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Communication sur les risques majeurs : renforcer la culture du danger

Comment conserver la mémoire des aléas et impliquer les habitants dans la gestion des risques ? Le Réseau Risques a tenté de répondre à cette question à travers des outils et initiatives présentées lors d'une journée technique à Lyon le 21 juin.

Risques  |    |  Dorothée Laperche Actu-Environnement.com
 Communication sur les risques majeurs : renforcer la culture du danger

Développer une culture du risque a été le fil conducteur de la journée technique "Information préventive et la communication sur les risques majeurs : comment assurer au niveau local une mise en oeuvre efficace ?" du Réseau Risques. Collectivités, scientifiques et associations se sont réunis pour échanger leurs différentes expériences et approches de la question, le 21 juin à Lyon.

"Selon une étude Ifop de 2010, près de 50 % des personnes interrogées se sentent suffisamment informées et environ la moitié ne prennent aucune mesure pour se protéger des risques éventuels, pointe Alain Chabrolle, vice-président délégué à la santé et à l'Environnement de la région Rhône-Alpes, les consultations s'avèrent très souvent peu efficaces, standardisées et ont peu d'impacts sur la population". Sensibilisation, recours aux nouvelles technologies ou initiatives ludiques, les réponses des acteurs pour répondre aux enjeux de la gestion des risques majeurs misent sur l'implication des habitants.

Ainsi l'initiative d'Orléans (45), en partenariat avec l'Université de Nîmes (30) et le Centre européen de prévention des risques d'inondation (Cepri) passe par une formation des 600 agents de la ville qui habitent en zones inondables. "Une forte désorganisation des services était à prévoir, la culture du risque était peu présente car ce dernier a une occurrence faible : nous n'avons pas connu d'inondation depuis 1866", précise Jennifer Alarcon, responsable du service risques urbains d'Orléans.Cette formation s'efforce de permettre la diffusion de messages clefs, de dépasser le phénomène de déni et donne les informations essentielles pour une adaptation des comportements des agents au risque. Elle se compose d'une partie théorique mais également d'ateliers "pratiques" où les agents situent leurs logements sur une carte des zones inondables, estiment les hauteurs sur une échelle de crue et constatent les effets de l'aléa sur des maisons à taille réduite. L'Université de Nîmes a ensuite évalué son impact grâce à des questionnaires réalisés avant et après le stage. "Au final 73 % des agents pensent que la formation a changé leur perception notamment concernant le délai d'évacuation et les hauteurs d'eau potentiellement atteintes", note Isabelle Richard, docteur en psychologie sociale de l'Université de Nîmes. Outre l'implication en terme de temps, le coût financier de l'opération de sensibilisation s'élèverait à près de 60.000 euros.

Développer la mémoire et la perception du risque

Autre initiative de sensibilisation : l'organisation d'un concours par l'association Prévention 2.000 soutenu par l'Unesco qui s'efforce de développer la mémoire et perception du risque. L'un des objectifs de cet événement est d'inciter un rapprochement entre les communes et les écoles sur la question du risque. Le principe ? Après une inscription par leur mairie, les élèves d'une école mènent une enquête sur les aléas survenus dans leurs communes. Les candidatures seront jugées sur la qualité des témoignages recueillis, la pertinence des questions posées aux parents d'élèves et le retentissement donné par la collectivité à cette action. "Si les enfants ne trouvent pas de personnes qui ont le souvenir de l'événement, ils peuvent s'adresser à un acteur de la prévention du risque, complète Olivier Schick, directeur de l'association Prévention 2.000, les risques technologiques ne sont pas pris en compte dans ce concours car trop complexes". Les inscriptions prennent fin le 18 janvier 2013. Les Lauréats seront ensuite invités à l'Unesco en juin 2013 et les enquêtes publiées sur le site de institut pour l'histoire et la mémoire des catastrophes (IHMeC).

"Les campagnes informations préventives sont indispensables mais il faut les utiliser de manière judicieuse : ne pas stigmatiser un risque par rapport à un autre", pointe François Giannoccaro, directeur de l'Institut des risques majeurs de Grenoble (IRMa). Une évaluation des actions d'information préventive réalisée pour la ville de Pont-de-Claix (Isère) montre en effet que si ces dernières permettent d'augmenter la sensibilité de la population aux risques, elles orientent également leur perception. Ainsi alors que le risque sismique s'avère plus important à Pont-de-Claix que celui d'une explosion liée aux industries, une communication centrée sur ce dernier le rend prépondérant aux yeux des habitants.

Un site Internet pour sensibiliser aux risques

Une obligation réglementaire impose aux maires de certaines collectivités de constituer un Document d'Information Communal sur les Risques Majeurs qui concernent sa commune (DICRIM). Depuis le 26 avril 2012, Saint-Etienne (42) propose à ses habitants en plus de la version papier un Dicrim interactif : ils peuvent s'informer sur les risques auxquels ils sont exposés grâce à un site Internet. Les stéphanois ont ainsi accès à l'historique des événements survenus à Saint-Étienne, les actions de préventions et les comportements à adopter. Ils peuvent réaliser des recherches par adresse et identifier les incidents qui sont arrivés près de chez eux. Ils disposent également d'un accès à des archives vidéo, photos ou articles de presse. "Nous espérons que les cartographies, les vidéos, ainsi que l'aspect ludique auront un effet attractif pour la population, précise Michel Rabat, directeur adjoint de la police municipale et sécurité civile, aujourd'hui 15.00 pages Internet ont été consultées depuis le lancement".

Environ 27 000 communes seraient concernées par l'obligation de réaliser un Dicrim. Pourtant selon l'IRMa et le Ministère de l'Ecologie, du Développement Durable et de l'Energie, le taux de réalisation ne dépasserait pas 20 % (5 683 documents seraient effectifs en juin 2012). L'équipe de recherche de Johnny Douvinet et Rémi Pallares à l'Université d'Avignon et des pays de Vaucluse s'est concentrée sur 4 départements pour un recensement plus fin lors du projet Cemoral : la Loire, la Loire-Atlantique, le Vaucluse et le Loiret.

Ils ont constaté un taux de réalisation de 19 % pour la Loire (55 DICRIM sur 281 demandés), 28 % en Loire-Atlantique (130 communes assument l'absence du document), 40 % pour le Vaucluse (55 DICRIM et 20 en cours sur les 151 attendus) et 62 % pour le Loiret (72 DICRIM et 20 en cours sur les 111 obligatoires). "Derrière ces chiffres se cachent deux autres réalités : tout d'abord, très peu de documents sont conformes au cadre réglementaire - 29 Dicrim seulement, soit moins de 18 % de l'échantillon -, souligne Johnny Douvinet, et différentes variables, à la fois institutionnelles  - nombre de risques, réalisation du PCS - , politique - prise en charge du maire, implication des services municipaux - ou démographique  -importance de la population - jouent de manière complémentaire dans la mise en oeuvre de ces documents d'information préventive"

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