En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Le captage et le stockage de CO2, dernier recours pour décarboner l'industrie

Le captage et stockage de CO2 (CSC) issu des fumées ne pourra être possible en France que dans trois territoires industriels selon l'Ademe. Et vu son coût, il ne devra être envisagé qu'après avoir activé d'autres leviers de réduction d'émissions.

Energie  |    |  Florence Roussel  |  Actu-Environnement.com
Le captage et le stockage de CO2, dernier recours pour décarboner l'industrie

Quoi de plus simple que le principe du captage et stockage du CO2 (CSC) : récupérer le CO2 des fumées industrielles, le comprimer, le transporter et le stocker géologiquement. Une idée séduisante qui fait l'objet de nombreuses recherches depuis trois décennies mais qui peine à convaincre. Et pour cause. Selon un avis de l'Ademe sur cette technologie, la mise en œuvre du CSC est complexe et coûteuse. Pour l'instant, seuls une vingtaine de projets sont actifs dans le monde, dont une grande partie accompagne l'exploitation pétrolière. Le volume stocké à ce jour, 23 millions de tonnes de CO2 par an, reste donc anecdotique au niveau mondial. Et en France, le potentiel est très limité mais pas inexistant.

Trois zones industrielles potentielles dans le nord de la France

Au regard des contraintes techniques, géologiques et économiques, l'Ademe identifie trois zones industrielles où le CSC pourrait être mis en place grâce à la présence d'infrastructures favorables, comme des canalisations de transport, la concentration de sites industriels et des capacités de stockage géologique. « Une première estimation conduit ainsi à un gisement pouvant aller jusqu'à 24 MtCO2/an d'émissions qui pourraient être captées sur trois zones autour de Dunkerque, Le Havre et Lacq, dont 90 % seraient stockées en mer hors du territoire français », estime l'Ademe. Ce gisement sera cependant revu à la baisse avec la mise en place d'autres actions de réduction d'émissions de CO2, comme l'efficacité énergétique, l'électrification des procédés ou le développement des énergies renouvelables. Ce gisement paraît donc compatible avec les orientations de la stratégie nationale bas-carbone (SNBC), qui limite le CSC à 5 Mt CO2/an en 2050 dans son scénario de référence.

Le CSC peut être un axe intéressant pour ces trois territoires qui, s'ils offrent cette solution de décarbonation aux industries qui ont des possibilités d'actions alternatives limitées comme les cimenteries, peuvent présenter un avantage et ainsi attirer de nouvelles entreprises. « A contrario, la plupart des sites du secteur de la chimie de base (situés en région AURA) ainsi que ceux du secteur cimentier (dispersés sur tout le territoire) ne pourront pas s'appuyer sur cette technologie pour décarboner leurs activités », prévient l'Ademe.

Un développement long et incertain

L'agence de la transition écologique estime que le procédé de CSC doit être envisagé en dernier recours, sur les émissions de CO2 incompressibles résultant d'une politique de réduction à la source. « Il faut commencer par les actions les plus matures et les plus performantes », rappelle l'Ademe. Surtout que le CSC est loin d'être compétitif avec un coût de 100 à 150 €/tonne de CO2 évité, contre 20-25 €/tonne pour les technologies les moins chères dans le secteur industriel. « Même en optimisant les technologies de captage (très consommatrices d'énergie), le CSC restera une solution coûteuse car elle n'est adaptée qu'aux sites très fortement émetteurs, en nombre limité, et nécessite des adaptations au cas par cas », estime l'Ademe. Tous les sites émetteurs inférieurs à 100 ktCO2/an sont écartés du gisement. Cela représente plus de 90 % des sites français.

 
La plupart des sites du secteur de la chimie de base ainsi que ceux du secteur cimentier ne pourront pas s'appuyer sur cette technologie pour décarboner leurs activités  
Ademe
 
Le CSC doit relever un autre défi : celui de l'acceptation sociétale, au regard des risques technologiques et sanitaires potentiels. « Par le passé, les projets de stockage géologique ont rencontré une forte opposition de la population locale. En Europe, cela s'est traduit par l'arrêt de l'intégralité des projets CSC onshore à cause d'une forte contestation des habitants proches des sites de stockage géologique », rappelle l'Ademe. Les territoires devront être impliqués au plus haut niveau pour développer cette technologie, de même que la société civile.

Le dernier défi a trait à la temporalité : des efforts financiers importants doivent être consentis dès maintenant en matière de R&D pour le développement de projets CSC, qui nécessite un temps de développement et d'intégration d'une dizaine d'années, et donc pas de résultats concrets à moyen terme. Pour l'instant, en France, à part un projet de démonstrateur qui a permis de capter et stocker 60 000 tonnes de CO2, il n'y a aucun projet à l'échelle industrielle.

RéactionsAucune réaction à cet article

 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Florence Roussel

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager