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Améliorer les performances énergétiques du bâti ancien et historique

Les bâtiments datant d'avant 1948 ont été construits avec des matériaux aux caractéristiques hygrothermiques particulièrement isolantes et sont moins énergivores. Des gains énergétiques sont néanmoins possibles lors de rénovations. Explications.

Energie  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com
   
Améliorer les performances énergétiques du bâti ancien et historique
   

La France compte plus de 40.000 édifices et jardins protégés au titre des monuments historiques. Châteaux, manoirs, abbayes ou hôtels particuliers… font partie du patrimoine bâti ancien, datant d'avant 1948, qui représente un tiers du parc immobilier français.

Si la loi Grenelle 1 prévoit de réduire les consommations d'énergie des bâtiments existants de 38 % d'ici à 2020, le texte stipule aussi que ''toute innovation énergétique et toute rénovation du bâti ancien doit être en lien avec la préservation du patrimoine'', a rappelé Anne-Lise Deloron, en charge des relations extérieures du Plan Bâtiment Grenelle.

RT : ''un principe de précaution sur le bâti ancien''

Ces constructions d'avant-guerre ne sont en effet pas visés par la Réglementation Thermique des Bâtiments Existants (RT), applicable depuis le 1er novembre 2007 et qui fixe notamment des travaux pour améliorer l'efficacité énergétique du parc. Concrètement, les bâtiments classés et inscrits à l'inventaire en application du code du patrimoine ne sont pas concernés par la RT. La réglementation n'est pas non plus imposée si ''les travaux nuisent à la pérennité'' du bâti ancien et ''le dénature'', a souligné le 23 novembre Marie-Christine Roger, chef du bureau de la qualité et de la réglementation technique dans la construction au Ministère de l'Ecologie, à l'occasion du 86e congrès national de l'association ''La Demeure Historique''.

Si des réhabilitations du ''patrimoine ordinaire'' sont opérées par les propriétaires-gestionnaires, l'isolation des parois opaques ''n'est pas exigée'' pour les matériaux anciens. S'agissant des bâtiments situés dans les secteurs sauvegardés, les travaux d'isolation thermique ne doivent pas entraîner de modifications de l'aspect extérieur ordinaire et les ''exigences portant sur les fenêtres peuvent ne pas être respectées''.

Le Diagnostic de Performance Energétique (DPE) n'est également pas obligatoire pour le bâti ancien et n'est actuellement qu'un dispositif d'information et de sensibilisation.

Le Ministère de l'Ecologie a ainsi adopté ''un principe de précaution vis-à-vis du bâti ancien'', a précisé Mme Roger. La raison? Contrairement aux idées reçues, ces bâtiments d'avant 1948 consomment de 91 à 230 kWh/m²/an (classe C et D) et sont par conséquent ''moins énergivores'', que ceux bâtis pendant les trente glorieuses (entre 1948 et 1974, date de la première réglementation thermique) de plus de 400 kWh/m2/an (classe F), explique-t-elle.

Des matériaux anciens aux spécificités hygrothermiques

Le bâti ancien a été construit avec des matériaux (pierres, bois, mortiers, terres crues ou cuites, végétaux…) dont les propriétés hygrothermiques particulières présentent souvent des qualités d'isolation. Ces matériaux ont été trouvés à proximité et peu transformés, donc ''économes en énergie grise'' et ''durables'', souligne Mme Deloron du Plan Bâtiment Grenelle. L'emploi d'espaces tampons (combles, mitoyens, caves) ou la forte inertie de l'enveloppe sont aussi propres au bâti ancien. ''Les techniques traditionnelles ancestrales de construction ont gardé ces caractéristiques importantes'', souligne Mme Deloron.

Le bâti ancien ne figure donc pas parmi les priorités du Grenelle. Mais ''le « capital environnemental » acquis par leurs procédés de construction traditionnels est vite érodé lorsque ces anciennes bâtisses sont confrontées au mode de vie contemporain qui en fait des dévoreuses d'énergie'', prévient l'association La Demeure Historique. ''Un bâtiment dont le chauffage est un gouffre, dont l'occupation et l'utilisation induisent des frais qui ne cessent d'augmenter est condamné à être déserté par ses habitants''.

Des performances énergétiques adaptées

Alors comment concilier mesures énergétiques et préserver la valeur historique du patrimoine bâti lors de rénovations ? Comment encore améliorer les performances du bâti ancien ?

Comme les autres bâtiments existants, ces constructions bénéficient d'aides financières pour des travaux de réhabilitation énergétique qu 'il s'agit de l'éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ) ou du crédit d'impôt développement durable néanmoins raboté de 10% en 2011.

La rénovation thermique peut donc se faire dans le bâti ancien et monuments ''mais pas n'importe comment'', a insisté Michel Fontaine, président de l'association Maisons Paysannes de France qui participe à l'étude scientifique ''BATAN'' (BATi ANcien), lancée en 2008 en partenariat avec le ministère, le Centre d'Études Techniques de l'Équipement (CETE) et l'Ademe. Cette étude, prévue jusqu'à fin 2010, vise à évaluer les consommations énergétiques réelles du bâti ancien afin d'optimiser les stratégies de réhabilitation :  15 bâtiments répartis sur toute la France ont ainsi été testés : typologie des matériaux, comportements thermiques,…

Durant le congrès, plusieurs recommandations ont été formulées par Michel Fontaine, avec un mot d'ordre : ''ne pas appliquer aux immeubles anciens les techniques d'isolation courantes''. Car le bâti contemporain ''s'isole et se ferme à l'air et à l'eau, tandis que le bâti ancien respire'', explique-t-il en soulignant que l'isolation des murs était ''rarement utile''. La chaux qui protège de la pluie mais laisse passer la vapeur d'eau est à privilégier tout comme la terre, la laine de bois, le chanvre, le liège... qui sont des produits respirants. ''Une simple correction thermique suffit à éviter la sensation de paroi froide (enduit chaux-chanvre par exemple) en tenant compte de leur inertie thermique et de leur hygrométrie''. En revanche, les enduits étanches créent des poches d'humidité et sont donc à éviter à l'instar d'autres produits et techniques imperméables à l'eau (ciments, isolants minces...)

Alors que l'isolation des murs n'est pas toujours nécessaire, celle des toitures et des combles est indispensable. ''L'isolation par la couverture permet notamment de diminuer de 30% les pertes thermiques de l'édifice'', affirme M. Fontaine. Les fenêtres historiques peuvent être aussi sensiblement améliorées par des mesures appropriées telles que le double vitrage, la double fenêtre…

Quant au chauffage, le radiateur existant en fonte peut être utilisé couplé à une installation géothermique ''efficace dans le bâtiment ancien'', recommande M. Fontaine. Le château de Suisnes (77) est par exemple équipé d'une Pompe à Chaleur (PAC). ''Les modes de chauffage par accumulation et rayonnement, notamment par le sol apparaissent les plus performants'', selon lui.

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