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Plan d'économies d'Areva : assainissement des comptes ou erreur stratégique ?

Le groupe nucléaire Areva a annoncé lundi un plan qui mise sur un milliards d'euros d'économies annuelles d'ici 2015, la réduction de ses investissements et le gel des salaires. La situation du géant français suscite de nombreuses réactions.

Energie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
   
Plan d'économies d'Areva : assainissement des comptes ou erreur stratégique ?
© Areva
   

C'est un véritable plan d'austérité qu'a présenté Areva le 13 décembre, après son adoption par son conseil de surveillance. Le groupe nucléaire entend réduire de près d'un tiers le niveau de ses investissements d'ici 2016. Ainsi, les "extensions de capacité" des sites français de La Hague (Manche), Georges-Besse 2 et Comurhex 2, au Tricastin, et l'usine Melox (Gard) sont suspendues, ainsi que celles de l'usine d'enrichissement d'Eagle Rock aux États-Unis et de trois gisements d'uranium africains (Bakouma en Centrafrique, Trekkopje en Namibie et Ryst Kuil en Afrique du Sud).
Parmi les priorités d'investissements définies : les gisements d'uranium Cigar Lake au Canada et Imourarène au Niger, les sites Comurhex 2 et Georges Besse 2 (malgré la suspension des extensions de capacité), le réacteur de 1.000 mégawatts Atmea ou encore les énergies renouvelables. Les embauches non industrielles devraient être gelées, les effectifs allemands devraient être réduits dans une fourchette située entre 1.200 et 1.500 personnes, une suppression liée à la décision allemande de sortir du nucléaire d'ici 2022. En France, les syndicats estiment que ce plan stratégique pourrait aboutir à la suppression de 1.200 postes, des chiffres jugés "fantaisistes" par le ministre de l'Industrie Eric Besson. Le PDG d'Areva a indiqué dans les colonnes du Figaro de ce mardi que les salaires devraient être gelés en 2012 et que les membres du directoire renonçaient à leur bonus 2011.

Dette élevée, faible croissance et post-Fukushima

"En France, et partout ailleurs dans le monde, il faudra faire des efforts sur nos coûts", analyse Luc Oursel dans Le Figaro. Selon lui, le groupe n'a pas suffisamment autofinancé sa croissance et se serait endetté excessivement. "Ces dernières années, Areva n'a pas généré suffisamment de cash-flow pour financer des investissements entrepris au nom d'une volonté de croissance à tout prix (…). Depuis cinq ans, seul un tiers de nos investissements a été autofinancé. Ce n'est pas tenable. Pour le reste, Areva a eu recours à une augmentation de capital et à la dette. Une dette élevée n'est pas acceptable dans la durée".
Mais une mauvaise gestion conjuguée aux effets de la crise n'explique pas tout :"Fuskushima nous oblige à revoir notre copie", indiquait dès septembre le nouveau PDG du groupe.La croissance très forte attendue a été quelque peu remise en cause par la catastrophe japonaise. L'Allemagne a renoncé au nucléaire, tout comme l'Italie, la Suisse ou encore la Belgique. Néanmoins, Areva mise sur la vente de dix EPR d'ici 2016. "Le développement d'Areva doit s'inscrire dans une vision long-terme du marché de l'énergie. Compte tenu de la croissance attendue de la consommation d'électricité, Areva a la conviction que les perspectives de développement des énergies nucléaire et renouvelables sont solides au cours des prochaines années, même si la montée en puissance de la base installée mondiale de centrales nucléaires interviendra avec un certain décalage par rapport aux prévisions antérieures à l'accident de Fukushima", indique Luc Oursel.

Une erreur stratégique pour les défenseurs de la sortie du nucléaire

Pour Eva Joly, candidate Europe Ecologie les Verts à la Présidence, "Fukushima n'aura été que le coup de grâce porté à une industrie nucléaire française en difficulté depuis de nombreuses années. Les comptes d'Areva affichaient déjà en 2010 un résultat opérationnel négatif de plus de 400 millions d'euros". Selon elle, le déclin du nucléaire français est une tendance lourde, tout comme les déclins passés de l'industrie minière ou des chantiers navals. "Alors que le marché des énergies renouvelables est en plein développement, celui du nucléaire doit, après Fukushima, après Tchernobyl, faire face à l'explosion des coûts : investir dans le nucléaire français coûte 3,4 fois plus cher maintenant qu'il y a 25 ans", indique-t-elle, ajoutant que "c'est bien la stratégie globale de l'entreprise qui a voulu croire à une renaissance du nucléaire qui est aujourd'hui en question".

 
Areva et les énergies renouvelables Le plan stratégique 2012-2016 fait des investissements dans les énergies renouvelables une priorité. Engagé dans un consortium avec Iberdrola pour répondre à l'appel d'offres offshore, le groupe se positionne également sur la biomasse, le solaire, l'hydrogène et le stockage d'énergie. Mais les énergies renouvelables n'ont représenté que 2 % de son chiffre d'affaires en 2010 contre 38 % pour les réacteurs et services. L'activité ENR du groupe emploie 1.000 personnes sur un effectif total de 49.000 salariés.
 
Pour France nature environnement (FNE), "cette annonce confirme l'absence de viabilité économique du secteur nucléaire français. Malgré les importants investissements publics réalisés par l'Etat pour assurer le développement du nucléaire (100 milliards d'euros en 20 ans selon le rapport de Jean-Michel Charpin, Benjamin Dessus et René Pellat publié en 2000), la filière se heurte à de nombreuses difficultés. (…) Il est nécessaire d'engager la reconversion au plus vite. Selon les experts de Global Chance, les investissements cumulés à réaliser d'ici à 2031 dans un scénario de transition énergétique seront moins importants (410 milliards d'euros) que dans le cas d'un scénario « poursuite du tout nucléaire » (470 milliards d'euros)".

Et face à ceux qui annoncent que sortir du nucléaire sacrifierait de nombreux emplois en France, ces défenseurs du renoncement au nucléaire affichent le contraire : "Il est temps d'organiser une sortie de crise par le haut pour les salariés du nucléaire. Je veux engager la transition énergétique, créatrice de 600.000 emplois dans les économies d'énergie et les énergies renouvelables. Ce sont les marchés d'avenir, tout comme le démantèlement et la gestion des déchets. Areva, grâce aux savoirs faire de ses salariés, doit tirer son épingle de la nouvelle donne énergétique", déclare Eva Joly.
FNE demande de son côté une étude approfondie sur les divers métiers du nucléaire afin d'envisager les possibilités de reclassement dans les filières liées aux économies d'énergie et aux énergies renouvelables. "La filière éolienne recherche pour la maintenance des éoliennes des titulaires de BTS formés en six mois à cette maintenance. Il faut savoir que des profils similaires existent dans le nucléaire. Une étude approfondie permettrait de préparer dans de bonnes conditions la réorientation des plus jeunes salariés du nucléaire. Quant aux salariés les plus expérimentés, ils sont les plus aptes pour préparer le démantèlement", indique Maryse Arditi, pilote du réseau énergie de FNE.

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