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“ La PAC 2014-2020 n'a pas entraîné de changements de pratiques agricoles ”

La plateforme Pour une autre PAC, très active lors de la précédente réforme de la politique agricole commune, se remobilise. Alors que la Commission européenne a présenté les grandes orientations de la prochaine réforme, elle entend peser sur les débats.

Interview  |  Agroécologie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
   
“ La PAC 2014-2020 n'a pas entraîné de changements de pratiques agricoles ”
Aurélie Catallo
Coordinatrice de la plateforme pour une autre PAC
   

Actu-Environnement : La Commission européenne vient de présenter une communication définissant ses grandes orientations pour la prochaine politique agricole commune (PAC). Qu'en pensez-vous ?

Aurélie Catallo : Il s'agit d'une communication, il n'y a pas de propositions législatives pour l'instant. Tout peut encore évoluer d'ici l'été, cela dépendra de ce que les deux co-législateurs, le Conseil et le Parlement européens, décideront. La proposition de tendre vers plus de subsidiarité, qui a largement été commentée, est loin de faire l'unanimité par exemple. Sur ce point, tout dépendra de l'ambition qui sera donnée au niveau européen. On sait que, généralement, les Etats membres utilisent la subsidiarité pour vider les politiques de leur substance. Mais la Commission européenne peut aussi fixer de vrais objectifs ambitieux et obligatoires.

AE : Que défend la plateforme Pour une autre PAC pour cette réforme ?

AC : La prochaine PAC doit porter un véritable changement de paradigme. Il faut passer d'une politique favorable à une poignée d'acteurs de l'agro-alimentaire à une politique qui est au service des citoyens et de tous les agriculteurs. La PAC doit assurer la sécurité alimentaire, la protection des ressources naturelles, la lutte contre le changement climatique, le développement rural et l'emploi, tout en étant solidaire avec les pays du Sud. Cette politique ne doit pas se contenter d'aborder les aspects sanitaires, elle doit porter une véritable politique commune pour l'agriculture et l'alimentation. Etonnamment, la communication de la Commission européenne s'intitule "L'avenir de l'alimentation et de l'agriculture", alors qu'il n'y a quasiment rien sur l'alimentation ! Il faut définir pour quoi et pour qui l'agriculture européenne produit. Selon nous, il s'agit d'assurer la souveraineté alimentaire de l'Europe, en produisant une alimentation de qualité, accessible à tous. La prochaine PAC doit permettre ce changement de paradigme et organiser la transition, car on ne pourra pas changer de modèle agricole du jour au lendemain.

AE : Y a-t-il des aspects intéressants dans les premières orientations données par la Commission ?

AC : Les évolutions qui sont proposées nous paraissent être des béquilles pour pallier les problèmes actuels. Par exemple, proposer de mettre de l'argent public pour financer des systèmes d'assurance privés, alors que, selon nous, il faut prévenir ces risques, donner les outils aux agriculteurs pour trouver les solutions et devenir résilients. La Commission propose également des pistes pour mettre un terme à l'inégale répartition des aides de la PAC. Cela va dans le bon sens. Elle mentionne l'idée d'un plafonnement des aides par actif, c'est une idée que nous défendons. Mais entre la version de la communication qui a été officiellement publiée et une précédente version qui avait fuité en octobre, cette proposition a été modifiée : la Commission proposait initialement une fourchette de plafonnement qui a disparu. Il faut savoir que la Commission européenne avait déjà mis cette proposition sur la table lors de la précédente réforme, mais elle avait disparu. Il y a des chances pour que cela se reproduise…

AE : La PAC actuelle ambitionnait déjà d'être plus verte et plus équitable. Quel bilan en tirez-vous aujourd'hui ?

AC : La PAC 2014-2020 a manqué sa cible. Elle était effectivement annoncée comme une PAC plus verte et plus juste, mais en réalité, elle n'a pas permis de changer de cap et, sur le terrain, elle n'a pas entraîné de changements de pratiques. Les critères d'attribution des aides favorisent encore les grandes exploitations peu diversifiées. Il y a un déséquilibre persistant entre le premier et le deuxième pilier alors que, selon nous, le deuxième pilier peut permettre de répondre à de nombreux enjeux. Cette PAC a finalement permis de parachever la dérégulation de l'agriculture, d'aller vers un marché libéral, avec la suppression des quotas… En France, la réforme s'est traduite par beaucoup de complexités pour les agriculteurs et les services qui la gèrent. Cela a créé une insécurité budgétaire qui ébranle la confiance que les agriculteurs ont dans la PAC. On l'a vu encore récemment avec les aides de la bio. Finalement, malgré les milliards d'aides versés aux agriculteurs, la PAC ne leur permet toujours pas de tirer des revenus de leur activité…

AE : Comment expliquez-vous cette défaillance ?

AC : Pour avoir un revenu, les agriculteurs doivent pouvoir bien vendre et bien acheter. Cela passe par des coûts de production plus bas. Aujourd'hui, ils doivent acheter les semences, les pesticides, les engrais, les conseils techniques qui permettent de les utiliser, le soja pour alimenter le bétail… Tant qu'ils ne seront pas autonomes dans leurs fermes, les agriculteurs feront face à des coûts de production très élevés, déconnectés des prix de marché. Il y a également un problème de répartition sur l'ensemble de la chaîne de valeur, cette question a été largement abordée lors des Etats généraux de l'alimentation.

AE : Justement, les premières solutions issues des Etats généraux vous semblent-elles aller dans le bon sens ?

AC : Le discours qu'a prononcé Emmanuel Macron à Rungis allait dans le bon sens. Mais l'orientation qui semble être donnée depuis tend à s'appuyer surtout sur la construction de plans de filières. Avec ce système, on sort du politique, du champ de la PAC, pour aller vers l'autorégulation. Ce ne sont plus les autorités politiques qui gèrent, régulent… Cette approche tend à une responsabilisation des acteurs privés et un désengagement de la sphère publique.

Réactions2 réactions à cet article

 

Le glyphosate ré autorisé, la FNSEA ne va rien faire pour changer de modèle agricole, il faut une orientation politique forte pour ce faire. Mais les consommateurs devraient se montrer afin d'exiger des produits sans pesticides, antibiotiques ou autres saloperies. Quant Travert dit 50 % de bio dans les cantines en 2022, il faut s'en donner les moyens, on reste dans l'effet déclaratif sans action concrète.

BJ50320 | 06 décembre 2017 à 11h04
 
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Reste à définir deux notions:
1/ C'est quoi, le "bio" ? Tous les "bios" mondiaux ne se valent pas et nombre de produits étiquetés comme tels (et pas seulement les imports) ne remplissent pas leur ambition d'être "meilleurs" (à quand une étude approfondie sur les rayons "bio"?) et surtout de ne pas utiliser de pesticides (ce qui est un mensonge éhonté).
2/ C'est quoi, le "conventionnel" ? Si ce qu'affirment les grands prêtres du "bio" est vrai, il reste à traîner au tribunal toutes les professions agricoles qui seraient coupables d'à peu près tous les maux de notre société. Avis aux procureurs auto-proclamés.
Ou bien sortirons-nous un jour de cette approche binaire en considérant que le "conventionnel" comporte souvent de bonnes pratiques ?

Albatros | 07 décembre 2017 à 11h16
 
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