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Silice cristalline : l'Anses recommande de durcir la réglementation au travail

L'Anses estime que les valeurs limites d'exposition professionnelle à la silice cristalline sont trop élevées. Elle recommande aussi de reconnaître comme maladie professionnelle le cancer broncho-pulmonaire indépendamment de la silicose.

Risques  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com

L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) estime que l'exposition des travailleurs à la silice cristalline représente "un risque sanitaire particulièrement élevé". Elle recommande de mieux les protéger en abaissant les valeurs limites d'exposition professionnelle (VLEP), en mesurant mieux les concentrations en silice cristalline, ou encore en généralisant les mesures préventives. Il faut aussi compléter les tableaux des maladies professionnelles et améliorer la surveillance médicale des travailleurs exposés, ajoute l'Anses qui rend, ce mercredi 22 mai, un avis sur les connaissances concernant les dangers, expositions et risques relatifs à la silice cristalline.

365.000 travailleurs exposés

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) classe depuis 1997 la silice cristalline en tant que cancérogène avéré. Entre 2010 et 2017, le nombre d'employés exposés en France a progressé de 295.000 à 365.000, rapporte l'Anses. L'extraction des minéraux, leur transformation, le BTP, ou encore le recyclage des déchets du BTP sont les principaux secteurs concernés. Les VLEP sur 8h des trois principales formes de la silice cristalline sont de 0,1 milligramme par m3 (mg/m3) pour le quartz et 0,05 mg/m3 pour la cristobalite et la tridymite. En outre, les silicoses liées à l'exposition à la silice cristalline, ainsi que le cancer broncho-pulmonaire (uniquement s'il est associé à la silicose), peuvent être reconnus en tant que maladie professionnelle.

L'étude de l'Anses passe en revue les différentes maladies susceptibles d'être associées à l'inhalation de poussières contenant de la silice cristalline, ainsi que les données d'exposition des travailleurs et les méthodes de surveillance de cette exposition.

Abaisser la VLEP et mieux mesurer la concentration

L'une des principales conclusions de l'étude concerne la valeur limite d'exposition professionnelle (0,1 mg/m3) qui "n'est pas suffisamment protectrice". L'Anses explique qu'une exposition cumulée de 45 ans à cette VLEP sur 8h entraine un excès de risques individuels "supérieurs à 1 pour 1.000". Cet excès de risques concerne les décès par silicose et maladies respiratoires non malignes. Bien que plus faible, l'excès de risques associé à une valeur limite abaissée à 0,05 ou 0,025 mg/m3 est toujours supérieur à 1 pour 1.000. "Entre 23.000 et 30.000 travailleurs seraient exposés à la silice cristalline à des niveaux excédant 0,1 mg/m3et plus de 60.000 exposés à des niveaux excédant 0,025 mg/m3en France", signale l'Anses. Elle recommande de réviser les VLEP "sans faire de distinction entre les [différentes formes de silices cristallines]", ce qui plaide, indirectement, pour un abaissement de la VLEP appliquée au quartz au niveau de celle retenue pour la cristobalite et la tridymite (0,05 mg/m3).

En outre, l'Anses recommande de mesurer la teneur en silice cristalline alvéolaire directement par prélèvement atmosphérique, "quel que soit le secteur d'activités concerné". Elle rejette les méthodes d'extrapolation à partir du taux de silice cristalline dans les matériaux bruts et "les résultats des mesures en « poussières alvéolaires sans effet spécifique » telles que définies par la réglementation". L'Anses émet aussi des recommandations sur la méthode de mesure la plus adaptée. En termes de prévention, elle recommande de généraliser le travail à l'humide et/ou le captage à la source "en vérifiant systématiquement au préalable leur efficacité en fonction des outils et techniques utilisées, y compris dans les chantiers mobiles".

Étendre la liste des maladies professionnelles

L'Anses rapporte aussi que des études récentes pointent un "risque significatif [de cancer broncho-pulmonaire] indépendamment de la silicose" et qu'il "est significatif, même pour les niveaux d'exposition les plus faibles". Même si ces études montrent des limites, l'Agence recommande de reconnaitre certains travaux exposant à la poussière de silice cristalline comme procédés cancérogènes. L'Agence appelle, a minima, à transposer "dans les meilleurs délais" la directive européenne de 2017 relative à l'exposition à des agents cancérigènes ou mutagènes au travail. Celle-ci reconnaît le caractère cancérogène de la silice cristalline, indépendamment de la survenue préalable d'une silicose. Les tableaux des maladies professionnelles doivent aussi être revus en conséquence.

La surveillance médicale des travailleurs exposés fait aussi l'objet de recommandations. L'Anses suggère notamment de mieux suivre les formes précoces de silicose pulmonaire, d'évaluer l'intérêt du scanner dans le dépistage de la silicose et d'inclure les travailleurs exposés à la silice cristalline (mais non atteint de silicose) dans le suivi de sujets ayant été exposés à des cancérogènes broncho-pulmonaires (expérimentation prévue par la Haute autorité de santé (HAS) et la Société française de médecine au travail (SFMT)).

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