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Eaux usées traitées : « L'infiltration dunaire pourrait être bénéfique à de nombreux sites côtiers »

Le site d'infiltration des eaux usées traitées d'Agon-Coutainville (Manche) constitue un rempart efficace pour les eaux littorales. Retour avec Marie Pettenati, hydrogéologue au BRGM sur le suivi du site et son potentiel de reproduction sur les côtes.

Interview  |  Eau  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com
   
Eaux usées traitées : « L'infiltration dunaire pourrait être bénéfique à de nombreux sites côtiers »
Marie Pettenati
Hydrogéologue au BRGM
   

Actu-environnement : Des travaux de recherche sont menés depuis plusieurs années sur le site d'infiltration des eaux usées traitées d'Agon-Coutainville, dans le département de la Manche. Quelle est la particularité de ce site?

Marie Pettenati : Tout d'abord, il faut savoir que le site d'Agon n'est pas conçu comme un site de recharge de nappe, même s'il l'est finalement. C'est pour éviter le rejet direct en mer des eaux en sortie de station d'épuration que les collectivités ont, depuis plus de vingt ans, opté pour un traitement extensif naturel par une roselière et un filtre de dunes.

L'objectif premier est de protéger une zone sensible de production de coquillages ainsi que l'activité touristique. C'est un enjeu économique important pour la commune, située en Normandie, entre la pointe de la Hague et la baie du Mont-Saint-Michel. Autre enjeu à prendre en compte pour cette zone côtière : les eaux souterraines sont sujettes à la salinisation.

La station d'épuration traite et infiltre près de 2 000 m3 par jour. Lorsqu'elles en sortent, les eaux usées urbaines traitées s'écoulent par gravité vers l'un des trois bassins d'infiltration. Ensuite, elles s'infiltrent à travers les roselières pour recharger l'aquifère côtier composé d'une couche de sable. Cela permet d'avoir un laboratoire vivant d'étude et d'envisager une réutilisation future de l'eau derrière ce genre de système. Dans le cas d'Agon-Coutainville, ce pourrait être l'irrigation du golf pendant la saison sèche.

Sur le site, historiquement, le premier projet que nous avons mené est celui d'Aquanes, de 2016 à 2019. Il visait à étudier des solutions fondées sur la nature, combinées à des solutions de traitement d'ingénierie intensif, et à regarder leur intérêt et leur fiabilité dans le temps.

AE : Quels sont les principaux résultats obtenus ?

MP : Dans le cadre du projet Aquanes, nous avons notamment travaillé sur des outils non-target screening [de dépistage non ciblé] pour réaliser des photographies, déterminer les contaminants émergents se retrouvant dans les eaux et identifier comment aller plus loin dans la caractérisation des molécules filles. Car une des questions, c'est que la molécule première se dégrade : ce n'est pas parce que nous ne la retrouvons pas que la pollution a disparu. Nous partageons nos résultats sur le plan européen pour préconiser des priorités quant aux molécules à suivre. Nous avons également effectué, avec des collaborateurs européens, des bioessais, accompagnés de caractérisations écotoxicologiques des eaux en différents points du système.

Nous avons aussi réalisé, par l'intermédiaire de l'exploitant de la station, un suivi de la qualité des eaux en sortie de l'installation et dans l'aquifère sableux. Les paramètres surveillés correspondent à ceux demandés par la réglementation, auxquels ont été ajoutés des micropolluants tels que des substances pharmaceutiques ainsi que des mesures physico-chimiques, comme la température et la salinité.

 
Nous allons désormais essayer de comprendre comment nous pouvons installer ce type de solution plus largement sur l'ensemble du bassin-versant  
 
Parmi les résultats, nous constatons que le système entraîne une réduction de la salinité entre la sortie de la station et l'aquifère sableux. Il permet de réduire les concentrations en éléments traces organiques, des contaminants émergents comme, un anti-inflammatoire, le diclofénac, qui baisse en dessous des valeurs seuils recommandées. Par ailleurs, nous n'avons pas retrouvé de métaux traces en grande quantité. Nous avons également observé une hausse significative – de 0,50 à 1 m – de la nappe phréatique dans l'aquifère des dunes. Sa recharge améliore également la protection contre l'intrusion saline. Au final, ce système préserve la qualité des eaux littorales.

Au fil de ces années, nous avons créé un lien étroit avec les parties prenantes et réalisé plusieurs animations de partage de connaissances ou des besoins avec les acteurs locaux. Et, dans le cadre d'un nouveau projet, Eviban, nous allons désormais essayer de comprendre comment nous pouvons installer ce type de solution plus largement sur l'ensemble du bassin-versant. Un certain nombre de rejets de station d'épuration pourraient, en effet, poser des difficultés pour la conchyliculture dans cette zone côtière.

AE : Comment se déroule le projet Eviban ?

MP : L'idée est de concevoir une méthodologie et de l'appliquer de façon opérationnelle. Le projet se termine à la fin de l'année, nous sommes encore dans la phase de coconstruction avec les parties prenantes locales. Nous échangeons avec l'agence de l'eau, l'agence régionale de santé, le Sage, des élus d'Agon-Coutainville et des maires d'autres communes pour comprendre les besoins du territoire et trouver comment cette solution peut répondre à leurs attentes.

Dans cette optique, nous avons réalisé des questionnaires pour identifier les indicateurs les plus importants pour les parties prenantes dans la mise en place de cette solution dans leur territoire, mais également organiser des animations afin de rappeler les résultats principaux issus du projet Aquanes. Un des outils en construction permettra de repérer sur une carte les sites à équiper préférentiellement.

Nous n'avons pas encore traité les données issues des questionnaires. Nous avons toutefois appris qu'il existe déjà des sites où la station est équipée d'un traitement supplémentaire, qui infiltre aussi dans la dune, mais qui ne sont pas étudiés. Il y a une réflexion à mener autour de l'identification de l'existant.

AE : Quelles suites pourraient être données à ces projets ?

MP : Nous voudrions aller plus loin sur les caractéristiques du site en mettant en place de nouveaux indicateurs. Nous voudrions également comprendre l'influence des eaux qui arrivent en amont de la nappe pour élargir nos connaissances sur le système.

Réactions1 réaction à cet article

 

Etude intéressante en effet, mais en tirer de l'eau pour irriguer le golf d'Agon-Coutainville en période de sécheresse, franchement c'est surréaliste, un golf n'a rien d'essentiel, de nécessaire et de pérenne.

BJ50320 | 10 janvier 2022 à 09h01
 
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