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Conférence internationale de l'ASPO : les défis de la fin du pétrole bon marché

Depuis sa création, l’Association d’étude du pic pétrolier et gazier anticipe les turbulences économiques causées par le renchérissement des ressources fossiles. Economistes et experts lancent l’alerte. Ils en appellent à un sursaut des politiques.

Energie  |    |  Agnès Sinaï  |  Actu-Environnement.com
   
Conférence internationale de l'ASPO : les défis de la fin du pétrole bon marché
   

Bruxelles, 26 avril 2011. L'illustre géologue Colin Campbell ouvre la neuvième rencontre internationale de l'ASPO (Association for the Study of Peak Oil and Gas), réseau informel de scientifiques, co-fondé en 2000 par lui-même et par Jean Laherrère, ancien conseiller de Total. Ces experts et transfuges de l'industrie pétrolière se sont donné pour mission d'évaluer le degré de dépendance du monde vis-à-vis du pétrole et du gaz, de modéliser la déplétion des ressources fossiles en fonction de variables géologiques, économiques, et technologiques, et de sensibiliser l'opinion sur les conséquences du pic pétrolier (et gazier) pour l'avenir des sociétés humaines.

Dix ans avant l'Agence internationale de l'énergie, pourtant institution de référence en la matière, les géologues et scientifiques de l'ASPO ont annoncé que le pic de pétrole brut se déroulerait au cours de la première décennie des années 2000. Aujourd'hui, plus personne ne conteste la tendance, pourtant longtemps sous-estimée. L'Agence internationale de l'énergie elle-même, dans son dernier rapport, représente la courbe de brut conventionnel atteignant son pic en 2006. Et revoit ses prévisions de production mondiale à la baisse. Dans son rapport de 2004, elle estimait le volume global de la production de pétrole à 121 millions de barils par jour en 2030. Mais, dans son dernier rapport, le chiffre tombe à 96 millions de barils / jour. Et il réduira encore dans les prochains rapports, selon l'ASPO…

Le nouvel Age du pétrole, ou l'ère de la rareté

Des courbes qui font froid dans le dos : elles montrent toutes l'écart sidérant entre une offre qui se tasse et une demande croissante de brut au cours des 40 prochaines années. En clair, pour les géologues de l'ASPO, si l'équivalent de deux Arabie Saoudite ne sont pas mis en production à court terme, la demande mondiale ne pourra pas être satisfaite et le prix du pétrole va arithmétiquement augmenter. Ce qui fait dire à Colin Campbell, géologue connaisseur du rétrécissement des champs pétroliers, que "l'énergie et l'économie ont connu une phase d'expansion rapide au cours de la première moitié de l'Age du pétrole. Mais la deuxième moitié de cette époque pourrait être marquée par une contraction de l'économie, à mesure que la fourniture de ressources cruciales va diminuer. La transition entre ces deux époques risque d'être une période de grande tension, ainsi que le confirment les événements récents".

Des prévisions que les Majors – les grandes compagnies pétrolières – préfèrent minorer pour éviter d'inquiéter leurs actionnaires. Seule compagnie ayant accepté l'invitation à participer à la conférence de l'ASPO, Total estime qu'il y a encore beaucoup d'hydrocarbures dans les sous-sols : huiles lourdes, gaz et huiles de schiste, offshore profond ou très profond. Mais les compagnies pétrolières hésitent à investir pour mettre en exploitation des gisements techniquement complexes à atteindre. Le temps du pétrole bon marché est fini, notre mode de vie va changer, reconnaît Pierre Mauriaud, géologue de Total. Le coût d'édification d'une plate-forme offshore est de deux milliards de dollars, estime David Murphy, chercheur à l'Université de l'Etat de New York. Il faut investir un baril de pétrole pour en produire trois en Alberta (Canada). Le retour d'investissement énergétique (Energy Return on Energy Invested) est en chute constante au XXIème siècle : il va falloir de plus en plus d'énergie pour extraire de l'énergie.

Coûteuse "nouvelle frontière" des hydrocarbures et contraction de l'économie

La première partie de l'Age du pétrole a été caractérisée par la mise en exploitation et la consommation du pétrole le plus léger, le plus facile à extraire, le plus fluide. Ce pétrole, dit conventionnel, est en déplétion inexorable. La « nouvelle frontière » se joue sur le front des pétroles dits non conventionnels. Jean-Marie Masset, ancien vice-président de Geoscience Total, passe en revue les ressources en offshore profond (jusqu'à 2500 mètres de profondeur). Additionnées, celles-ci ne représentent que 5% du total des ressources pétrolières globales. C'est peu, en regard des contraintes technologiques, des risques pour les employés des plates-formes et des catastrophes écologiques possibles, comme l'a tristement illustré la marée noire consécutive à l'accident de la plate-forme DeepWater Horizon.

Quant aux gaz de schistes, leur exploitation est montée en puissance aux Etats-Unis depuis le début des années 2000, en raison de la généralisation des techniques de forage horizontal et de la montée en pression de la fracturation hydraulique. Selon Jean-Marie Bourdaire, ancien directeur de l'Agence internationale de l'énergie et du Conseil mondial de l'énergie, cette expansion des techniques de forage a décuplé la productivité des champs de gaz de schiste aux Etats-Unis, comme celui de Fayetteville, dans l'Arkansas. Le champ de Haynesville Core (Texas) est devenu le plus grand du monde. Mais les experts sont en désaccord sur la stabilité des rendements de ces gisements. Il pourrait s'agir d'un mirage d'abondance, selon Arthur Berman, directeur de l'ASPO USA. En tout état de cause, la production de gaz de schiste continuera d'augmenter aux Etats-Unis, selon M. Bourdaire. Elle sera plus hasardeuse en Europe en raison des contestations qu'elle suscite, et ne sera pas un "game changer" en Asie-Pacifique.

Etrangement, les économistes n'ont, pour la plupart d'entre eux, pas encore pris la mesure de la connexion entre la crise et le prix du pétrole à trois chiffres, pour la première fois atteint en 2008 (147 $ courants en juillet 2008). Or, toutes les récessions économiques depuis les années 1970 ont été liées au prix du pétrole. C'est la thèse de Jeff Rubin, ancien économiste en chef de la Banque impériale du commerce canadienne, connu en Amérique du Nord pour ses anticipations sur le prix du baril. Les économies industrielles, dont la croissance est fondée sur le brut bon marché, vont-elles pouvoir s'adapter à la hausse du baril, renchéri par des pétroles et gaz non conventionnels de plus en plus difficiles à extraire ? Dans son ouvrage Demain un tout petit monde, comment le pétrole entraînera la fin de la mondialisation, il pronostique une crise énergétique systémique et une inflation galopante qui va entraîner toutes les économies dans la tourmente, et déclencher un processus de démondialisation.

Réactions1 réaction à cet article

 

Les économistes de la "terre plate" vont ils enfin percuter? Pas sur...

Merci pour cet article.

ecospam | 03 mai 2011 à 16h10
 
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