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Fukushima : la catastrophe élevée au niveau d'accident nucléaire "majeur"

La Nisa relève l'estimation de la catastrophe de Fukushima au niveau 7, le maximum de l'Ines. Cependant, elle juge, qu'en l'état, les rejets radioactifs ne représentent que 10% de ceux de Tchernobyl. La zone d'évacuation sera étendue progressivement.

Energie  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
   
Fukushima : la catastrophe élevée au niveau d'accident nucléaire "majeur"
Photo de la centrale de Fukushima prise par un drone le 10 avril 2011
© Tepco
   

Un mois après le séisme à l'origine des accidents en série subis par la centrale nucléaire de Fukushima, les autorités japonaises ont "temporairement" relevé leur évaluation au niveau maximum de l'échelle internationale des événements majeurs (Ines). Cette nouvelle estimation place les événements survenus depuis le 11 mars au même niveau que la catastrophe de Tchernobyl. Ainsi, en classant la catastrophe au niveau 7, l'Agence japonaise de sûreté nucléaire et industrielle (Nisa) estime que la catastrophe a généré des "rejets majeurs [ayant des] effets considérables sur la santé et l'environnement", selon les termes de l'échelle.

La catastrophe était jusqu'alors classée au niveau 5 de l'Ines et cette réévaluation marque un tournant car chaque niveau correspond à un impact dix fois plus important que le précédent. L'agence de presse Reuters indique que l'entourage du Premier ministre Naoto Kan a justifié cette décision en expliquant qu'il avait fallu du temps pour mesurer et estimer le total des radiations émises.

Des dizaines de milliers de billions de becquerels

Si les deux catastrophes atteignent le niveau maximum de l'Ines, la Nisa assure cependant que les conséquences sont incomparables et précise que "le volume des matériaux radioactifs libérés est approximativement 10% celui de l'accident de Tchernobyl."

Rappelons que le 22 mars, l'Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) avait déjà évalué que les rejets étaient "de l'ordre de 10 % des rejets estimés lors de l'accident de Tchernobyl." À cette occasion, l'IRSN se voulait prudente et ne prenait en compte que les informations concernant l'état des réacteurs, les mesures de radioactivité disponibles et les différents dégazages des enceintes de confinement. Le déversement en mer, volontaire ou non, de l'eau radioactive n'était pas encore d'actualité et n'avait donc pas été pris en compte.

Ce classement se base sur trois critères distincts. Tout d'abord, elle prend en compte les conséquences de l'accident qui affectent la population et l'environnement en dehors du site. Le deuxième critère évalue les conséquences qui touchent les travailleurs et l'installation sur le site. Enfin, "la dégradation des lignes de défense en profondeur de l'installation" constitue le troisième aspect de l'évaluation et tient compte de la dégradation de différents éléments et notamment les outils de mesure et de contrôle, les systèmes de sûreté et les enceintes de confinement.

La Nisa a tenu compte des rejets radioactifs sous forme d'iode et de césium. "Etant donné que des éléments radioactifs sont encore rejeté dans l'environnement, la Nisa partagera et évaluera continuellement les informations", précise l'autorité japonaise. Par ailleurs, l'évaluation se base sur ses propres calculs et ceux de la Commission de sécurité nucléaire japonaise (NSC), qui présentent parfois des écarts. Les rejets sont exprimés en térabecquerels (TBq), soit des dizaines de milliers de billion de becquerels (1012 Bq).

S'agissant de l'iode 131, la Nisa évalue les rejets à 1,3x1017 Bq et la NSC les estime à 1,5x1017 Bq. En comparaison Tchernobyl a causé des rejets de l'ordre de 1,8x1018 Bq.

Quant au césium 137, les rejets sont estimés à 6,1x1015 Bq par la Nisa et au double par la NSC qui les évalue à 1,2x1016 Bq. Tchernobyl a entraîné des rejets de l'ordre de 8,5x1016 Bq.

Quant à l'état des systèmes de protection, le troisième critère, "sera déterminé en tenant compte de l'évaluation technique des spécialistes du sous-comité d'évaluation de l'Ines", précise la Nisa.

Vers l'évacuation de nouvelles zones

 
La commune d'Iitate serait particulièrement affectée L'Association pour le Contrôle de la radioactivité dans l'Ouest (Acro) annonce ce mardi avoir analysé des échantillons de terre et d'eau en provenance des municipalités de Iitate, de Kawamata et de Fukushima, situées entre 40 km et 50 km au Nord Ouest de la centrale accidentée. Les résultats, consultables sur le site de l'association, témoignent de niveaux de contamination élevés au césium 137, dont la demi-vie est de 30 ans. "Le gouvernement japonais vient de fixer à 5.000 Bq de césium 137 par kg de terre la limite au-dessus de laquelle il ne sera pas possible de cultiver le riz", explique l'Arco ajoutant que "tous les sols de Iitate mesurés par l'Acro sont au-dessus de cette limite [et] seul le champ de riz d'Iisaka dans la commune de Kawamata est en dessous." L'association a enregistré une contamination au césium allant jusqu'à 39.600 Bq par kg de terre sur la commune d'Iitate.
 
Par ailleurs, l'extension de la zone d'évacuation au-delà d'un rayon de 20 km a été décidée lundi 11 mars. "C'est une chose très difficile, mais nous allons demander aux populations concernées de partir dans le mois à venir", a indiqué Yukio Edano, porte-parole du gouvernement. Cette mesure devrait concerner les zones les plus contaminées et rejoint les demandes exprimées par l'ONG Greenpeace et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Paradoxalement, cette annonce intervient alors que le porte-parole juge que "le risque que la situation à la centrale nucléaire se détériore et qu'elle débouche sur une nouvelle fuite radioactive majeure s'est considérablement réduit."

Dans ce contexte, l'agence de presse Kyodo indique que l'exposition aux radiations dépasse le seuil annuel d'un millisievert (mSvt) dans des zones à plus de 60 km au nord-ouest de la centrale et à environ 40 km au sud-est.

Conséquences diplomatiques

Les dernières annonces officielles pourraient accentuer les problèmes diplomatiques rencontrés avec les pays voisins du Japon. La semaine dernière, le déversement dans l'océan Pacifique d'une dizaine de milliers de mètres cubes d'eau radioactive avait inquiété la Chine, la Russie et la Corée du Sud. Le ministre des affaires étrangères japonais avait alors assuré que cette opération n'était pas contraire aux conventions internationales.

Aujourd'hui, le relèvement du niveau de gravité au maximum de l'Ines, ravive les inquiétudes. Interrogé par Reuters, Kenji Sumita, un expert de l'université d'Osaka, estime que cela "a de graves conséquences diplomatiques" car "c'est dire aux gens que l'accident peut potentiellement poser problème à nos voisins."

Ainsi, la Chine a réitéré ses craintes et a demandé aux autorités japonaises des informations précises sur la situation. Hong Lei, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a déclaré que la Chine "[espère] que le Japon va fournir des informations d'une manière opportune, précise et complète", selon des propos rapportés par l'AFP. Par ailleurs, la Chine étend progressivement son embargo sur les denrées en provenance du Japon.

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