L'université a ensuite monté un projet de recherche pluridisciplinaire (COP HERL) s'intéressant aux conséquences de l'incendie pour l'homme et l'environnement et qui est financé par la Région, la métropole de Rouen et l'Agence nationale de la recherche. »

Lancé en novembre 2020, le projet vise notamment à mesurer l'imprégnation par différents polluants, dont les PFAS, des matrices environnementales et à évaluer la toxicité éventuelle des produits de l'incendie. « Nous avons prélevé des échantillons d'air, d'eau de surface, d'eaux souterraines, mais aussi de sédiments par carottage. Ces colonnes extraites du sol permettent de suivre dans le temps les caractéristiques des contaminations, explique Matthieu Fournier. Il nous reste des carottes à prélever, en face de l'usine Lubrizol, notamment au niveau de la darse qui a réceptionné les eaux de ruissellement de l'incendie, la darse au Bois. »

Au total, une dizaine de PFAS devraient être recherchées dans les échantillons. Pour savoir lesquelles sont présentes en plus grande quantité et intéressantes à cibler, les scientifiques vont mener une première analyse globale avant de s'intéresser à celles identifiées comme marqueurs. « Nous vérifierons et analyserons nos données, nous les comparerons à des valeurs obtenues dans des contextes différents. Nous devrions restituer les résultats en décembre 2023 », situe Matthieu Fournier.

À la lumière des données disponibles, mais également du contexte seino-marin, la préfecture et l'agence régionale de santé (ARS) cherchent également à en savoir plus en décidant d'anticiper la future obligation de suivi de 20 PFAS dans l'eau potable prévue en 2026. Ainsi, une surveillance sur une quinzaine de captages ou champs captants considérés comme sensibles aux pollutions urbaines et industrielles est mise en oeuvre en Seine-Maritime depuis fin mars 2022. De quoi mieux évaluer la dissémination de cette pollution dans l'environnement.

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