En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Sécheresse et agriculture : les réservoirs d'eau artificiels ne règleront pas le problème

Alors que l'étude Climsec alerte sur l'aggravation des sécheresses agricoles au cours du XXIè siècle, se pose la question de l'adaptation de l'agriculture. Les producteurs demandent des retenues collinaires mais d'autres solutions existent.

Agroécologie  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
   
Sécheresse et agriculture : les réservoirs d'eau artificiels ne règleront pas le problème
   

Au cours du premier tiers du XXIè siècle, la probabilité d'apparition de sécheresse sera plus importante quelle que soit la saison, explique l'étude Climsec, menée par Météo-France avec le CNRS, le Cerfacs, le Cemagref et l'École des mines de Paris, et rendue publique le 30 juin. Au milieu du siècle, l'assèchement des sols superficiels devrait s'intensifier. À partir des années 2080, des déficits pluviométriques plus forts apparaîtront, notamment en été, entraînant des sécheresses des sols superficiels ''extrêmes sur la majeure partie du territoire, et quasiment sans retour à la situation normale (par comparaison au climat actuel)''. L'étude alerte sur une aggravation continue de l'intensité moyenne des sécheresses agricoles en toute saison et quasi généralisée en France (sauf Sud Est).

Ce secteur souffre déjà des épisodes de sécheresse. ''Nous sommes à un tournant, remarquait Guy Vasseur, président de l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture lors d'une réunion sur le sujet le 28 juin dernier. Soit nous acceptons de réduire nos productions, soit nous produisons autrement et trouvons des alternatives comme le stockage de l'eau''. Cette solution, qui consiste à stocker de l'eau prélevée dans les cours d'eau ou les nappes d'accompagnement aux périodes où elle est abondante, a les faveurs des agriculteurs. Pourtant, selon une étude menée par l'Inra sur la vulnérabilité des systèmes de production agricoles à la sécheresse, commandée par les pouvoirs publics après les épisodes de sécheresse de 2003 et 2005, la création des réservoirs artificiels(barrages-réservoirs et retenues collinaires) ''doit être traitée avec la plus grande prudence en fonction du contexte hydrographique local. (…) Les périodes de crues font partie du fonctionnement normal du réseau hydrographique et même si celles-ci peuvent être avantageusement régulées, on ne peut pas considérer que toute l'eau qui retourne à la mer peut être stockée''. De plus, l'augmentation de l'offre par les réservoirs artificiels augmente la demande et reporte la recherche de solutions alternatives. Il faut donc, selon l'Inra, explorer toutes les possibilités d'économiser l'eau avant d'envisager d'accroître la ressource.

 
L'agriculture et l'eau La France métropolitaine prélève en moyenne chaque année 33 milliards de m3 en eau de surface ou souterraines. Près de 60 % des prélèvements sont réalisés par le secteur de l'énergie (refroidissement des centrales thermiques, classiques ou nucléaires). Mais une grande partie de ce volume prélevé est rejetée dans les milieux naturels après usage (non sans impacts sur les milieux).
L'agriculture prélève quant à elle près de 4 Mds m3, soit 14 % des prélèvements totaux. Son impact saisonnier sur les niveaux de ressources est plus grand : l'agriculture restitue moins d'eau au milieu local que les autres activités (production d'énergie, eau potable et industrie). Sa consommation nette est donc estimée à 48 % des consommations totales.
L'été, la part agricole des prélèvements peut atteindre 80-90 % en période d'étiage.
À d'autres périodes de l'année (période hivernale où les sols sont laissés nus en général), l'agriculture joue néanmoins un rôle positif sur la ressource en eau : les surfaces cultivées drainent davantage d'eau que les surfaces non cultivées, notamment les forêts, les landes ou les prairies naturelles. L'agriculture permet ainsi de reconstituer les réserves hydriques à l'échelle d'un territoire.
 
Sélections et stratégies culturales

Parmi les pistes identifiées par l'Inra, la première concerne la sélection des espèces. Il s'agit de sélectionner les plants les plus résistants au stress hydrique. Jusqu'ici, la sélection, qu'elle soit classique ou technologique, n'a pas ou peu porté sur la résistance à la sécheresse mais plutôt sur les rendements ou la résistance aux maladies. Plusieurs projets de recherche sont en cours dans ce domaine, notamment le projet européen Drops (2010-2015) qui vise à préserver les rendements des cultures en période de sécheresse et à améliorer l'efficacité de l'utilisation des ressources en eau par la plante.

Avec la sélection, les agriculteurs doivent mettre en place des stratégies culturales. Cela peut passer par le choix de cultures semées plus tôt, à l'automne ou en fin d'hiver, et à cycle plus long, qui permettent de décaler les phases sensibles à l'eau à des périodes à moindre risque de déficit hydrique. Le colza, le blé, l'orge, le pois mais aussi le tournesol peuvent être concernés. Une limite cependant : il s'agit de sélectionner des variétés tolérantes au froid, voire au gel. Cette question se pose aussi pour la stratégie visant à avancer la date de semis des cultures d'été. Autre alternative : les variétés précoces, dont le cycle est plus court, qui peuvent ''esquiver le stress de fin de cycle''.

Enfin, les stratégies d'évitement visent à diminuer la demande en eau en période végétative afin de conserver une partie de la ressource pour les phases ultérieures de forts besoins (floraison, remplissage du grain). Cette stratégie consiste à réduire la densité de peuplement et/ou la fertilisation azotée pour limiter le développement de la surface foliaire et donc la transpiration. Mais ces stratégies ne peuvent être mises en place qu'en cas d'anticipation. Si en 2005, le défaut de remplissage hivernal des sols et des réserves a permis de prévenir la sécheresse, en 2003, celle-ci a été brutale, après un hiver froid et pluvieux.

Économies et stockage d'eau

Plusieurs pratiques qui relèvent de ''l'aridoculture'' permettent de favoriser un stockage naturel de l'eau dans les sols : effectuer un travail minimum du sol avec paillis pour limiter l'évaporation et faciliter l'infiltration en réduisant le ruissellement, maintenir le sol nu pour limiter les pertes par transpiration et introduire une jachère pour stocker et conserver l'eau. Le sous-solage permet également, en aérant le sol en petite profondeur, un meilleur stockage de l'eau. Les rotations de cultures et la pratique de cultures intermédiaires sont également préconisées.

Pour l'irrigation, les producteurs ont déjà mis en place des stratégies d'économies d'eau : réduction de l'évaporation lors des aspersions (inférieure à 10 %), utilisations de techniques plus efficientes ou ajustements des apports aux besoins des plantes en évitant l'irrigation systématique. En cas de forte sécheresse, ces mesures ne sont pas suffisantes. L'une des solutions est de réduire les surfaces cultivées. Le projet de plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC) préconise également de réutiliser les eaux usées traitées pour l'irrigation.

Réactions7 réactions à cet article

 

Dans les pays d' afrique du nord il y a plus d'un siècle nos anciens savaient cultiver en climat aride .On ne labourait pas dans le sens de la pente on créait des banquettes de DRS il faudra peut être relire les cours d'agronomie et semer du BIDI 17. Au fait quelles pertes par évaporation dans une retenue dite collinaire ???

AGRICOLO | 07 juillet 2011 à 08h42
 
Signaler un contenu inapproprié
 

"l'agriculture permet de reconstituer les réserves hydrique" des réserves hydrique polluées par les différent pesticides et autres saloperies utilisés en abondance par nos agriculteurs

lio | 07 juillet 2011 à 08h46
 
Signaler un contenu inapproprié
 

"Il faut donc, selon l'Inra, explorer toutes les possibilités d'économiser l'eau avant d'envisager d'accroître la ressource" : miracle,l'INRA se remet à prôner une logique basée sur l'économie des ressources naturelles et l'agronomie ! L'espoir est donc permis, même si en haut lieu de l'Etat, la solution démagogique des bassines (financées à 85 % sur fonds publics, et moi qui croyait sottement que nous devions tout faire pour réduire la dette publique...) a été immédiatement avancée (contexte électoral, quand tu nous tiens !).

tetrax | 07 juillet 2011 à 09h52
 
Signaler un contenu inapproprié
 

N'y a-t-il pas une erreur dans le paragraphe ci-dessous"maintenir le sol nu?", car pour moi c'est à éviter justement. Ou peut être je n'ai pas compris le sens du texte, dans ce cas me l'expliquer, merci.

"Économies et stockage d'eau

Plusieurs pratiques qui relèvent de ''l'aridoculture'' permettent de favoriser un stockage naturel de l'eau dans les sols : effectuer un travail minimum du sol avec paillis pour limiter l'évaporation et faciliter l'infiltration en réduisant le ruissellement, maintenir le sol nu pour limiter les pertes par transpiration et introduire une jachère pour stocker et conserver l'eau".

Boubic | 07 juillet 2011 à 11h44
 
Signaler un contenu inapproprié
 

@ Boubic

Plusieurs études ont montré qu'en période hivernale (où la végétation est faible) le même comportement hydrique est constaté pour la jachère et le sol nu. Le sol nu permet même d'éviter des pertes d'eau par transpiration et donc un meilleur stockage.

La Rédaction | 07 juillet 2011 à 12h56
 
Signaler un contenu inapproprié
 

@ rédaction

il est évident q'un sol nu ne consomme pas d'eau puisq'il n'y a pas de couvert végétal qui desseche le sol. mais il est demandé aux agriculteurs d'implanter des couverts végétaux pour piéger les reliquats d'azote dans le sol.........

jmf64 | 22 août 2011 à 22h15
 
Signaler un contenu inapproprié
 

En France l'agriculture prélève de 2.5 à 3% de la pluviométrie annuelle et ma mère qui à aujourd'hui 83ans a connu dans sa jeunesse des sécheresses avec pour conséquence des étalages vides à l'épicerie.
Ce que peut de gens malheureusement savent, c'est qu'en refusant la création de réserves(lacs collinaires ou barrages) ils nous obligent à produire des céréales de moins bonnes qualités puisque ayant subi des stress hydriques et que peu à peu les acheteurs se détourneront de la production française; pas graves ils achèteront au brésilien la bas quant on veut produire plus, le bull et on arrache 100 000 hectares de forét supplémentaire

agriculteur | 16 janvier 2012 à 20h26
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Sophie Fabrégat

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager