En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Risques chimiques : l'Anses préconise une meilleure prise en compte de l'exposition des pompiers

Mieux prendre en compte les risques chimiques pendant l'incendie mais aussi après. Telle est la préconisation de l'Anses, qui sonne comme un avertissement au moment où l'incendie Lubrizol interroge sur la protection des soldats du feu.

Risques  |    |  Laurent Radisson Actu-Environnement.com
Risques chimiques : l'Anses préconise une meilleure prise en compte de l'exposition des pompiers

La publication de l'Anses sur les risques sanitaires liés aux expositions professionnelles des sapeurs-pompiers vient à point nommé. Le 16 octobre, le journal Le Monde révélait que les bilans sanguins de certains pompiers intervenus lors de l'incendie de l'usine Lubrizol de Rouen faisaient apparaître des résultats anormaux pour le foie et le rein.

Même si une deuxième série de prélèvements est attendue pour dire si ces résultats sont liés ou non au sinistre, la question de l'exposition des soldats du feu au risque chimique se pose. L'étude de l'Anses porte sur l'ensemble des risques sanitaires auxquels sont confrontés les pompiers, y compris le stress et les horaires de travail, mais elle apporte des précisions importantes sur les risques chimiques. Des risques qui existent lors de tout incendie mais qui sont bien entendus exacerbés dans le cas d'un site industriel, a fortiori classé Seveso seuil haut. On sait maintenant que 9 514 tonnes de produits sont parties en fumée lors de l'incendie de l'usine Lubrizol, dont environ 7 000 tonnes de produits dangereux, parmi lesquels des substances cancérogènes, toxiques ou irritantes.

Cocktail de substances chimiques

« Lorsque l'exposition des sapeurs-pompiers aux risques chimiques est évoquée, ce sont souvent les HAP présents dans les fumées qui sont ciblés, mais les fumées sont composées de nombreuses substances. Les sapeurs-pompiers sont exposés à un cocktail de substances chimiques, par inhalation, mais également par la voie cutanée », relève l'étude de l'Anses. Celle-ci a réalisé une synthèse des mesures de prévention préconisées par des organismes de sécurité sanitaire nationaux et internationaux, une consultation internationale, ainsi que des auditions.

« Depuis les années 1950, l'augmentation de l'utilisation de matériaux synthétiques et de plastiques a augmenté la complexité et la toxicité des fumées générées lors [des feux urbains] », indique l'étude. Cette dernière mentionne également l'utilisation de fibres biosourcées pour l'isolation des bâtiments, traitées avec des retardateurs de flammes, qui entraînent une exposition à des substances chimiques peu connues.

« Les fumées de combustion sont composées de particules de différentes tailles et de gaz dont la composition dépend des matériaux en combustion », rappelle l'Anses. L'étude identifie 14 composés qui représentent environ 65 % de tous les composés organiques volatils (COV) émis par les matériaux communément présents dans les incendies de bâtiments. S'y ajoutent des substances comme l'acroléine, le monoxyde de carbone, le formaldéhyde, le glutaraldéhyde, le chlorure d'hydrogène, le cyanure d'hydrogène et le dioxyde d'azote mais aussi divers métaux tels que le cadmium, le chrome et le plomb.

Des associations possibles avec les cancers

L'exposition professionnelle des sapeurs-pompiers a été classée 2B « Possiblement cancérigène pour l'Homme en raison de preuves limitées » par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), rapporte l'étude. Mais une méta-analyse qu'il a conduite en 2010 met en évidence « des risques accrus de développer certains cancers ». Dans un rapport de 2018, l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité au travail (RSST) confirme un lien entre le développement de cancers et la profession de sapeur-pompier pour le seul mésothéliome. Mais il met en lumière « certains preuves d'association » en ce qui concerne « les cancers du poumon, de la vessie, du cerveau, du côlon/rectum, de la tête et du cou, des reins, de l'œsophage, de la peau et de l'intestin grêle, de même qu'avec le lymphome non hodgkinien, la leucémie et le myélome multiple ».

 
Le risque d'exposition à des émanations toxiques est toujours présent même lorsque l'incendie est éteint.  
Anses
 
Plusieurs effets non-cancérigènes de l'exposition aux substances chimiques sont par ailleurs recensés par l'Anses : effets aigus comme l'asphyxie et la pneumonie chimique, irritations oculaires, maux de tête, étourdissements, nausées, troubles respiratoires, troubles cutanés, tumeurs non cancéreuses, atteintes du système immunitaire, effets sur la fertilité, effets cardiovasculaires. Ces effets, relevés par la littérature scientifique, pourraient toutefois ne pas être exhaustifs. « L'étendue des effets sanitaires éventuels, qu'ils soient locaux ou systémiques, qu'ils soient consécutifs à une exposition à court terme ou à long terme à des substances chimiques, pourrait s'avérer importante au vu de la multitude des activités potentiellement exposantes et des nombreuses substances chimiques présentes et pas toujours identifiées », relève l'Anses.

Cette dernière fait également un focus sur l'amiante, susceptible d'entraîner des atteintes pleurales, l'abestose et des cancers broncho-pulmonaires. « Très peu de cas de pathologies liées à l'amiante ont été déclarés imputables à l'activité de sapeurs-pompiers en France », relèvent toutefois les auteurs.

Exposition via les poussières et le matériel

Les sapeurs-pompiers sont exposés aux risques sanitaires liés aux fumées d'incendies pendant l'intervention, mais également après l'intervention via les poussières contaminant les équipements de protection individuels et le matériel, souligne le rapport.

« À l'étape du nettoiement, alors que les appareils respiratoires isolants (ARI) ne sont plus portés, les valeurs limites d'exposition professionnelle court terme recommandées peuvent souvent être dépassées », avait montré l'IRSST dans une étude de 2007. « À la fin de l'intervention, tout l'équipement (EPI, matériels, véhicules…) est contaminé par les substances toxiques, les suies et les eaux d'extinction qui peuvent se fixer sur et dans l'équipement, par dépôt, par absorption, ou par adsorption, de façon temporaire ou permanente. Par la suite, ils désorbent, s'évaporent suivant leur volatilité et peuvent contaminer directement les professionnels par contact direct ou indirect », avait également mis en évidence la Direction de la sécurité civile et de la gestion des crises dans une étude de 2018.

« Le risque d'exposition à des émanations toxiques est toujours présent même lorsque l'incendie est éteint, pendant les phases de surveillance, d'enquête, de déblai (…) », conclut l'Anses. Or, les mesures de prévention actuelles concernant le risque chimique sont essentiellement centrées sur la phase active de la lutte contre l'incendie, pointe l'Agence. « La prise en compte des risques chroniques encourus par les sapeurs-pompiers pendant et après les interventions de lutte contre l'incendie doit ainsi être renforcée », en conclut-elle. Et de recommander la mise en place effective d'un suivi médical post-professionnel des sapeurs-pompiers afin « de mieux prévenir les risques à plus long terme après la cessation de leurs activités ».

RéactionsAucune réaction à cet article

 

Réagissez ou posez une question au journaliste Laurent Radisson

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager