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Le secteur financier au chevet du climat

L'arithmétique du secteur financier ne devrait plus se limiter à la seule rentabilité à court terme. Une étude préconise de déployer un ensemble d'incitations et de méthodologies afin d'orienter vers des investissements climatiquement viables.

Gouvernance  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com
Le secteur financier au chevet du climat

Pour Jean-Pierre Sicard, directeur général délégué de CDC Climat et Président du think tank 2° Investing, "au cours des dix dernières années, les investisseurs ont développé des méthodes diverses de comptabilisation des impacts carbone de leurs portefeuilles d' investissements. Pour autant, cela ne suffira pas à atteindre l'objectif international de limiter la hausse des températures à +2°C", a-t-il déclaré à l'occasion de la présentation de l'étude Long-Investing Metrics sur la comptabilisation des émissions par le secteur de la finance, le 4 juillet dernier, soutenu par l'Ademe, la Caisse des Dépôts, l'AFD, le PNUE-finances et l'organisation Bilan Carbone, devant une centaine d'investisseurs institutionnels.

La finance carbone est sous perfusion. Les fonds climatiques ont atteint 360 milliards de dollars en 2010-2011, soit un volume largement inférieur aux 500 milliards d'investissements annuels requis selon l'Agence internationale de l'énergie. De plus, le surinvestissement dans les énergies fossiles stimule les émissions qui creusent le déficit du budget carbone. Le contenu carbone des réserves existantes est trois à six fois supérieur à la quantité maximale de carbone autorisée pour respecter le seuil des +2°C.

Le secteur financier est lui-même exposé au risque carbone. Ce dernier prend la forme de risques à court terme, d'une menace d'actifs qui se déprécient dans le temps, et de litiges climatiques possibles à moyen et long terme. Cependant, l'absence de signal-prix sur le carbone et l'horizon à court terme des investissements maintient le risque carbone en dehors des radars. Réorienter le secteur de la finance demandera des incitations ciblant directement les investisseurs afin de mobiliser les actions à long terme et de réduire les investissements dans les énergies fossiles.

Développer des méthodologies standard

L'étude Long-Investing Metrics identifie une douzaine de méthodes pour y parvenir, à partir de pratiques et de propositions existantes émanant des gestionnaires de fonds, du secteur bancaire et des ONG : fonds souverains, actions et obligations, financements de projets, crédits et taux. Le reporting des émissions de gaz à effet de serre (GES) reste cependant lacunaire, tant en amont de la chaîne de production que pour les produits finaux, tout comme celui des PME et d'autres acteurs comme les ménages ou les gouvernements.

Long-Investing Metrics préconise donc une série de techniques de modélisation afin d'éclairer les décisions des investisseurs et d'orienter le niveau des allocations d'émissions allouées aux industriels. Des bases de données et outils de calcul permettent déjà de fournir des données brutes sur les facteurs d'émissions afin d'éclairer les analyses des investisseurs. Ainsi, l'étude estime que les coûts de mise en œuvre sont relativement marginaux pour les institutions financières.

Reste qu'aujourd'hui, les investisseurs ne disposent pas d'une cartographie suffisamment fine des impacts climatiques des produits financiers. Il est pour le moment impossible de relier la multitude des pratiques d'investissements émergeant des acteurs économiques (bottom up) avec les scénarios macroéconomiques et climatiques globaux. Il en ressort que les objectifs de long terme ne pourront pas être atteints sans modèles d'allocation des émissions et sans cadres de régulation.

Orienter les investisseurs vers la transition énergétique

En outre, l'étude Long-Investing Metrics souligne qu'étant donné la méthodologie actuelle des émissions financées, la mise en œuvre de financements « performants » sur le plan climatique et la cartographie des risques devra requérir des développements méthodologiques plus affinés, en particulier en termes d'étalon de comparaison : comment évaluer l'impact d'un portefeuille d'investissements par rapport aux investissements compatibles avec la limite climatique de +2°C tels que ceux que préconise l'Agence internationale de l'énergie ?

Un ensemble d'initiatives se font jour afin d'établir des méthologies standard : protocole des gaz à effet de serre établi par le PNUE-finances, initiatives nationales en France et en Allemagne qui tendent toutes à introduire des standards d'ici à 2014-2015. A mesure que des standards de reporting seront disponibles pour le secteur financier, les pratiques de reporting elles-mêmes se répandront et concourront à une plus grande transparence. Pour autant, ces standards ne se suffiront pas à eux-mêmes : il restera à mettre en œuvre des indicateurs de performance climatique effective et des indicateurs de référence afin de pouvoir rapporter les stratégies d'investissements aux scénarios climatiques. Le programme de recherche du think tank 2° Investing Initiative vise à combler cet écart, afin d'orienter les investisseurs vers la transition énergétique.

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