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“Notre indicateur montre que le pourcentage de restauration est moins bon que ce que nous pensions”

Une équipe de recherche a élaboré des nouveaux indicateurs pour évaluer la réussite d'opérations de restauration. Précision avec Thierry Dutoit, directeur de recherches sur l'écologie de la restauration au Cnrs.

Interview  |  Gouvernance  |    |  Dorothée Laperche Actu-Environnement.com
   
“Notre indicateur montre que le pourcentage de restauration est moins bon que ce que nous pensions”
Thierry Dutoit
Directeur de recherches sur l'écologie de la restauration au Cnrs
   

Actu-environnement : Pourquoi élaborer de nouveaux indicateurs ?

Thierry Dutoit : Depuis quelques années, des opérations de restauration écologique des écosystèmes se sont multipliées mais nous ne disposons pas d'évaluations fiables de ces actions.

Tout d'abord, établir un objectif de restauration s'avère très complexe car nous ne connaissons pas toute la biodiversité du lieu : par exemple, l'ensemble des champignons, des bactéries, etc.

Ensuite, nous ne maîtrisons pas les relations et interactions du système.

Enfin, les écosystèmes ont une histoire. Donc pour mesurer l'efficacité de notre action, nous ne pouvons pas le faire à un instant T mais nous devrions le faire sur toute la durée de vie de l'écosystème. Or parfois pour se mettre en place, ils ont besoin de dizaines, centaines voir milliers d'années.

Les évaluations se réalisent donc aujourd'hui seulement à partir d'indicateurs partiels.

AE : Quels sont-ils?

TD: Un premier indicateur est la composition de l'écosystème reconstitué : nous vérifions si elle fidèle à ce que nous voulions, ensuite nous mesurons la richesse en espèces et enfin nous regardons la structure et l'organisation de la communauté.

L'originalité de notre nouvel indicateur est d'intégrer tous ces paramètres : il permet de disposer d'une mesure plus synthétique et nous donne une vision moins partielle moins tronquée que ce que nous avions avant.

   
Les nouveaux indicateurs proposés intègrent dans la mesure de la restauration de peuplements végétaux (ici pelouses sèches en Camargue) non seulement leur diversité, mais également leur composition et leur structure © Isabelle Muller (UMR CNRS-IRD IMBE)
 
   

AE : Comment se structure ce nouvel indicateur ?

TD: En réalité, l'outil se compose de deux indicateurs : un qui mesure le pourcentage de réussite de restauration ou l'intégrité de la communauté et le second montre ce que nous avons en trop. Car dans une opération de ce type, certaines espèces en profitent. L'indicateur nous informe sur la présence d'autres espèces que celles que nous voulions mais qui finalement ne sont pas présentes ou alors des individus qui sont en trop.

Nous avons réalisé un programme informatique avec un tableau : nous alimentons ce dernier avec des mesures prises sur le terrain : le nombre d'espèce, leur identifiant, etc. puis nous faisons tourner la machine qui nous livre un pourcentage. 100% indiquerait une bonne restauration totale mais cela n'est jamais arrivé pour l'instant.

AE : sur quelles données vous reposez-vous pour faire ce constat ?

TD : Avec cet indicateur, nous avons pu établir qu'il vallait mieux conserver que restaurer. Pour valider notre outil, nous avons travaillé sur des communautés fictives puis ensuite sur deux opérations concrètes initiées dans le sud de la France : l'une la steppe de Crau, dans le département des Bouches du Rhône, et une zone humide, le marais du Cassaîre en Camargue.

Nos résultats avec notre nouvel indicateur intégré montrent que le pourcentage de restauration est encore moins bon que ce que nous mesurions habituellement avec des paramètres séparés.

AE : Quelles suites allez-vous donner à ces travaux?

TD : Nous allons continuer à faire progresser ces indicateurs.

Le milieu présente une hétérogénéité spatiale et temporelle, il faut que nous l'intégrions dans notre indicateur. Pour l'instant, nous comparons des relevés réalisés à un même endroit pour une année bien précise : nous ne disposons pas d'éléments sur les modifications spatiales et le turn- over des espèces dans le temps.

Pour l'instant, nous ne savons pas faire la différence par exemple entre une bactérie et une autre. Donc au lieu d'essayer d'établir des différences "morphologiques" entre deux espèces, nous allons plutôt observer leurs unités fonctionnelles : comment elles se comportent.

Réactions6 réactions à cet article

 

Ceci nous montre à quel point les mesures "compensatoires" à une destruction programmée ne sont qu'un leurre. Il faudrait que l'auteur de l'article fasse, pour l'édification de l'Administration un exposé détaillé et argumenté du problème. Ainsi la dite Administration ne s'estimerait pas quitte des dégâts programmés par certains projets auxquels elle donne sa bénédiction.
Louis Coubès

loulou | 02 mai 2013 à 17h03
 
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Bonjour Louis,

Effectivement, on ne peut restaurer actuellement l'intégrité d'un écosystème mais on peut cependant en réhabiliter certaines fonctions, voir en créer un autre. Il ne faut également pas oublier que la compensation doit venir compléter les mesures d'intérêt général, d'évitement et d'atténuation de l'aménagement. L'impossibilité de restaurer devrait donc ainsi renforcer la prise en compte de ces trois premiers points de la démarche !

Cordialement,

Thierry Dutoit

Thierry Dutoit | 15 mai 2013 à 21h46
 
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Pour compléter votre indicateur, envisagez vous de le coupler à des modèles d'évolution des ecosystèmes? Je pense, par exemple, qu'avec les outils de modélisation actuelle, il est possible, en créant un modèle simplifié du système complexe d'origine (si tant est qu'il puisse être connu) et un modèle, aussi complet que possible, de l'écosystème simplifié à t0 et t-1 de la restauration, de, d'une part, renforcer mutuellement ces modèles (bon, il est aussi possible de les fausser si on part dans la mauvaise direction, mais supposons que nous soyons justes), et d'autres part de tester les actions à mener pour se rapprocher de l'écosystème d'origine sans faire "dégénérer" certaines populations (voire éléments du biotope) et en faisant travailler le "temps" au succès de la réhabilitation.
J'apprécierai de pouvoir creuser cette idée.

Camille Gaillard | 18 mai 2013 à 23h40
 
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Bonjour Camille,

Non, nous n'avons pas envisagé ce couplage tant il nous semble difficile de modéliser la complexité des trajectoires possibles après restauration vers l'écosystème de référence. Les perspectives envisagées pour améliorer ces indicateurs sont toutefois d'y intégrer dans un premier temps, la variabilité spatiale et temporelle de l'hétérogénéité et du turn-over des différentes populations qui composent les communautés restaurées et ciblées.

Cordialement,
Thierry Dutoit

Thierry Dutoit | 20 mai 2013 à 18h34
 
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Bonjour Thierry,
Il me semble toutefois que les perspectives que vous envisagez pour améliorer vos indicateurs sont des paramètres qui peuvent être eux mêmes modélisés. Sous quelle forme souhaitez vous les représenter? Et comment comptez vous obtenir ces améliorations?
Où pourrais je me procurer la publication de vos travaux sur le sujet afin de vérifier sir mes propres hypothèses d'améliorations sont viables dans ce cadre?

Camille Gaillard | 24 mai 2013 à 16h28
 
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Bonjour Camille,

Vous pouvez télécharger la publication à cette adresse :
http://iut.univ-avignon.fr/uploads/media/Jaunatre-et-al.__2013_Ecol.-Indic._29-468-477.pdf

Cordialement,

Thierry Dutoit

Thierry Dutoit | 24 mai 2013 à 22h28
 
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