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Et si les produits phytosanitaires n'étaient vendus que sur prescription ?

Le CGEDD s'est penché sur la séparation des activités de conseil et de vente des produits phytosanitaires. Il recommande de réfléchir à une vente sur prescription de ces produits d'ici une dizaine d'années.

Agroécologie  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com

La loi sur l'agriculture et l'alimentation (Egalim) prévoit de séparer les activités de vente et de conseil pour les produits phytosanitaires afin d'améliorer la qualité et la technicité du conseil aux agriculteurs. Le conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) a analysé l'impact de cette réforme et dressé une liste de recommandations. Une grande partie de ses préconisations ont été reprises dans le projet de décret, mis en consultation par le ministère de l'Agriculture en février. Mais il préconise d'aller plus loin en ouvrant les réflexions sur une vente uniquement sur prescription de ces produits.

Un redéfinition du conseil

La réforme de la vente et du conseil "introduit un changement majeur pour la fourniture du conseil à l'agriculteur", souligne le CGEDD. La séparation capitalistique des activités de vente et de conseil va pousser ces acteurs à se réorganiser. Entre 3.500 et 4.000 salariés sont concernés. Le CGEDD préconise donc d'inscrire cette réforme dans le temps, en laissant un délai de deux campagnes culturales pour permettre aux acteurs de s'adapter. Le projet de décret prévoit une entrée en vigueur de la réforme en 2021.

Pour l'instant, le conseil délivré aux agriculteurs "est majoritairement un conseil opérationnel, orienté vers une solution de protection phytosanitaire à mettre en place dans des délais rapides. Il est surtout l'œuvre des coopératives et négociants, dont les conseillers sont le plus fréquemment en contact avec les agriculteurs", note le CGEDD.

Il préconise de rendre obligatoire un conseil stratégique pluriannuel, ce que prévoit le projet de décret. Ce conseil permettra, après un diagnostic de l'exploitation, d'orienter l'agriculteur vers des pratiques agroécologiques. "La satisfaction de l'objectif général de réduction de la dépendance aux produits phytosanitaires passe par un agriculteur autonome, effectuant des choix raisonnés de protection de ses cultures dans le contexte d'une vision globale de l'exploitation", analyse le rapport. Le conseil devra lui délivrer les clés pour prendre les bonnes décisions.

Pour être neutre et pertinent, ce conseil doit être "individualisé pour tenir compte des spécificités des exploitations (voire de leurs parcelles), territorialisé pour intégrer les relations entre les zones agricoles et les autres occupants de l'espace, délivré par un conseiller dont la compétence scientifique et technique assure l'indépendance d'appréciation, et responsable, car garanti par une assurance professionnelle", estime le CGEDD.

Pour s'assurer d'un conseil de qualité, les pouvoirs publics devront mettre en place des boîtes à outils, organiser les formations des formateurs, revoir les référentiels des formations initiales, développer les formations continues à destination des techniciens, agriculteurs, ouvriers agricoles, multiplier les démarches collectives, valoriser les expérimentations...

Délivrer les produits phytosanitaires sur ordonnance ?

Cette réforme risque néanmoins d'accélérer la vente en ligne des produits phytosanitaires, relève le CGEDD. "On observe une montée en puissance rapide des plateformes numériques distribuant des intrants agricoles et en particulier une large gamme de produits de protection des cultures", indique le CGEDD. Or, "le développement de ces formes de distribution de produits phytosanitaires pourrait conduire, au moins pour certains agriculteurs, à une vente sans conseil. Pour prévenir une telle dérive, la vente sous prescription semble un garde-fou pertinent", estime le rapport.

Celui-ci préconise d'ouvrir les réflexions sur une obligation de prescription préalable à tout achat d'un produit phytopharmaceutique, par un phytiatre, métier encore émergent. "Cette obligation supposerait la constitution d'un réseau suffisamment développé de conseillers indépendants et la mise en place parallèle de règles déontologiques strictes et transparentes assurant la confiance de l'ensemble des citoyens".

Conscient que cette idée "fait pour l'instant figure d'épouvantail pour la profession agricole", le CGEDD estime néanmoins que "ce scénario mériterait d'être approfondi à titre prospectif afin, à l'échéance d'une dizaine d'années, d'instituer l'obligation d'un conseil prescriptif qui constituerait une condition préalable à l'achat de produits phytopharmaceutiques par un exploitant agricole".

Réactions6 réactions à cet article

 

Echéance à 10 ans, alors que la fin par exemple du glyphosate était prévue dans 3 ans, mais partiellement selon les déclarations de Macron, et avant le vote récent des députés pour allonger le délai. Il faut en sortir définitivement et les alternatives existent à commencer par changer de modèle agricole pour passer en bio, mais il faut une volonté politique pour l'instant inexistante car bloquée par la toute puissante FNSEA.

BJ50320 | 19 mars 2019 à 09h26
 
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Voilà bien longtemps qu'en médecine, le conseiller (le médecin prescripteur) est physiquement distinct du vendeur de médicaments (le pharmacien). Le système n'est pas parfait, les commerciaux des labos ont adapté leur stratégie de force de vente, mais bon, ça fonctionne pas trop mal (grâce aussi aux contrôles publics et à la vigilance des patients). Il était donc plus que temps que ce système s'impose également à l'agriculture intensive et chimique.
Les recommandations du rapport du CGEDD sont sages et pertinentes car frappées au coin du bon sens. J'apprécie tout particulièrement qu'il relève qu'il faille désormais à l'agriculture "intégrer les relations entre les zones agricoles et les autres occupants de l'espace". Là aussi, il y a urgence : les actifs agricoles ne représentaient plus en 2007 que 3,4 % de la population active totale (source INSEE), donc certainement moins de 3 % aujourd'hui vu l'érosion des effectifs. Les attentes en matière de qualité de vie de la majorité des autres actifs (et autres catégories de la population) doivent donc être entendues. Et le CGEDD est particulièrement cohérent en la matière quand il prône d'orienter l'agriculteur vers des pratiques agroécologiques.
Soumettre la vente des produits phyto à une prescription par un spécialiste est intelligent. Mais il va falloir également bien prévoir de garder à distance les labos afin de préserver l'indépendance des phytiatres, comme en médecine.

Pégase | 19 mars 2019 à 09h39
 
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L'article ci-dessous ne reprend que certains morceaux du rapport CGEDD/CGAAER et oublie de mentionner le contexte de sa publication. Le rapport était attendu avant le vote de la loi EGAlim et, dans sa première version, ne conseillait pas une séparation des activités de conseil et de vente de produits phyto. La version actuelle a été réécrite dans la précipitation pour prendre en compte la loi EGAlim votée. Les effets néfastes à venir sont quand même identifiés ("déstructure le fonctionnement des filières", "l'emploi dans les territoires ruraux", "conduire certains territoires et certaines productions à devenir orphelins de tous services d'amont").
Concernant le parallèle médecin/pharmacien pour l'hypothèse d'une prescription des produits phyto, il n'est pas bienvenu. Ce n'est pas l'agriculteur qui est malade mais les plantes, l’agriculteur est un professionnel contrairement à un patient lambda pour les médicaments et par ailleurs, la consommation de médicaments en France ne baisse pas.

Stopagribashing | 19 mars 2019 à 10h20
 
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Les plantes sont surtout malades des conditions dans lesquelles on leur impose de croître et de fournir un rendement disproportionné eu égard à leur nature.
Par ailleurs, il me semble bien que des agriculteurs sont hélas bel et bien malades en raison des produits qu'ils utilisent e(et, second hélas, ils ne sont pas les seuls à être victimes de ces produits). Certains ont même créé des associations pour faire connaître les problèmes de santé qu'ils rencontrent, telle Phyto-victimes, fondée par Paul FRANCOIS, céréalier de Charente. Il
a aussi le courage d'attaquer en justice (et oui, elle est encore là, celle-là !) Monsanto, passant outre l'omerta qui règne dans les les coopératives, les chambres d'agriculture et la FNSEA, et de réclamer la création d'un fonds d'indemnisation des victimes des pesticides (étonnement et si courageusement retoquée par l'Assemblée nationale...).

Pégase | 19 mars 2019 à 10h53
 
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Les produits phytosanitaires sont à remplacer par quelque chose qui est sans danger pour l'homme et les animaux

wibart | 19 mars 2019 à 17h39
 
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@Stopagribashing
"le parallèle médecin/pharmacien pour l'hypothèse d'une prescription des produits phyto, il n'est pas bienvenu. Ce n'est pas l'agriculteur qui est malade mais les plantes, l’agriculteur est un professionnel contrairement à un patient lambda pour les médicaments"

Votre argument ne tient pas. Les soins pour les animaux sont bien prescrits par des vétérinaires alors que les éleveurs sont des professionnels !

AW | 23 mars 2019 à 15h44
 
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