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“La logique du calcul règlementaire tue le solaire thermique”

Depuis l'arrivée de la RT 2012, le solaire thermique ne s'impose plus dans la construction neuve. Les aides à la rénovation n'encouragent pas non plus sa généralisation lors de travaux. François Gibert, vice-président d'Enerplan détaille les biais qui empêchent cette filière de retrouver un marché.

Interview  |  Energie  |    |  Florence Roussel Actu-Environnement.com
   
“La logique du calcul règlementaire tue le solaire thermique”
François Gibert
Vice-Président d'Enerplan
   

Actu-Environnement : Le marché du solaire thermique est en berne depuis plusieurs années. Comment expliquez-vous cette situation ?

François Gibert : Les raisons sont différentes en fonction des secteurs. Dans les maisons individuelles neuves, il y a un manque d'équité entre les énergies renouvelables (ENR). Le calcul de la réglementation thermique actuelle (RT 2012) est en cause. Aujourd'hui, la RT "bâtiment 5 usages" fixe des consommations maximales en énergie (CEPmax) à respecter, en moyenne 50 kWh/m2/an. Pour ne pas cumuler plus de 50 points de CEP, il y a deux façons de faire : travailler sur l'enveloppe du bâtiment ou installer des énergies renouvelables. Un bon travail a été fait sur l'enveloppe du bâtiment, mais il subsiste des biais sur les ENR.

Entre autres, la formule de calcul accorde d'emblée 12 points de CEP au photovoltaïque en considérant que la production est intégralement autoconsommée et en considérant par principe que tous les m2 de PV fournissent 2,58 fois plus d'énergie primaire. Mais en réalité, seul un quart de la production photovoltaïque est autoconsommée. Ce facteur ne serait pas gênant si le PV répondait uniquement aux besoins électriques des logements. Mais ce n'est pas le cas puisqu'il est comptabilisé globalement sur un ensemble de besoins électriques et de chaleur. Même si le solaire thermique est trois fois plus performant à surface égale, avec ce facteur, les deux technologies sont ramenées au même niveau. Comme le thermique nécessite l'installation d'un tuyau isolé entre le capteur et le ballon d'eau chaude, c'est un travail plus complexe pour les artisans. Ils privilégient le PV.

AE : Que faudrait-il modifier dans la formule ?

FG : Il faudrait modifier ce calcul pour qu'il ne prenne en compte que l'autoconsommation réelle. Le PV ne couvre jamais l'intégralité des cinq usages de la RT (chauffage, production d'eau chaude sanitaire, refroidissement, éclairage, auxiliaires) puisqu'il ne produit qu'en journée. Le facteur de 2,58 ne devrait s'appliquer que sur les kWh réellement autoconsommés.

AE : Le calcul sera-t-il modifié ou faudra-t-il attendre la prochaine RT ?

FG : La prise en compte de tels ajustements est très difficile dans le contexte règlementaire français. D'autant plus que dans la prochaine RT, le problème n'a pas été résolu. Un calcul d'autoconsommation a été introduit mais le solaire photovoltaïque se voit forfaitairement autorisé à cumuler 10 points de CEP supplémentaires (toujours multiplié par 2,58) sur le global. C'est une bonne chose, tout à fait justifiée pour le PV du moment qu'il vient compenser de l'électricité centralisée, mais pas quand il vient concurrencer des m2 de solaire thermique. Or, les exigences de base de la RT "5 usages" n'ont pas été renforcées. Ainsi, la globalisation du calcul énergie permet à la fois d'autoriser des solutions moins performantes de type chauffe-eau thermodynamique (CET) et d'accentuer la concurrence du PV en défaveur du thermique. La logique du calcul règlementaire tue le solaire thermique.

AE : Le problème est-il le même dans le secteur de l'habitat collectif ?

FG : Dans le collectif neuf, nous avons les mêmes problèmes mais accentués car s'ajoutent les effets d'une dérogation accordée en 2014 jusqu'en 2018. Ces bâtiments peuvent consommer 15% de plus que ce que la RT demandait au départ. Ceci permet de construire des immeubles sans énergie renouvelable, mais qui paradoxalement favorisent des solutions énergétiques beaucoup moins performantes en énergie primaire (type CET). Cette dérogation de 15% a créé un recul considérable des énergies solaires dans le collectif entre 2012 et maintenant. La dégringolade se poursuit inéluctablement en 2017.

AE : Le problème n'est-il pas réglé par les nouveaux label BEPOS plus exigeants qui préfigurent la nouvelle RT 2020 ?

FG : Dans le label Energie+Carbone-, les exigences énergétiques incluent les autres usages électriques non liés au bâtiment. Ceux-ci sont estimés à 70 KWh/m2/an. Les exigences demandées se traduisent par quatre niveaux d'ambition (Energie 1 à Energie 4). En l'état actuel des formules, les énergies renouvelables ne deviennent nécessaires qu'à compter du niveau Energie 3. Mais surtout, aucune exigence supplémentaire n'est à l'heure actuelle fixée sur les premiers usages. La dérogation est maintenue. Il faudrait nécessairement renforcer les exigences ! Ou alors, il faut poser des exigences propres en matière de chaleur. Les renouvelables, et notamment le solaire thermique, ne se redresseront pas sans une correction de ces biais.

AE : Qu'en est-il du côté de la rénovation ? La situation ne semble pas meilleure.

FG : En maison individuelle, le crédit d'impôt pour la transition énergétique (CITE) est le moteur essentiel. Ce CITE a favorisé le solaire thermique jusqu'en 2008. Il a ensuite été affecté au photovoltaïque. Les installateurs ont tous basculé vers le PV car les installations, deux à trois fois plus chères que le thermique, donnaient plus d'assiette de crédit. Le PV bénéficiait en plus à l'époque d'un tarif d'achat de 60 centimes d'euros le kWh.

Après le moratoire de 2011, le crédit d'impôt a été supprimé pour le PV, mais octroyé aux chauffe-eau thermodynamiques (CET). Un CET fonctionne comme une pompe à chaleur aérothermique : il utilise les calories présentes dans l'air pour chauffer un liquide caloporteur. Ce fluide restitue ensuite la chaleur au ballon pour produire de l'eau chaude sanitaire. Mais nous constatons aujourd'hui de l'éco-délinquance : certains installateurs présentent des prix surfacturés ou associent de façon malhonnête des prestations PV et CET, le prix du PV étant transféré sur la base du crédit d'impôt.

AE : Le solaire thermique a aussi connu des surfacturations de ce type...

FG : Oui. C'est la raison pour laquelle, en 2008, Enerplan avait proposé et obtenu un plafonnement de l'assiette de calcul du CITE à 1.000 euros du m2 installé. Il faudrait un plafonnement du même type pour les CET (nous l'estimons à hauteur de 2.000 euros pour être équitable en kwh produits).

AE : Cela suffira-t-il à revaloriser l'énergie solaire ?

FG : Non, c'est toute une démarche de reconstruction et d'équité qui doit être reprise. D'abord dans le neuf comme dans la rénovation, il faut examiner les solutions techniques avec équité et se baser sur l'efficacité respective des équipements. Contrairement au chauffe-eau solaire, les chauffe-eau thermodynamiques n'affichent jamais les coefficients de performance (COP) réels, c'est-à-dire le rapport entre le nombre de calories produites par rapport aux calories prélevées dans le milieu. Les CET affichent des COP théoriques ou mesurées en laboratoires. Or, plusieurs études récentes démontrent que les COP réels sont plus faibles que les COP présumées : 1,3 ou même moins en réel contre 2,5 à 3 affiché. Il nous faut plus de transparence dans les études techniques.

AE : Le solaire thermique peut-il espérer se re-développer dans la rénovation des bâtiments collectifs ?

FG : Le fonds chaleur est la seule aide prévue dans le secteur des bâtiments collectifs (hôtellerie, logements, industrie). Le marché était en bonne voie dans les années 2005-2010 car le prix de l'énergie augmentait. Le fonds chaleur aidait autour de 50%. Malheureusement, depuis trois ans, le prix des énergies fossiles s'est effondré. Il a été divisé par 2 voire 2,4. Alors que le gaz a fleuré les 8 cts d'euros du kWh, il est revenu à moins de 4. Même si l'Ademe aide à plus de 50%, cela ne suffit pas à compenser l'écart ! Les solutions sont là : soit une taxe carbone significative, soit une action spécifique de financement long terme d'un gouvernement qui voudrait véritablement amorcer une transition énergétique pour la chaleur.

Dans la période actuelle, ce qui nous inquiète surtout c'est la perte de compétence des professionnels du secteur liée au peu d'installations mises en place. Le solaire thermique collectif avait commencé à prendre en 2005 dans le neuf. Mais la RT 2012 et la dérogation ont cassé ce marché émergent. La filière n'a même pas eu le temps de monter en compétences. Peu d'installateurs, et très peu d'exploitants connaissent le solaire thermique. Il faut donc tout reconstruire. La filière pourrait démarrer rapidement. Elle s'est donnée tous les moyens de faire des installations fiables, performantes et faciles à suivre. Il ne manque que les leviers : 1- des changements règlementaires dans le neuf, 2- un crédit d'impôt équitable dans la rénovation individuelle et 3- du financement long terme dans la rénovation pour le collectif.

Réactions1 réaction à cet article

 

Toujours se poser la question du bénéficiaire de ces effets pervers... Pour l'alimentation principale, le facteur 2.58 revient à favoriser le gaz aux dépens de l'électricité, absolue aberration dans le cadre du changement climatique : pression des lobbys gaziers conjointe à la volonté des écolos de tuer le nucléaire. Pour le solaire, le PV est importé à prix d'or alors que le thermique ne fait vivre que des plombiers (je simplifie outrageusement) : là aussi, un lobby, aussi néfaste que celui des éoliennes ! Alors que le thermique est certainement le meilleur usage qu'on puisse faire du soleil ! Allez, le gouvernement propre sur soi qu'on vient de récupérer va arranger tout ça pour sûr !

dmg | 30 mai 2017 à 18h31
 
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