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Futur centre de traitement de déchets ménagers d'Ivry-Paris XIII : bilan du débat public

Le débat public sur le projet de reconstruction du centre de traitement des déchets ménagers d'Ivry/ParisXIII s'est achevé le 28 décembre. Si le projet de reconstruction n'est pas contesté, ses caractéristiques mêmes suscitent encore le débat.

Déchets  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
   
Futur centre de traitement de déchets ménagers d'Ivry-Paris XIII : bilan du débat public
L'un des trois projets envisagés pour le nouveau centre de traitement des déchets d'Ivry/Paris XIII
© Syctom
   
Après quatre mois de débat, 9 réunions publiques réunissant près de 1.000 participants, la Commission particulière de débat public (CPDP) tire les enseignements des discussions sur le projet de reconstruction du centre de traitement des déchets ménagers d'Ivry/Paris XIII. L'actuel centre de traitement des déchets ménagers a atteint 40 ans d'existence à l'horizon 2010, le syndicat de traitement des déchets ménagers de l'agglomération parisienne (SYCTOM) a donc étudié son remplacement par un centre de traitement conjuguant méthanisation avec valorisation biologique, et incinération avec valorisation énergétique. Le maître d'ouvrage a désormais trois mois pour présenter officiellement le projet retenu. Le chantier devrait démarrer en 2014 pour une ouverture en 2018.
Pour la CPDP, le projet fait l'objet d'un quasi-consensus des collectivités. Seule la mairie d'Ivry ne s'est pas encore prononcée officiellement sur le sujet. Le Conseil général du Val-de-Marne demande quant à lui qu'il y ait une coordination entre les projets des 3 usines du département : Créteil, Ivry et Rungis, pour ''une adéquation des capacités de traitements aux objectifs du Plan régional''.
Les syndicats d'exploitants et les salariés soutiennent ce projet. Du côté des associations et du grand public, ''il n'y a pas d'objection majeure ni d'opposition constituée à la reconstruction du centre de traitement des déchets sur le même site, mais plusieurs caractéristiques du projet font en revanche l'objet de critiques'', note le compte-rendu. Certains participants ont néanmoins regretté que seules 3 déclinaisons du même projet leur aient été présentées, sans véritable alternative. Cela ''a amoindri l'utilité du débat, le projet apparaissant comme ficelé''.
La CPDP déplore en effet une mobilisation décevante du public, qui pourrait s'expliquer par ''le fait qu'il s'agit d'une reconstruction et non d'un nouveau projet, que le projet est très avancé et ne propose pas d'alternatives et enfin que le débat est intervenu trop tard dans le processus de décision''.

Divergences sur les capacités de traitement du prochain centre

Pour les associations ayant participé au débat public et regroupées au sein du collectif 3 R (réduire, réutiliser, recycler), ''le projet proposé par le Syctom s'inscrit dans la continuité de l'existant, en donnant la priorité à l'incinération, malgré une diminution apparente du tonnage, au détriment de la prévention, de la réutilisation et du recyclage''.
Le Syctom pour sa part considère ''son projet comme une réponse indispensable à la demande de traitement des déchets ménagers du bassin versant à l'horizon 2020''. Pour le syndicat, les 600.000 tonnes annuelles envisagées se justifient par les prévisions du Plan régional d'élimination des déchets ménagers et associés (Predma), les caractéristiques propres du bassin d'Ivry (croissance démographique) et les incertitudes quant aux résultats des actions en faveur de la réduction des déchets. Il rappelle que le projet diminue de 20 % la capacité globale de traitement par rapport à l'installation actuelle et divise par deux la capacité d'incinération.
Pour les associations, le Syctom sous-évalue les objectifs du Predma qui prévoit une diminution du volume de déchets à traiter par habitant de 50 kg entre 2005 et 2019. Le syndicat table lui sur une diminution de 42 kg par personne entre 2008 et 2020. Le Conseil régional a tenu à rappeler que les objectifs du Predma étaient des moyennes régionales qui ne peuvent pas s'appliquer à un bassin versant.
Le Syctom prévoit large car il se dit inquiet d'une éventuelle sous-évaluation des capacités qui conduiraient à une augmentation de la mise en décharge en Grande-Couronne (300.000 tonnes/an actuellement). Il rappelle néanmoins que si le volume des déchets à incinérer venait à diminuer, la charge de chacun des fours peut être baissée de 30 % et les déchets peuvent être remplacés par de la biomasse.
Pour les associations, l'objectif de 600.000 tonnes a été calculé selon le besoin de chauffage collectif (100.000 équivalents logements) alimenté par la valorisation énergétique des déchets, ce qui détourne les collectivités de ''ce qui devrait être leur première préoccupation : la prévention''.
Enfin, quant au principe de solidarité territoriale affiché par le Syctom afin de diminuer l'enfouissement des déchets à l'extérieur du territoire et optimiser l'utilisation de ses équipements, les associations succombent au syndrome Nimby (Not in my back yard = pas chez moi !). Le nouveau centre pourrait en effet accueillir pour l'incinération 110.000 tonnes/an issues des usines de Romainville et du Blanc-Mesnil. Les associations ont tenu à rappeler que le centre d'Ivry recevait déjà les déchets d'une partie de Paris et de sa région Sud-Est et que la commune avait déjà ''suffisamment contribué à la solidarité intercommunale depuis la mise en service de l'incinérateur en 1969''.

Prévention, méthanisation, incinération : de nombreux désaccords

Si tous les acteurs s'accordent sur la priorité donnée à la prévention, les associations reprochent au Syctom de ne pas assez s'engager sur le sujet. Le syndicat, tout en rappelant consacrer ''un budget important à la prévention'', indique que la compétence revient aux communes. La région Ile-de-France affirme qu'une meilleure cohérence des politiques de prévention pourrait être obtenue en reconsidérant la répartition actuelle des compétences entre les collectivités.

Si le principe de méthanisation en complément de l'incinération semble accepté par tous, une partie du public s'est inquiété des contraintes de volumes de stockage du biogaz inhérentes à ce projet et les risques de nuisance olfactive.
De nombreuses réticences ont été émises quant au recours au tri mécano biologique des déchets (procédé énergivore, compost de moindre qualité). Pour sa part, le syndicat souligne la nécessité d'avoir recours à ce procédé en attendant la mise en place généralisée de la collecte sélective des biodéchets sur le territoire.

Concernant les risques sanitaires liés à l'incinération, les associations demandent qu'un comité de suivi impliquant la société civile, avec des contrôles fréquents et indépendants, soient mis en place. Le Syctom propose en réponse de créer un indicateur accessible à tous, la mise en place de sentinelles volontaires et de déléguer aux associations l'organisation et la maîtrise d'un contrôle annuel des émissions.

Quelle suite ?

Pour prolonger la concertation, le Syctom propose de rester sur la base du comité de concertation qui sera installé entre juin et octobre 2010. Les associations préféreraient la création d'une structure permanente de concertation. Elles demandent également la mise en place d'un garant indépendant, proposition auquel le syndicat n'est pas opposé si sa désignation fait l'objet d'un consensus.

Réactions4 réactions à cet article

 
Rien de nouveau....

Les problèmes liés à l'incinération restent entiers. On nous présente des projets dans de jolis paquets cadeau. La valorisation énergétique est un leurre de part son coût de revient, l'incinération est incompatible avec le tri, le recyclage des déchets; elle produit ses propres déchets, dangereux pour l'environnement (les mâchefers). Et pour combler le manque de tonnages pour alimenter les fours, on brûle des déchets industriels (au coût du contribuable, bien sûr...)

gillou | 22 février 2010 à 12h39
 
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C'est déjà moins pire !

C'est déjà une bonne chose qu'un débat public soit organisé, même si les options sont très limitées. A NICE, pour ECOPARC, tout se passe dans le silence !
Un contrôle annuel des émissions délégué aux associations: une bonne idée à répandre.
La fixation de la quantité à incinérer en adéquation avec les besoins de chauffage urbain, c'est à NICE aussi le résultat du lobbying du délégataire (chez nous Véolia).

Christian 06 | 25 février 2010 à 08h29
 
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A voir

On constate quand même la différence de vision sur ce genre de projet entre d'une part les associations et d'autre part le SYCTOM qui pense avant tout à une gestion équilibrée de sa future installation. Je me pose tout de même la question de l'intérêt de telles consultations si le résultat est de perdre du temps à trier les opinions utopistes ou irréalisables. Déjà que les délais d'instructions de telles affaires sont très larges, je ne vois la qu'un frein à la mise en place d'installations de traitement performantes qui répondent aux grands besoins de l'agglo parisienne.

FCKennedy | 25 février 2010 à 14h10
 
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BIL TA GARBI : UNE RASSURANTE ADHESION

C'est pareil un peu partout et le Pays Basque n'y échappe pas.

Le traitement et la valorisation des déchets reposent sur des critères et des choix en fonction des objectifs à atteindre.
En matière de méthanisation et compostage la France est bien entendu lanterne rouge par rapport aux pays de la CE les plus avancés dans ce domaine et les élus y ont une part de responsabilité.
L'Allemagne,le Danemark,la Finlande,la Suède,les Pays-Bas et la Suisse entre autres disposent de plusieurs milliers d'installations de traitement des déchets fermentescibles issus des déchets ménagers et assimilés,de l'industrie agro-alimentaire,de l'agriculture,de la biomasse et des boues urbaines.
Ces installations reposent d’une part sur le tri et la collecte sélective à la source (à l’exception des boues urbaines bien entendu)et d’autre part sur la redevance incitative comme en Allemagne par exemple.La Suisse interdisant par ailleurs l’épandage des boues urbaines à cause des teneurs en métaux lourds.
Cette politique de valorisation des déchets en matière de biogaz,de bio-carburant, d’électricité,de chaleur, découle de vastes programmes de développement des énergies renouvelables et celui mis en place au Pays Basque Sud donne à réfléchir.
De nombreuses études et analyses ont démontré depuis longtemps que d’un coté, le compost(qu’il soit aérobie ou anaérobie) issu du tri-mécano-dit-biologique des ordures « grises ou en mélanges » dites «résiduelles», est impropre à l’épandage et que d’un autre coté le traitement par la méthanisation de ces mêmes déchets ne permettait pas une performance optimale tant en quantité qu’en qualité du biogaz,bien au contraire.
Il existe actuellement deux associations de collectivités territoriales dont l’objet entre autres est de promouvoir le traitement et la valorisation des déchets.
La « Fédération Nationale des Collectivités de Compostage » (fnccompostage.fr) préconise et défend le tri-traitement-mécano-biologique sur les ordures résiduelles avec ou sans bio-réacteur-stabilisateur.
Le réseau « Compostplus »(reseau.compostplus.org) qui pratique et préconise la collecte sélective et le traitement des biodéchets avec des techniques adaptées,avec sacs biodégradables à base d’amidon de maïs….
Pour surprenant que cela puisse paraître le groupement intercommunal « BIL TA GARBI » voulant sans doute bénéficier de l’expérience et des conseils de leurs homologues vient d’adhérer à la « FNCC ».
Certes nos élus doivent prendre des décisions,mais concernant l’enquête publique sur la DUP pour une implantation en milieu urbain avec expropriation,il est difficile d’envisager que les administrés leur accordent un blanc seing alors même que le projet n’est pas finalisé et encore moins présenté…..c’est cela aussi la démocratie participative !

Vanmeulebroucke | 26 février 2010 à 15h22
 
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