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Déchets radioactifs : le problème des déchets les plus dangereux reste entier

L'énergie nucléaire Actu-Environnement.com - Publié le 09/05/2011
L'énergie nucléaire  |    |  Chapitre 6 / 9
Comme pour de nombreux résidus, les matières qui peuvent être valorisées dans le futur ne sont pas considérées comme déchets. Cependant étant donnée la dangerosité des sous-produits du nucléaire, la distinction entre matières valorisables et déchets est particulièrement sensible.

Une définition polémique

Cette ambiguïté a été au cœur d'un reportage sur les flux de matières radioactives entre la France et la Russie réalisé en 2009 (''Déchets: le cauchemar du nucléaire''). Face à la polémique suscitée, le Haut comité pour la transparence et l'information sur la sécurité des matières et des déchets nucléaires a rédigé un rapport, remis en juillet 2010 au ministre de l'écologie Jean-Louis Borloo, rappelant que ''le classement matières/déchets n'est pas définitif et peut être réévalué au regard du contexte industriel, politique et/ou technico-économique''. Le rapport précisait ainsi que 7.300 tonnes d'uranium appauvri sont produites tous les ans pour les besoins des réacteurs français et que ''l'essentiel [est] entreposé en vue de sa réutilisation envisagée dans les réacteurs de quatrième génération'' (mise en service à l'horizon 2030).

Concrètement, l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) définit les déchets radioactifs comme ''toute substance dont aucun usage n'est prévu, et dont le niveau de radioactivité ne permet pas la décharge sans contrôle dans l'environnement''. La production annuelle française s'élève à 2 kg par habitant et provient principalement de la filière électronucléaire (62% du total), de la recherche (17%) et installations militaires (17%). Les déchets issus de l'industrie hors production électrique (4%) et des usages médicaux (1%) restent marginaux.

Différents types de déchets

Au-delà des volumes, la dangerosité des substances est l'élément clé déterminant leur gestion. Ils sont donc classés selon leur nature physique et chimique, le niveau et le type de radioactivité et leur durée de vie. Il n'existe pas de classement unifié mais l'Agence internationale à l'énergie atomique (AIEA) propose un cadre général que chaque pays est libre d’adopter.

Pour l'AIEA, ils se classent en trois catégories. La première, appelé ''déchets exemptés'', concerne les produits ''contenant une concentration de radionucléides si faible qu'ils peuvent être exclus du cadre réglementaire spécifique au nucléaire.'' Les ''déchets faibles et intermédiaires'' regroupent ceux ''contenant suffisamment de matériels radioactifs et rendant nécessaires des actions pour assurer la protection des travailleurs et du public.'' Ces déchets nécessitent un entreposage dans des containeurs spéciaux et, parfois, des mesures pour assurer leur refroissement. Par ailleurs, ils peuvent faire l'objet de sous catégories selon la demi-vie des éléments radioactifs, c'est-à-dire le temps nécessaire à une division par deux de l’activité d’un radionucléide. Les déchets à ''courte vie'' ont une demi-vie est inférieure à 30 ans et ceux à ''longue vie'' ont une demi-vie supérieure 30 ans. Enfin, la dernière catégorie concerne les ''déchets de haut niveau'' dont ''le contenu en radioélément est suffisamment élevé pour nécessiter un au niveau d'isolation vis-à-vis de la biosphère, normalement via un entreposage géologique, est nécessaire sur une longue période.''

En France, le classement s’inspire de celui de l'AIEA. Ils sont classés selon leur activité, c'est-à-dire leur radioactivité exprimée en Becquerels par gramme (Bq/g). On distingue les déchets de haute activité (HA), moyenne activité (MA), faible activité (FA) et très faible activité (TFA). Le second critère est la demi-vie des éléments radioactifs. On distingue les radionucléides dont la demi-vie est inférieure à 100 jours (vie très courte - VTC), comprise entre 100 jours et 31 ans (vie courte - VC) ou supérieure à 31 ans (vie longue - VL). En croisant les deux critères, on obtient des catégories nécessitant des gestions distincts.

Classification des déchets radioactifs par filière de gestion


Classification des déchets radioactifs par filière de gestion © Andra

Certains pays retiennent des classements différents, à l'image de l'Allemagne qui les classe selon l'importance du dégagement de chaleur ou du Japon qui se base sur leur origine.

Moins de 4% du volume concentrent 99% de la radioactivité

L'Andra réalise tous les trois ans un inventaire national qui évaluait, au 31 décembre 2007, à 1.153.000 de m3 le volume des déchets français, parmi lesquels 824.600 m3 sont définitivement stockés (71% du total).

Par ailleurs, l’inventaire révèle que les déchets de haute activité, principalement les éléments radioactifs issus du retraitement des combustibles usés, représentent 0,2% du volume total mais concentrent 94,98% de la radioactivité totale des déchets radioactifs français, soit un peu plus de 90 millions de térabecquerels (TBq, soit mille milliards de Becquerels). Cette évaluation ne tient compte que marginalement des stocks de combustible usé qui sont considérés comme des matières valorisables. Quant aux déchets de moyenne activité de vie longue, ils concentrent 4,98% de la radioactivité totale pour 3,6% du volume total.

Le problème des déchets à haute activité et à longue vie reste entier

En France, le Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs (PNGMDR) précise les modes de gestion envisagés pour le stockage définitif ou provisoire des déchets.

Depuis 2003, les déchets de TFA (moins de 100 Bq/g) sont dirigés vers le centre de stockage de surface de Morvilliers dans l'Aube et les déchets FMA (entre 100 et 1.000 Bq/g) à vie courte sont envoyés vers le centre de stockage de l'Aube (CSFMA).

Les déchets de FA-VL, de MA-VL et de HA sont stockés sur les lieux de production ou sur certains sites du CEA et de la société AREVA/SOCATRI. L’Andra étudie deux nouveaux centres de stockage : un pour les déchets FA-VL et un pour les déchets MA-VL et HA. Des projets qui font face à de vives oppositions et progressent difficilement.

Ainsi, les deux communes pressenties pour accueillir le prochain centre dédié aux FA-VL ont finalement retiré leur candidature en 2009. Aujourd’hui, 30 communes sont encore candidates et la concertation locale puis les reconnaissances géologiques précises doivent être réalisées. Pour les déchets HA et MA-VL le site de stockage réversible profond prend forme. Une zone à proximité du laboratoire de Bure a été validée et les premières analyses géologiques ont débuté. Une surface de 15 km2 en profondeur devrait accueillir les déchets HA et MAVL pour 100 ans et pour un coût évalué initialement à 15 milliards d'euros et qui serait estimé aujourd’hui à 35 milliards. Il devrait être mis en service en 2025.

Philippe Collet

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