L'ensemble des mesures du plan d'électrification sont désormais connues. Après de premiers éléments distillés ces derniers jours pour les secteurs des transports et du bâtiment, le Gouvernement a présenté ce 23 avril l'intégralité des 22 mesures. Ce « plan ambitieux », présenté comme l'« action phare du Gouvernement pour l'année 2026 » vise à réduire à 30 % la place des énergies fossiles dans notre consommation d'énergie d'ici 2035, contre 58 % aujourd'hui. À la croisée d'enjeux de décarbonation, de souveraineté énergétique et de réindustrialisation, le Gouvernement voit dans ce plan une « transformation énergétique, économique et sociale ».
Les CEE pour financer les équipements électriques
Fours, rôtisseries, cabines de peinture… Le plan cible en priorité l'électrification des équipements avec une enveloppe d'aide de 16 millions d'euros. Une session de l'appel à projets Decarb Flash sera lancée d'ici l'été 2026 et Bpifrance lancera un prêt « Action élec ta boîte », d'ici le 1er mai, basé sur le prêt action climat. Ce prêt est sans garantie et remboursable sur une durée de trois à sept ans, avec jusqu'à deux ans de différé.
Même approche pour les engins de chantier et les engins agricoles. Un appel à projets piloté par l'Ademe soutiendra à hauteur de 50 M€ de CEE l'achat d'au moins 1 000 engins électriques de chantier européens voire français. Dix millions d'euros supplémentaires permettront de soutenir l'achat de 150 engins agricoles électriques fabriqués en Europe. Ces enveloppes budgétaires proviennnent du programme CEE « E-Trans » initialement conçu pour soutenir l'électrification des véhicules lourds de transport routier.
Comme dans le bâtiment, les pompes à chaleur sont plébiscitées dans l'agriculture pour équiper 400 ha de serres maraîchères et horticoles d'ici 2030 (20 % du potentiel identifié) grâce aux CEE. La fiche applicable sera révisée d'ici septembre 2026.
Ces dispositifs complètent les outils existants de décarbonation industrielle.
Électrifier la production de chaleur industrielle
Dans l'industrie, l'effort porte surtout sur la production de chaleur, avec un soutien aux pompes à chaleur industrielles, aux chaudières électriques et aux procédés de vapeur. « Les aides seront révisées (…) et des fiches d'opération standardisées seront établies avec l'aide des filières », prévient le Gouvernement (cf. encart).
Les principales échéances du plan d'électrification
• Avril 2026 : évolution des règles de raccordement au réseau
• Mai 2026 : lancement du prêt Bpifrance « Action élec ta boîte » et révision de la fiche CEE pour les pompes à chaleur industrielles
• Juin 2026 : résultats de l'appel à projets pour les engins de chantier et engins agricoles
• Juillet 2026 : publication de la fiche CEE pour les chaudières électriques
• Été 2026 : ouverture de l'appel à projets pour l'électrification des équipements artisanaux et lancement des 100 territoires d'électrification
• Septembre 2026 : révision de la fiche CEE pour les serres agricoles
• Octobre 2026 : publication des fiches CEE pour les compresseurs mécaniques de vapeur
Pour les sites de taille intermédiaire, le dispositif Decarb-Ind (entre 3 et 30 M€ d'aide) sera relancé, avec une nouvelle sélection de projets courant 2026.
Faciliter l'accès au réseau électrique
Au-delà des aides à l'équipement, le plan insiste sur les conditions d'accès à l'électricité, jugées déterminantes pour les acteurs économiques. Côté réseau, plusieurs évolutions visent à réduire les délais de raccordement, aujourd'hui sous tension avec la hausse des demandes. Le Gouvernement prévoit notamment des mécanismes de surréservation de capacité, le passage d'une logique de « premier arrivé, premier servi » à « premier prêt, premier servi », ainsi que la possibilité de raccordements temporaires pour certains projets industriels, sous le contrôle de RTE.
Cette dynamique s'accompagne d'une volonté de faciliter l'implantation de nouveaux sites industriels ou numériques (centres de données), notamment via un accès priorisé au réseau pour les projets les plus avancés, ainsi que par la mise à disposition de terrains déjà raccordés, annoncée par EDF.
En parallèle, l'accès économique à l'électricité doit être renforcé via des contrats de long terme, sur huit à dix ans, permettant aux entreprises de sécuriser leurs approvisionnements et de lisser leurs coûts dans un contexte de forte volatilité énergétique. Le plan prévoit concrètement qu'une partie du volume d'énergie renouvelable soutenue par l'État soit mise en vente sur les marchés très en avance (entre huit et dix ans). Quelques dizaines de MW seront mis en vente en 2027 avec l'objectif d'atteindre 1 GW dans les prochaines années.
Dans un contexte de volatilité des prix de l'énergie, l'efficacité de ces mesures reposera aussi et surtout sur la capacité à garantir à tous les acteurs un accès pérenne à une électricité compétitive.






