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Un marché français dépendant des cimenteries

Du déchet au combustible : quelle place pour les CSR en France ? Actu-Environnement.com - Publié le 09/02/2015

Le recours aux CSR est limité en France et mis à part l'usage en cimenterie, le marché est encore balbutiant. Néanmoins, les professionnels ne manquent pas d'idées, parfois opposées, pour accélérer le développement du secteur.

Du déchet au combustible : quelle place...  |    |  Chapitre 4 / 6
Un marché français dépendant des cimenteries
Environnement & Technique N°344 Ce dossier a été publié dans la revue Environnement & Technique n°344
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Les combustibles solides de récupération (CSR) se développent en Europe depuis une quinzaine d'années sous l'impulsion de la réglementation européenne, de la hausse de la facture énergétique et des attentes sociétales en terme de valorisation des déchets. Cependant les rythmes de développement sont très variables d'un pays à l'autre et, force est de constater que le marché français reste confidentiel par rapport à ceux de certains de nos voisins.

Il est difficile de connaître avec précision la production française de CSR, la définition restant floue. Le potentiel actuel de production serait de l'ordre de 500.000 à 800.000 tonnes par an, selon les sources. Côté consommation, certains chiffres sont mieux connus, même s'ils restent imprécis.

Les cimentiers précurseurs

Depuis les années 1970, les cimenteries se sont spécialisées dans l'élimination des déchets à fort pouvoir calorifique inférieur (PCI) : farines animales, déchets de pneus, résidus de broyage automobile, déchets de bois, solvants non chlorés, huiles usées et… CSR. Il s'agit ici des CSR les plus performants, c'est-à-dire ceux de petite granulométrie à "haut PCI" et très peu pollués. Selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), elles en ont consommé 130.000 tonnes en 2013. En 2014, elles en auraient consommé 240.000 tonnes, selon les tout derniers chiffres de la Fédération des entreprises du recyclage (Federec) et de la Fédération nationale des activités de la dépollution et de l'environnement (Fnade). A l'avenir, ces volumes pourraient rapidement progresser, comme l'illustre l'évolution entre 2013 et 2014. D'autant que les cimentiers se disent prêt à brûler jusqu'à un million de tonnes de CSR par an.

Une autre voie de valorisation des CSR est… l'incinération des déchets. En effet, certains incinérateurs font face à des capacités d'incinération excédentaires. Ces "vides de four" peuvent être comblés par des refus de tri et des CSR de qualité médiocre, c'est-à-dire dont le PCI est relativement bas tout en restant supérieur à celui des ordures ménagères. L'Ademe évalue la capacité excédentaire des usines d'incinération à un million de tonnes en 2013. Entre 500.000 et 1 million de tonnes de refus de tri et de CSR seraient ainsi incinérées, rapporte-t-elle sans préciser la répartition. Ce besoin est appelé à progresser, compte tenu de la baisse du tonnage des déchets collectés et de la progression du tri des déchets.

Enfin, l'utilisation en unités de valorisation énergétique dédiées constitue le troisième marché possible. Il s'agit d'unités de production de chaleur et/ou d'électricité dont la conception est identique à celle des incinérateurs, notamment en terme de dépollution des fumées, à la différence près qu'elles sont adaptées au CSR "moyen PCI". Le PCI de ces CSR dépassant celui des OMR en mélange de 30 à 100%, les fours doivent notamment être adaptés à des températures plus élevées. Ces sites, qui pour l'instant ne sont pas développés en France, pourraient être installés à proximité de sites industriels consommateurs de chaleur.

Les plastiques, au cœur des CSR ?

Bien que limité aux cimenteries et à l'incinération, le marché des CSR présente un vrai potentiel. Ainsi, la fédération des fabricants de plastique, Plastics Europ envisage une multiplication par dix du marché français d'ici 2020 grâce à l'interdiction de la mise en décharge des déchets à fort pouvoir calorifique (et en premier lieu du plastique) et une massification du traitement des déchets à l'échelle régionale. Il serait ainsi possible de valoriser l'ensemble des déchets issus des 4,6 millions de tonnes de plastique vendus en France tous les ans. L'extension des consignes de tri à l'ensemble des emballages plastique, qui représentent les deux-tiers des plastiques mis sur le marché, devrait favoriser ce mouvement.

La France pourrait ainsi rivaliser avec les 8 millions de tonnes produites en Allemagne. Le gisement français de CSR serait alors de 4,8 millions de tonnes à partir des déchets industriels, de 3,1 millions de tonnes à partir des déchets ménagers, de 600.000 tonnes à partir des déchets d'ameublement. A court terme, l'objectif de Plastics Europ est de fournir un million de tonnes aux cimenteries, pour un investissement de 120 millions d'euros. Le recours aux chaufferies industrielles dédiées est envisagé à plus long terme, mais cela nécessitera plus d'un milliard d'euros d'investissement pour 2 millions de tonnes de CSR consommées par an. Enfin, un investissement supplémentaire de 2 milliards d'euros est nécessaire pour moderniser les centres de tri en vue de préparer les 3 millions de tonnes de CSR (issues des déchets ménagers).

Les unités de combustion, pomme de discorde

Federec et la Fnade anticipent aussi un développement du CSR. Selon Federec, le potentiel de consommation actuel est de 1,5 million de tonnes et les capacités de production s'élèvent à 800.000 tonnes par an, réparties sur une trentaine de sites en France. La Fnade estime, pour sa part, que la France pourrait rapidement valoriser un million de tonnes en cimenteries et 1,5 million de tonnes en unités de combustion dédiées.

 
Quid du prix des CSR ? Les conditions de cession des CSR constituent un secret bien gardé. Si Marc Péna (Federec) évoque un paiement, du producteur de CSR vers le consommateur, d'environ 15 euros par tonnes, peu d'acteurs acceptent d'évoquer le sujet. Selon diverses sources, les producteurs de CSR paieraient de 0 à 30 euros par tonne livrée au consommateur, en fonction de la qualité du CSR et de la concurrence locale.

Ainsi, la fourniture de CSR est considérée par les gestionnaires de déchets comme une méthode d'élimination des déchets peu onéreuse.

Cependant, les industries consommatrices adaptant leur outil de production aux CSR et le marché se développant, la concurrence entre consommateurs est plus forte. Ainsi, en Allemagne, les producteurs de CSR obtiennent jusqu'à 50 euros de tonnes de CSR livrées.
 
Reste que les deux principales fédérations professionnelles proposent des stratégies de développement très différentes. Selon Federec, l'amélioration de la connaissance des CSR est la priorité avant d'envisager leur développement. "La norme européenne encadrant les CSR ne sert à rien", estime Marc Péna, le référent CSR de Federec, précisant qu'"elle ne décrit pas les combustibles et leurs conditions d'utilisation". Une fois cette connaissance précise des CSR produits en France acquise, il sera alors possible de développer le marché puisqu'à chaque type de CSR correspond un outil de combustion adapté.

La Fnade propose pour sa part d'instaurer un soutien public dédié aux unités de combustion de CSR. Compte tenu des prix de production du CSR (de l'ordre de 50 à 85 euros par tonnes, transport compris) et de la concurrence de la production énergétique au gaz (de l'ordre de 30 euros par mégawatheure (MWh) thermique avant la chute du prix du pétrole), de telles unités ne peuvent être rentables sans aides publiques. La Fnade propose de s'inspirer du mécanisme de soutien aux unités de cogénération biomasse en établissant pour les unités de cogénération CSR une aide à l'investissement à hauteur de 30% et un tarif d'achat de l'électricité produite fixé à 130 euros par MWh.

Reste que le développement d'unités de combustion dédiées est loin d'être consensuel, certains estimant qu'il s'agit d'une relance détournée de l'incinération des déchets. Aussi, dans le cadre du groupe de travail dédié au CSR du Comité stratégique des éco-industries (Cosei), les parties prenantes ont conditionné un éventuel soutien aux unités de combustion à la possibilité de substituer d'autres combustibles aux CSR. Alors que la prévention des déchets gagne du terrain, il s'agit là d'éviter la construction de nouveaux "aspirateurs à déchets".

Philippe Collet

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Reproduction interdite sauf accord de l'Éditeur.

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