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Extension des consignes de tri : l'Ademe préconise des centres de tri plus gros, automatisés et moins nombreux

L'extension des consignes de tri à tous les emballages plastique devrait profondément bouleverser le paysage français des centres de tri. L'Ademe estime qu'il faut revoir en profondeur l'organisation de la collecte et du tri.

Déchets  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com

Vendredi 13 juin, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a publié un rapport intitulée "Etude prospective sur la collecte et le tri des déchets d'emballages et de papier dans le service public de gestion des déchets". Sous ce titre anodin, le document recèle une analyse de l'impact de l'extension des consignes de tri à tous les emballages plastique.

L'Ademe juge qu'une augmentation des investissements dans les centres de tri actuels, sans révision de leur mode de fonctionnement, n'entraînerait qu'une hausse des coûts sans parvenir à atteindre les objectifs fixés. Elle préconise donc de revoir les modes d'organisation de la collecte et du tri, même s'il n'y a pas d'organisation idéale, chaque territoire ayant ses caractéristiques propres. Une chose semble sûre, la carte de France des centres de tri pourrait être chamboulée.

Les investissements ne suffiront pas

Le dispositif de collecte et de tri des emballages et des papiers fera face à des évolutions majeures d'ici 2030, notamment pour répondre à l'extension des consignes de tri à tous les emballages plastique qui deviendra "un élément structurant" du dispositif. Cependant, contrairement aux investissements réalisés initialement, il faudra tenir compte de l'existant, ce qui "[renforce] de fait le jeu des contraintes".

"Une simple adaptation tendancielle des moyens, conservant les schémas d'organisation actuels, conduirait à une hausse significative des coûts sans pour autant arriver à répondre aux différents objectifs recherchés", résume l'Ademe.

Du côté de la collecte, l'étude montre que la modification simultanée des consignes de tri, des contenants, de l'organisation de la collecte et de la tarification "[est] un gage d'une meilleure compréhension et acceptation par l'habitant et un facteur d'optimisation accrue". En revanche, du côté du tri, l'adaptation des centres de tri n'est pas suffisante, il faut plutôt envisager une nouvelle organisation basée sur les enjeux à venir.

De lourds investissements dès 2015

Premier aspect évoqué, l'importance des investissements à effectuer qui devraient être compris entre 1,2 et 1,8 milliard d'euros d'ici 2030. "À titre de comparaison, la valeur neuve du parc actuel de centre de tri français (hors foncier) est estimée à 1,5 milliard d'euros", rapporte l'Ademe, ajoutant que "le montant d'investissement correspondant à la création, au renouvellement et à l'optimisation des centres de tri est de l'ordre de 0,1 à 0,15 milliard d'euros par an sur les dernières années".

"Les montants à mobiliser pourraient être significativement plus importants les premières années, dès 2015", indique par ailleurs le rapport, laissant entendre qu'une fois ce premier cap franchi les sommes investies diminueront.

Le montant des investissements nécessaires n'est pas tout. "Une simple adaptation du parc actuel risquerait d'aboutir à des solutions d'assez court terme et des conditions d'exploitation non optimisée, alors qu'une évolution importante devrait permettre d'aboutir à une organisation ajustée aux enjeux de demain", alerte l'Agence. Mais, à ce stade, il n'existe pas "une solution unique d'organisation qui ne présenterait que des avantages et constituerait LE scénario objectif à atteindre à l'horizon 2030".

Des centres de tri plus gros, automatisés et moins nombreux

Faute de modèle idéal, l'Ademe évoque les principaux éléments structurants à prendre en compte pour organiser la collecte et le tri. Le premier est la réduction des surcoûts liés à la coexistence de plusieurs schémas de collecte en France. Ce poste représente la moitié des coûts complets (hors recettes de vente de matériaux) de gestion des déchets d'emballages et de papiers et l'Ademe préconise de regrouper certains flux de collecte similaires dans des centres de tri polyvalents.

L'Agence recommande notamment de collecter les fibreux (emballages papiers, cartons et papiers graphiques) d'une part et les non fibreux (emballages en plastique et métaux), d'autre part. La logique peut être poussée à l'extrême, avec une collecte papiers graphiques / emballages, si l'implantation des contenants est envisageable.

Au niveau du centre de tri, le document recommande "une industrialisation accrue de la fonction de tri". Celle-ci passe par "une automatisation et une augmentation de la taille moyenne des centres de tri", poursuit l'étude. Mais cela n'est pas sans impact, puisqu'une telle stratégie "devrait aboutir, à terme, à en réduire de moitié le nombre".

Pour les collectes multi-matériaux, le document recommande une organisation du tri en deux étapes : un premier tri simplifié suivi par un tri dans des unités spécialisées.

Répondre aux besoins des industriels

Enfin, l'étude pointe "des points d'attention importants" concernant la réorganisation de la collecte et du tri des déchets d'emballages. Ces points "[doivent] faire l'objet de travaux complémentaires et de décisions politiques", estime l'Agence.

Tout d'abord, il s'agit de favoriser l'élargissement des zones de collecte des centres de tri. Le renforcement de la mutualisation entre collectivités est l'une des voies possibles. Ensuite, l'Ademe recommande d'accompagner les investissements "en précisant les possibilités d'intervention financières des différents acteurs concernés".

Le troisième point concerne le service public de gestion des déchets (SPGD). Il s'agit de "préciser le niveau de tri relevant de la responsabilité du SPGD en définissant des standards adaptés pour la reprise des matériaux aux collectivités et les conditions de transfert de propriété des matériaux triés". En clair, il faudra que le SPGD ajuste ses capacités de tri pour répondre à des standards de qualité des matières en sortie de centre de tri conformes aux besoins des industriels.

D'autre part, l'Ademe suggère d'appliquer le principe de proximité afin de recycler les matières tout en créant des emplois en France. Enfin, la mise en place d'"une coordination du dispositif" devra être assurée.

Réactions10 réactions à cet article

 

Souvent en retard d'un train, pour ce qui est des statistiques en particulier à l'ère de l'ordinateur , l'ADEME, si elle avait eu le budget ad hoc, aurait déjà pu affirmer cela, comme certains observateurs pertinents, il y a plus de 15 ans

En tirant parti des possibilités du stockage sur voie de garage et transport par train, malgré l'incurie de la SNCF

Et c'était aussi à préconiser pour quelques grosses usines de traitement thermique installées près d'une voie ferrée (parfois plus utilisée) le plus loin possible de petits villages de campagne grâce à l'usage de presse mobile à balle "hermétique" durant plus de six mois (sans odeurs donc) ; le regroupement massif permettant un outil de filtration certes coûteux mais performant à la limite du détectable.

Jean-Marie | 17 juin 2014 à 06h49
 
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Pour aborder ce problème du tri massif des déchets on devra nécessairement passer par une phase de NORMALISATION des matériaux et des modèles d'emballages afin de FACILITER le tri. Dire qu'il faut industrialiser, agrandir c'est bien mais encore faut-il avoir les moyens techniques pour REUSSIR. Dans l'état actuel ou tout est n'importe quoi en matière, en formes, en poids on n'arrive pas a obtenir les résultats qui seraient possibles en ayant facilité en amont le tri. si le les formes et les matières des bouteilles ou des pots étaient normalisée on gagnerait tout de suite en efficacitédu tri.
La variété des plastiques pose un problème difficile, surtout la séparation polypropylène polyéthylène dont les caractéristiques sont voisines. Il faut aussi réduire le nombre polymères pour les emballages et surtout ne pas en ajouter d'autres. Le plastique biodégradable PLA ne fait que compliquer davantage le tri parce qu'il ressemble trop aux autres non biodégradables. Une piste a étudier pour le tri l'adjonction de marqueurs facilement identifiables par des machines de tri (il ne s'agit pas de logo ou d'empreintes!).
Enfin comme tout ce qui concerne la valorisation il faut absolument qu'elle n'ait pas être subventionnée: c'est vraiment la ligne rouge entre destruction et recyclage. Malheureusement cette ligne rouge est toujours ignorée....

ami9327 | 17 juin 2014 à 10h43
 
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A réduire le nombre de centre de tri on augmente les camions sur les routes. Car soyons réalistes, les transports ne se feront pas par train.
Un centre par département semble un minima.


Et puis, comment peut-on dire "l'Ademe suggère d'appliquer le principe de proximité afin de recycler les matières tout en créant des emplois en France." en suggérant d'automatiser les centres ?
Je pense qu'on oubli encore une fois les trieurs qui ont une condition de travail difficile, certes, mais qui permettent à la majorité de reprendre pied dans la société. Car il s'agit bien souvent d'emplois en ré-insertion. N'oublions pas cette dimension sociale.

Terra | 17 juin 2014 à 10h44
 
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Je sais que la circulation d'un convoi spécial pose des problèmes à la SNCF mais ils sont gérables. Et des vieux wagons qui "dorment" sur et des voies de garage il y en a.

On ne doit pas raisonner forcément par département mais par rayon et contexte de population en fonction des agglomérations

Jean-Marie | 17 juin 2014 à 11h15
 
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Le seul problème pour les centres de tri actuels est le "plastique". Comme c'est centres de tri sont pour certains bassins d'emploi la seule source de main d'œuvre pour les oubliés de notre société, il serait catastrophique de les supprimer. Une solution, deux niveau de tri pour les plastiques, l'existant qui peut très bien s'occuper de tout les autres déchets et qui envoi la totalité du plastique, dans des gros contenant vers un centre régional spécialisé, bien sur implanté avec désertes ferroviaires ou pour certaines région fluviales. Cela éviterai de faire faire des kilomètres inutiles aux boites de conserves et aux papiers cartons et cela préserverait le peu d'emploi disponible.

Duport Claude | 17 juin 2014 à 11h32
 
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Le tri manuel est possible moyennant des subventions conséquentes: autant dire qu'il ne sert à rien! Oui, c'est une provocation mais il faut choisir entre limiter le cout de traitement ou limiter la perte de matière valorisables. La valorisation stricto sensu ne doit RIEN couter (=la valeur ajoutée doit payer au moins les frais de tri et transport.)
La valorisation énergétique en centre d'incinération est concurrencée par celle en cimenteries, encore une aberration....
Il ya un paradoxe, souligné par d'autres aussi, a vouloir des usines de tri géantes collectant des déchets venant de (tres) loin en camions. Le but étant de limiter les émissions de CO2..Le transport par rail devrait de nouveau entrer dans ce processus. (Le seuls déchet transportés par rail est le Ferraille par trains de 1000 tonnes; en dessous la sncf ne sait pas faire...)

ami9327 | 18 juin 2014 à 11h15
 
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@duport claude
Transporter des emballages non compressés serait un non sens économique et environnemental.
trier des emballages ayant été compressés, j'ai quelques doutes sur la facilité.

l'article aborde sommairement l'extension des consignes de tri. Mais quid des filières de recyclage? Parce que retirer des matières du flux destiné à l'incinérateur pour les transporter, trier, transporter puis les envoyer à l'incinérateur, c'est un non sens. C'est couteux, polluant et surtout c'est démobilisateur pour le particulier qui se dira (a juste raison) qu'on le prend pour un abruti à lui demander de trier.

dolgan | 19 juin 2014 à 14h30
 
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Encore une fois nos technocrates s'y prennent par le mauvais côté. Il ne faut pas travailler sur le tri des déchets mais sur la réduction des emballages et l'eco conception : le retour aux emballages rigides et consignés, la suppression d'étiquettes adhésives et la remise en question de la privatisation de la gestion des déchets (Eco EMballage, Veolia et Suez !).
De plus n'oublions pas les contrats de volumes signés par les collectivités auprès des gestionnaires d'incinérateurs (tiens, Veolia et Suez encore !) .... que feront -ils quand ils n'auront plus de plastique à cramer ???

Bapt | 23 juin 2014 à 08h35
 
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il n'est jamais abordé la question des filières de recyclage des matières concernées par l'extension des consignes de tri. C'est pourtant le nœud de la guerre.

les prévisions donnent une augmentation d'ici 2030 de 95% du volume (principalement à cause de l'extension des consignes de tri) des déchets recyclables.
Le rapport passe sur cette information comme si elle était anecdotique. Hors c'est mécanique: une telle hausse implique au minimum un doublement des couts de collecte (on est obligé de passer 2 fois plus souvent. alors que le rapport préconise l'inverse pour limiter les couts)
Il faut aussi de nouveaux hangars pour stocker les nouveaux camions, de nouveaux vestiaires pour le nouveau personnel de collecte,...
Hors, je vois mal les 16% de tonnage supplémentaires couvrir ces couts.

l'augmentation de la taille des centre de tri fait la même impasse. Les cout de transports supplémentaires sont à mon avis sous évalué. quand tu passes de 10 minutes à 30, voir 40 minutes pour aller vider dans un centre de tri, les couts de transport devraient augmenter plus que ce que montre l'étude.
De plus, l'étude ne prend pas en compte l'impact de ce temps de conduite qui vient directement se retrancher au temps de collecte. cumulé a l'augmentation des volumes, ça commence à faire beaucoup.

Enfin l'exemple d'un centre de tri unique pour le département du Nord est juste risible.on aurait là des temps de trajets aller-retour de l'ordre de 2à3h. et je compte pas la queue pour vider.

dolgan | 23 juin 2014 à 14h50
 
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Pour la question des centres de tri départementaux, la distance est compensée par des centres de regroupement. Les déchets sont alors compressés avant d'être envoyés. L'économie est réelle. Les collectivité garde une certaine proximité et n'ont pas à supporter l'investissement d'un centre de tri pour leur territoire. Bien sur il y a la construction d'un centre de transfert, mais c'est sans commune mesure avec un centre de tri.
Bien sur tout est une question d'échelle.
Je vois ici, dans le Jura, nous avons un centre de tri/incinérateur (pour les OM) et plusieurs centre de transfert dans les différents territoire.
Cela simplifie en plus les consigne de tri et la communication qui sera assurée par le syndicat central.
Bref, il y a bien des façons de faire, mais à contrario, faire des centre trop gros serait une bien mauvaise idée. Je pense

Terra | 23 juin 2014 à 15h49
 
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