En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

“Nous tenons à dénoncer l'hypocrisie du Grenelle de l'Environnement”

A quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle française, Nathalie Arthaud, candidate pour Lutte Ouvrière précise pour Actu-environnement ses propositions en matière de mix énergétique, de gestion de l'eau ou encore d'agriculture.

Interview  |  Gouvernance  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com
   
“Nous tenons à dénoncer l'hypocrisie du Grenelle de l'Environnement”
Nathalie Arthaud
Lutte Ouvrière
   

Actu-environnement.com : Quelle évolution du mix énergétique français envisagez-vous ?

Nathalie Arthaud : Je ne suis pas une défenseuse du nucléaire. Je comprends les inquiétudes des riverains des installations. Mais je pense qu'il ne suffit pas de "sortir du nucléaire" pour s'affranchir des menaces que la mise en œuvre de cette technologie par des sociétés privées, de Tepco à Edf en passant par Areva, mues avant tout par la recherche du profit, fait peser sur la société. Le problème fondamental, au-delà du choix de la technique, est de savoir qui possède et contrôle les moyens de production.

Dans cette économie de marché où tous les grands moyens de production sont possédés et mis en œuvre par des groupes privés, tout peut-être dangereux. Il suffit de constater comment un laboratoire pharmaceutique a transformé en poison mortel un médicament supposé soigner les diabétiques. Parmi les grandes catastrophes industrielles, l'explosion de l'usine Union Carbide à Bhopal en Inde a tué entre 20 et 30.000 personnes. Ce n'était pas le nucléaire mais un groupe chimique avide et irresponsable. Même la sortie du nucléaire, c'est-à-dire le démantèlement des centrales, sera une source de danger si elle est mise en œuvre par les groupes de la filière nucléaire ou par les grands patrons du BTP.

La société doit maîtriser consciemment l'ensemble de ces choix en termes d'énergie. Il faut que ces choix soient faits en toute conscience, discutés démocratiquement par la collectivité et pas dans le secret des conseils d'administration. C'est pourquoi un référendum sur le nucléaire ne suffira pas. Demander l'avis de la population est bien sûr un préalable. Mais quel que soit le résultat du référendum, tant que les moyens de production resteront la propriété privée des capitalistes, rien ne sera réglé. Il faut imposer que les travailleurs, les consommateurs, les riverains de toutes les installations industrielles puissent décider de tous les choix tant techniques qu'économiques ; qu'ils puissent surveiller l'application des décisions, qu'ils aient un contrôle permanent sur toutes les étapes de leur mise en oeuvre.

AE : Prévoyez-vous une remise à plat de la fiscalité globale et quelle place y aurait la fiscalité environnementale ?

NA : La proposition la plus communément avancée par tous ceux qui prétendent réduire la consommation d'énergie est la création de taxes ou la mise en place d'exonérations fiscales pour rendre plus attractive telle ou telle filière. C'est commode car on peut faire payer ainsi le consommateur final sans jamais contester l'organisation capitaliste de l'économie et sans écorner les profits des entreprises privées qui répercutent toujours la hausse de leurs coûts.

Je ne suis absolument pas d'accord. Dans cette société, divisée par des clivages de classes, dans cette période de crise aiguë où la pauvreté s'aggrave de jour en jour, instaurer une fiscalité environnementale reviendra inéluctablement à imposer la sobriété forcée aux pauvres par des augmentations de prix.

Quant à la mise en place de subventions et autres incitations fiscales, il en va comme de toutes les lois édictées pour favoriser la construction de logement : une opportunité pour ceux qui possèdent quelques capitaux à placer et un vœu pieux pour les plus nombreux, qui sont obligés d'accepter le logement que leur bourse leur permet, dans l'état d'isolation et avec le système de chauffage imposés.

Il faut par contre obliger, de façon coercitive, les industriels à moderniser à leurs frais leur installation pour en améliorer l'efficacité énergétique et réduire la pollution. Pour réduire drastiquement le gaspillage énergétique, il faut rationaliser la production et la distribution de tous les besoins nécessaires à la population.

AE : Quelle est votre vision pour une bonne gestion de l'eau et le partage de ses usages ?

NA : C'est une banalité de dire que l'eau est une ressource fondamentale pour l'humanité. Mais il est très significatif de notre société qu'elle soit devenue une source de profit pour quelques grandes sociétés de distribution comme Véolia ou Suez. Ces compagnies ont organisé au fil du temps un véritable racket des communes et des usagers. La distribution et le traitement de l'eau doit être un service public totalement sous le contrôle de la population. Lutte Ouvrière est pour la gratuité de l'eau qui est fondamentale pour l'usage des particuliers.

AE : Quel modèle agricole défendrez-vous si vous êtes élu ?

NA : La filière agroalimentaire est dominée d'un bout à l'autre par les Monsanto, les Danone, les Kraft ou les Auchan ou Carrefour. Toute la politique agricole en France et en Europe a eu comme conséquence de faire disparaître des dizaines de milliers de petites exploitations agricoles pour faire entrer l'agriculture dans le marché capitaliste. Au fil des réformes successives, la PAC a toujours subventionné massivement les plus gros producteurs au détriment des petits alors qu'il faudrait imposer l'inverse.

Les problèmes de l'alimentation ne se réduisent pas à une question de technique. C'est pourquoi nous ne sommes ni des défenseurs inconditionnels ni des adversaires des OGM. Ce qui pose problème dans l'affaire des maïs OGM, c'est le monopole de Monsanto qui empêche les agriculteurs de réutiliser leurs propres semences, c'est l'opacité absolue qui entoure la recherche, la production de ces semences et les informations sur les risques éventuels. Je comprends la méfiance d'une partie de la population et des petits producteurs. C'est en partie leur mobilisation qui a abouti au moratoire sur le MON 810. Mais nous refusons de nous en prendre à la seule technique sans contester l'organisation sociale et économique.

AE : Quelle position française porterez-vous dans les négociations internationales en cours ?

NA: Depuis maintenant plusieurs décennies, les conférences internationales consacrées au climat ou à l'environnement se succèdent sans qu'il n'en sorte autre chose que de beaux discours, des vœux pieux ou des mécanismes inopérants comme le système des quotas d'émissions de CO2, voire de mesures qui se retournent contre la fraction la plus pauvre de la population en augmentant les taxes. Il en ira de même de cette conférence des Nations Unies pour le développement durable, dénommée "Rio +20".

C'est d'ailleurs aussi le sort des sommets consacrés à la crise économique et financière mondiale : les chefs d'Etat se réunissent, prétendent avoir sauvé les banques… jusqu'au sommet suivant. Qu'il s'agisse de la finance ou du climat, les dirigeants politiques sont impuissants car ils ne dirigent rien et n'ont pas le vrai pouvoir.

L'immense majorité des moyens de production d'énergie de la planète, tout comme l'ensemble des moyens de productions des marchandises, le système de distribution ou encore celui des transports, sont possédés et contrôlés par des groupes capitalistes privés. Ceux-là sont engagés, à l'échelle de la planète, dans une guerre sans merci pour la recherche du profit et se fichent du gâchis qu'ils engendrent. Ce sont eux qui décident du mode et des moyens techniques de production, ce sont eux encore qui en contrôlent la mise en œuvre, pas la population ni même les dirigeants politiques qui sont au service de ces groupes.

Il est urgent de rationaliser la production et la distribution de tous les besoins nécessaires à la population. Et cela à l'échelle de toute la planète. S'agissant du climat, des mesures à la seule échelle d'un petit pays comme la France n'ont aucun sens.

Il faut mettre un terme à cette économie de marché, de plus en plus transformée en économie de casino, qui n'est pas nuisible seulement pour la planète et l'environnement mais pour l'humanité dans une multitude de domaines.

AE : Quelle place comptez-vous accorder à l'environnement dans votre gouvernement ?

NA : Je me présente à cette élection pour affirmer et faire approuver un programme de lutte pour le monde du travail. Nous ne jouerons donc pas à "si je suis élue" en proposant un organigramme des ministères.

Par contre, nous tenons à dénoncer l'hypocrisie du grand cirque que Sarkozy a organisé sous le nom de "Grenelle de l'environnement". Nombreux sont, y compris parmi les militants d'associations écologistes, ceux qui ont dénoncé la mascarade de ce Grenelle. Les craintes, légitimes, suscitées par le réchauffement climatique, la qualité de l'alimentation et plus généralement l'écologie, sont utilisées comme un fond de commerce électoral par la plupart des dirigeants politiques. Certains, comme le président sortant, sont capables de se poser en sauveur de la planète un jour et en avocat des plus grands pollueurs ou des industriels les moins transparents le lendemain. D'autres partis, les "écologistes politiques", ont fait de l'écologie leur créneau principal.

Mais ni les uns ni les autres ne prendront les mesures sérieuses et efficaces pour réduire la pollution et maîtriser l'énergie. Car une fois au pouvoir, ils défendent les intérêts des groupes privés qui dominent l'économie, en privilégiant leurs groupes nationaux. Or, ces groupes capitalistes privés ne visent que le profit, à court terme, au mépris des hommes et de la nature.

RéactionsAucune réaction à cet article

 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Rachida Boughriet

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- disposant d'un porte-monnaie éléctronique
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partagez sur…