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Agribalyse : le cycle de vie de 39 produits agricoles passé au crible

Fruit de trois ans de travaux multidisciplinaires, la base de données Agribalyse fournit des données de cycle de vie pour les principaux produits agricoles consommés en France. La première étape d'un long chantier d'évaluation environnementale.

Agroécologie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
Agribalyse : le cycle de vie de 39 produits agricoles passé au crible

L'Ademe a présenté le 1er octobre la base de données d'inventaires de cycle de vie (ICV) de produits agricoles Agribalyse®, résultat de plus de trois ans de travaux avec quatorze partenaires. Avec 137 ICV, couvrant les produits les plus consommés en France (25 produits végétaux et 14 produits animaux), cette base de données est une première, par son ampleur, dans le monde des ACV agricoles. L'évaluation environnementale de ces produits est en effet récente et complexe : les impacts de l'agriculture sont multiples et les pratiques agricoles très variables.

 
Agribalyse : pour quoi faire ? L'outil Agribalyse a vocation à être utilisé par des filières ou des organismes agricoles. "Cet outil permettra d'identifier les enjeux et de repérer, dans la chaîne de production, quels sont et où sont les principaux impacts. Plus tard, elle permettra de tester et évaluer les solutions mises en œuvre pour réduire les impacts", explique Jérôme Mousset.
L'institut du porc (Ifip) aurait ainsi fait des choix méthodologiques identiques à ceux d'Agribalyse dans ses réflexions pour réduire les impacts environnementaux des élevages via l'alimentation.
L'outil pourra également alimenter la base de données publique Impact, qui fournira des données génériques pour l'affichage environnemental des produits.
 
"Nos travaux ont été guidés par un double objectif : élaborer une première base de données pour servir de repère et engager des processus d'amélioration, d'éco-conception, mais aussi fournir des informations pour l'information environnementale", indique Jérôme Mousset, chef du service agriculture et forêt de l'Ademe.

Définir une méthodologie harmonisée et partagée

Auparavant, il a fallu construire une méthode harmonisée pour étudier les impacts des produits du berceau à la sortie du champ ou à l'atelier de production pour les produits animaux.

"Les données contenues dans Agribalyse sont censées influer sur des choix économiques, politiques. Il faut donc que ces choix méthodologiques soient assurés et non remis en cause dans quelques mois ou années", explique Gérard Gaillard, responsable du groupe analyse de cycle de vie du centre de recherche suisse Agroscope Art. Un rapport méthodologique, détaillant les choix opérés pour Agribalyse, a été publié. "Il faut être transparent sur nos choix méthodologiques. Les résultats de cette expérience collective et partagée ont vocation à être appropriés par d'autres organismes et enrichis", souligne Jérôme Mousset.

Il a donc fallu définir les périmètres de l'inventaire de cycle de vie. Pour les productions végétales, "l'ensemble des processus amont (fabrication des intrants par exemple) et sur champ (opérations culturales)" sont pris en compte mais tout ce qui suit la récolte est exclu, indique le rapport méthodologique. Ainsi, les coproduits, qui résultent souvent de la transformation, n'ont généralement pas eu besoin d'être pris en compte à ce stade pour les produits végétaux.

Pour les productions animales, "l'ensemble des processus nécessaires au fonctionnement de l'atelier (bâtiments d'élevage, stockage et fabrication des aliments d'élevage sur la ferme, fonctionnement de la salle de traite et du tank à lait, etc.) sont inclus mais les opérations de transformation pour l'alimentation humaine (transformation fromagère, etc.) sont exclues". Ici, pour les coproduits, des allocations d'impacts ont été établies. Par exemple, pour un système avec des vaches laitières, les impacts vont être répartis entre le lait, le veau et la vache de réforme.

Il a fallu ensuite modéliser les émissions directes et indirectes ainsi que les ressources nécessaires aux processus de production (eau, occupation des terres…). La base de données est multicritères afin d'éviter les transferts de pollution. Si certains indicateurs sont aujourd'hui stabilisés, comme l'énergie ou les émissions de gaz à effet de serre, d'autres nécessitent d'être améliorés (biodiversité, eau, toxicité…). Parfois, un consensus scientifique n'existe pas. Dans le cas de l'absence de consensus scientifique, les partenaires d'Agribalyse ont opté pour une position de prudence : les flux ou indicateurs n'ont pas été intégrés (ex : flux de carbone des sols dans le bilan gaz à effet de serre des productions).

Définir des produits représentatifs du marché français

"L'ambition d'Agribalyse n'est pas d'évaluer les impacts environnementaux de chaque exploitation agricole, mais bien d'étudier des « cas types » permettant de mettre en évidence les bénéfices, en matière d'environnement, de certains modes de production", précise l'Ademe.

Ainsi, la construction d'ICV représentatifs au niveau national s'est basée sur l'agrégation d'ICV unitaires correspondants à différents systèmes de productions (conventionnel, bio, appellation d'origine contrôlée…). Au total, 137 itinéraires ont été intégrés à la base de données. "Au regard de la variabilité des pratiques et des conditions pédoclimatiques sur le territoire, il est souvent difficile de construire directement une description agronomique pertinente d'un produit moyen français. Ainsi, des déclinaisons régionales, ou par mode de production et pertinentes au niveau agronomique ont été définies, et ont permis de construire un produit moyen France", précise le rapport méthodologique.

"C'est un premier socle de connaissances pour les productions agricoles, estime Jérôme Mousset. Ce type de travail a besoin d'une suite". Ainsi, le niveau de qualité et de fiabilité des données utilisées pour les inventaires n'est pas toujours optimum. "Si nous connaissons assez bien les pratiques dans le conventionnel, le bio recouvre parfois différentes réalités moins bien documentées. C'est pourquoi, par la suite, il faudra enrichir la méthode, améliorer les points limites identifiés, avec les connaissances qui nous proviendront de la recherche". Agribalyse, qui se base aujourd'hui sur des données 2005-2009, devra également être actualisée régulièrement pour conserver sa pertinence.

Réactions7 réactions à cet article

 

AgriBalyse n'est pas en accès libre: on sait juste ce qui a été etudié mais rien d'autre...

ami9327 | 10 octobre 2013 à 15h57
 
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Quels sont les moyens consacrés à ce type de recherche ?
Où bien c'est un "joujou" destiné à occuper quelques chercheurs en mal d'activité, ou bien c'est un sujet important pour définir les pratiques agricoles optimales, au cas par cas.
On pourrait alors juger que cela mérite peut-être qu'on y mette les moyens adéquats.

Jean-Claude HERRENSCHMIDT | 10 octobre 2013 à 23h26
 
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Pour répondre à la question: en trois ans de travaux, on a "découvert" que, pour un élevage porcin, les trois questions majeures sont l'alimentation, l'énergie et les déjections. Un grand bravo pour ce résultat renversant...
Sérieusement, il démontre la convergence entre gestion rigoureuse d'une entreprise agricole et protection de l'environnement: CQFD.

Albatros | 11 octobre 2013 à 09h45
 
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On ne peut que se féliciter d'un tel travail, les ICV des produits agricoles étant assez limitées. Il faut toutefois rappeler que cette base de donnée a été réalisée dans le cadre de l'affichage environnemental (aider le consommateur à faire le bon choix). Quid de la différenciation entre 2 produits si les données pour la production de lait, oeuf et autres aliments sont tous basées sur des moyennes. Pas moyen donc de différencier entre un élevage industriel et un bio?? dommage...

Science & Environnement | 11 octobre 2013 à 11h27
 
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C'est bien dommage que toutes ces informations restent dissimulée au grand public. Cela soulève quelques interrogations...

ami9327 | 14 octobre 2013 à 11h20
 
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Il faut dire que l'ADEME a acheté des données aux consultants qui ont développé des bases de données les premiers (sans aucune garantie sur la fiabilité desdites données). Cela explique que l'accès n'est pas libre: cela a coûté très cher à cette agence de l'Etat, donc aux contribuables que nous sommes. Marrant que la "vertu" environnementale amène à engraisser des aigrefins qui revendent des données non sourcées.

Albatros | 14 octobre 2013 à 16h15
 
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Je croyais que les résultats de la recherche publique, financée par les finances publiques c'est à dire les impôts, devaient être libres d'accès...
D'autant que ce serait le meilleur moyen d'abonder les données de référence

MichelF | 23 octobre 2013 à 10h45
 
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