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Eolien en mer : pas si simple de réaliser les études d'impact

L'étude d'impact du parc éolien en mer de Courseulles-sur-Mer a été passée au crible de l'Autorité environnementale. Une première pour tous les acteurs qui met en évidence les difficultés d'un tel exercice alors que les connaissances scientifiques manquent.

Décryptage  |  Risques  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°347 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°347
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Afin de déployer l'éolien en mer ou offshore, l'Etat français a lancé plusieurs appels d'offres. Celui de 2011 a permis de sélectionner quatre projets de parcs d'une puissance totale de 2.000 MW dans les régions Pays de la Loire, Bretagne, Basse-Normandie et Haute-Normandie. Trois parcs (Fécamp : 498 MW, Courseulles-sur-Mer : 450 MW et Saint-Nazaire : 480 MW) ont été attribués en avril 2012 au consortium EDF Energies Nouvelles/Dong Energy Power/Alstom tandis que le parc de Saint-Brieuc (500 MW) a été remporté par le consortium Iberdrola/Eole-Res/Areva.

Depuis cette sélection, le montage des parcs suit son cours. En octobre 2013, les débats publics rendaient leur verdict. Aujourd'hui, un nouveau cap est passé avec le rendu de l'avis de l'Autorité environnementale (Ae) du ministère de l'Ecologie concernant l'étude d'impact du parc de Courseulles-sur-mer (Calvados). Ce parc sera situé de 10 à 16 km au large de la commune. Il sera composé de 75 éoliennes d'une hauteur de 176 mètres et d'une puissance unitaire de 6 MW, ainsi que d'un poste électrique en mer. L'État a confié la maîtrise d'ouvrage du parc à la société Éoliennes offshore du Calvados et à Réseau de Transport d'Électricité (RTE) la maîtrise d'ouvrage du raccordement au réseau de transport d'électricité au moyen de deux liaisons à 225.000 volts, sousmarines sur 15 km et souterraines sur 24 km.

L'avis de l'Autorité environnementale ne porte pas sur l'opportunité du projet mais sur la qualité de l'étude d'impact commune présentée par les deux maîtres d'ouvrage, et sur la prise en compte de l'environnement par le projet. Il n'est donc ni favorable, ni défavorable. Mais il s'agit d'une première pour l'Autorité environnementale française et pour les maîtres d'ouvrage. L'occasion de faire un premier retour d'expérience sur les impacts environnementaux à prendre en compte pour ce type de projet.

Impact sur la faune marine

A travers cette première étude d'impact d'un parc éolien offshore, l'Autorité environnementale signale un manque de connaissance flagrant pour aider les maîtres d'ouvrage à monter leur projet : comment dresser un état des lieux initial ? Identifier les effets et les vulnérabilités des espèces et des milieux ? Et comment conclure sur les impacts dans le cadre de la démarche "Éviter, réduire compenser" (ERC) ? L'Ae regrette que la décision de développer l'énergie éolienne offshore n'ait pas été aussitôt accompagnée de l'effort de recherche approprié pour compléter ces connaissances.

Les maîtres d'ouvrages se sont appuyés sur l'expérience étrangère en la matière (Royaume-Uni et Pays-Bas) mais l'Ae constate un manque de nuances sachant que chaque parc éolien est unique. Elle évoque "certaines appréciations rapides concluant à des impacts négligeables ou faibles là où il y aurait place pour une appréciation plus nuancée". Elle recommande par exemple de prêter une plus forte attention à l'avifaune marine. Vu l'existence d'un site Natura 2000 à proximité, les risques de collision avec les éoliennes et ceux liés à la destruction de l'habitat ne sont pas négligeables.

Une évaluation plus précise du niveau d'exposition au bruit, pour certaines espèces de mammifères marins comme le Marsouin, est également demandée. Le maître d'ouvrage du parc a choisi de construire les éoliennes sur des monopieux métalliques d'environ 7 mètres de diamètre enfoncés par battage ou forage à une profondeur de 20 à 30 mètres. Le niveau sonore atteint à une distance d'un mètre du battage est d'environ 150 dB, ce qui fera de cette étape la source de bruit la plus importante lors de la construction du parc éolien. En effet, à raison de 30 coups par minute, ces opérations de battage auront une durée effective de deux fois 5 heures en moyenne par fondation, soit 750 heures pour l'ensemble des 75 éoliennes.

La question de l'autorisation ou non de l'exercice de la pêche professionnelle à l'intérieur du parc éolien et de ses impacts est également trop peu abordée. Il faut en tenir compte pour évaluer le risque de mortalité par collision pour certaines espèces d'oiseaux qui suivent les navires (goélands, labbes, sternes et autres mouettes). La préfecture maritime n'a pas encore pris sa décision quant à l'autorisation et/ou la restriction des activités de pêche dans ce parc mais le maître d'ouvrage estime avoir fait le maximum pour rendre possible une décision positive : les 75 éoliennes seront orientées pour être dans l'axe des courants marins dominants, par exemple, afin de limiter les perturbations des opérations de pêche.

Impact sur la qualité des eaux

Afin de limiter la corrosion des fondations des éoliennes, un dispositif de protection cathodique sera mis en œuvre à l'aide d'anodes dites "sacrificielles". Elles permettent, par leur oxydation plus rapide que celle du métal sur lequel elles sont posées, de protéger ce dernier de la corrosion. Dans le cas du parc de Courseulles-sur-mer, les anodes sacrificielles seront composées à 95% d'aluminium, à 5% de zinc et de quelques autres éléments métalliques en quantité inférieure à 0,1%. Leur masse sera de 15 tonnes par fondation et leur durée de vie de 25 ans. Leur masse résiduelle en fin de vie sera de 15% de leur masse initiale, ce qui correspond à un transfert d'aluminium dans l'eau d'environ 100 kg/jour pendant 25 ans.

L'Autorité environnementale demande par conséquent de détailler l'impact des anodes sacrificielles sur la qualité des eaux selon chacune des formes chimiques des éléments qu'elles relarguent. Les risques écotoxicologiques liés à ces métaux dépendent en effet de la quantité et de la forme chimique sous laquelle ils sont relargués. Point positif reconnu par l'Ae : un suivi de la qualité des eaux est prévu et décrit, dans et hors la zone d'influence du parc.

Des mesures de compensation supplémentaires

Sachant que la zone d'implantation du parc éolien a été désignée en amont par l'Etat, l'Autorité environnementale reconnaît que le maître d'ouvrage n'a que peu de marge de manœuvre en terme d'évitement des impacts. Elle lui demande toutefois de proposer des mesures de compensation supplémentaires au bénéfice des espèces affectées (oiseaux et mammifères marins). "En travaillant au profit d'espèces affectées, le parc éolien offshore de Egmond ann Zee (Pays-Bas) a mis en place une série de mesures comme l'expansion d'une réserve ornithologique pour les oiseaux côtiers et migrateurs et un fonds au bénéfice des oiseaux migrateurs et des espèces marines", cite en exemple l'Ae.

La compensation pourrait également concerner la pêche maritime si elle venait à être interdite sur le site. "L'affectation réglementaire au comité national des pêches maritimes et des élevages marin de 35% du produit de la taxe acquittée annuellement par le producteur éolien ne peut être considérée comme une compensation des impacts locaux", précise l'Ae.

Cette dernière note également qu'il n'est pas envisagé de mesures compensatoires supplémentaires si le suivi environnemental du site met en évidence de nouveaux impacts. Les maîtres d'ouvrage envisagent notamment un suivi du bruit, de la fonction récif, du comportement d'évitement de l'avifaune et des risques de collision, ou encore un suivi des substances chimiques. Ce dispositif se maintiendra jusqu'au démantèlement du parc.

La construction du parc éolien aura lieu entre 2016 et 2020 et sa mise en service est prévue progressivement entre 2018 et 2020. Son coût est évalué à 1,8 milliard d'euros. Le coût des mesures d'évitement, de réduction ou de compensation afférentes est estimé à 13,3 M€, celui des mesures de suivi à 5,9 M€. Le coût du raccordement électrique, quant à lui, est évalué à 135 M€.

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