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Le projet d'élevage des 4.000 veaux remet la question des fermes-usines sur le devant de la scène

C'est un projet hors-norme sur lequel le préfet de Saône-et-Loire va se prononcer dans les semaines qui viennent. Un éleveur souhaite ouvrir un centre de transit pouvant accueillir jusqu'à 4.000 veaux avant leur exportation hors d'Europe.

Agroécologie  |    |  Laurent RadissonActu-Environnement.com
Le projet d'élevage des 4.000 veaux remet la question des fermes-usines sur le devant de la scène

La ferme des 1000 vaches dans la Somme avait défrayé la chronique. Celle des 4.000 veaux à Digoin en Saône-et-Loire produit le même effet, posant de nouveau la question du modèle agricole dans lequel la France souhaite se diriger alors que se tiennent actuellement les Etats généraux de l'alimentation.

Le projet sur la sellette ? Un centre de quarantaine pour la préparation de jeunes bovins destinés à l'exportation vers le Maghreb ou la Turquie, qui pourra accueillir près de 4.000 têtes de bétail et qui vient s'ajouter à un troupeau existant de 320 vaches allaitantes et 240 bovins d'engraissement.

Une concentration record d'animaux qui pose problème

Le modèle est différent de celui des 1000 vaches du fait de la rotation importante des animaux appelés à ne rester que cinq semaines sur le site, le temps d'une mise en quarantaine avant expédition en centre d'engraissement. Mais, malgré le vide sanitaire prévu entre chaque lot, il y aura une grosse concentration d'animaux de manière durable dans l'établissement, reconnaît-on du côté du ministère de la Transition écologique, où l'on admet que cette concentration record pose des problèmes. Problèmes qui ont été signalés au préfet, précise le ministère.

"Il s'agit d'une concentration d'animaux très supérieure à ce que la surface de l'exploitation et l'état de ses sols peuvent supporter", estime Pascal Blain, président de France Nature Environnement (FNE) Bourgogne Franche-Comté. "Une telle concentration d'animaux de provenances diverses requiert des antibiotiques, des anti-inflammatoires, des insecticides et fongicides en grandes quantités qui pourraient percoler dans la nappe ou rejoindre les cours d'eau", dénonce le responsable associatif.

"Le volume d'abreuvement est divisé par deux, voire trois, par rapport aux standards, la présence de polluants est sous-estimée, le financement est opaque, et aucune mention n'a été faite du risque de propagation de zoonoses par l'arrivée massive d'animaux d'autres départements", s'insurge de son côté la Confédération paysanne.

"Services de l'Etat plutôt complaisants"

L'autorité environnementale relevant du préfet de région, qui a rendu son avis sur le projet le 4 juillet dernier, formule elle-même un certain nombre de critiques vis-à-vis des risques de fuite des fosses à lisier, du plan d'épandage perfectible, du stockage des bidons de pesticides, du lavage des camions et des bâtiments, ou encore des risques sanitaires. Mais cela ne l'empêche pas de donner un satisfecit global à l'éleveur, estimant que son dossier apporte "des solutions acceptables" pour concilier son activité avec les nombreux enjeux environnementaux identifiés.

Un éleveur dont la bonne foi pose toutefois question dans la mesure où la demande en jeu est une demande de régularisation d'autorisation suite à un arrêté préfectoral de mise en demeure. En clair, l'exploitant a démarré l'exploitation sans l'autorisation préalable requise. Ce qui est constitutif d'une délit qui peut être puni d'une amende de 150.000 euros et d'une peine de prison pouvant atteindre deux ans. "On peut dire que les services de l'Etat sont plutôt complaisants", réagit Pascal Blain. "On régularise une fois que les dégâts sont là", ajoute le représentant de FNE, qui estime que le projet aurait eu peu de chances de passer en dehors d'une procédure de régularisation. Surtout lorsque l'on sait que le dossier contient une demande de dérogation de distance, les bâtiments étant construits à moins de 35 mètres d'un cours d'eau.

Reste maintenant au préfet de Saône-et-Loire à statuer sur la demande de régularisation présentée par l'éleveur, sachant que l'enquête publique a pris fin le 22 septembre et que le commissaire-enquêteur doit remettre ses conclusions dans un délai d'un mois. Conclusions que le représentant de l'Etat n'est toutefois pas tenu de suivre.

"Enfermer les éleveurs dans un modèle qui conduit au désastre"

Au-delà du cas d'espèce, se pose la question de la voie que souhaite suivre la France dans ses filières d'agriculture et d'élevage. "On est complètement à côté de la plaque", s'indigne Pascal Blain, qui dénonce une exploitation qui met à mal l'image de marque de la production locale et ne permet pas de faire vivre les territoires.

La Confédération paysanne, quant à elle, dénonce un projet qui contribue à "engager encore plus nos fermes vers un mirage exportateur" et à "enfermer les éleveurs bovins dans un modèle qui a déjà conduit nombre d'entre eux au désastre".

"A l'heure où les Etats généraux de l'alimentation battent leur plein, ce projet (…) met en lumière les dérives d'une agriculture industrielle qui ne répond plus aux demandes alimentaires actuelles tout en plongeant les éleveurs dans leur ensemble dans une crise sans fin, sommés de produire plus pour gagner moins", s'indigne aussi l'association Agir pour l'environnement qui annonce avoir adressé une protestation réunissant 60.000 signatures au commissaire-enquêteur.

Réactions7 réactions à cet article

 

Il suffirait tout simplement que le préfet redescende sur Terre! Quel intérêt a-t-il à autoriser cette hérésie ? La question se pose.... Personne en France à part cet éleveur à moitié fou et délinquant par surcroît (puisqu'il contrevient à la loi) ne souhaite un tel mode d'agriculture, ce modèle a vécu et ses conséquences horribles nous sont connues : alors pourquoi continuer ??? Il faudrait une fois pour toutes que les préfets aient un minimum de connaissances scientifiques, leur incompétence dans ce domaine nous conduit à des énormités.

gaia94 | 29 septembre 2017 à 18h20
 
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Pourquoi de tels projets sont en discussion. Ils vont à l'encontre de toutes les orientations morales de la France et de l'Union Européenne. Mais au diable l'agroécologie, au bucher l'accord sur le climat (sans parler du patrimoine paysager Français), tant que la donnée économique est là, c'est la seule qui vaille le coup d'être regardée. Tout ça pour l'export ! Mais le Préfet peut agir, quelle paramètre mettra t-il en avant pour autoriser ou interdire cette ferme usine ? En attendant, en tant qu'agent économique, posons nous la question de savoir si l'on soutient, malgré nous à travers nos achats, ce genre de production car ces des consommateurs que part le changement, pas des investisseurs.

HugoSzym | 01 octobre 2017 à 12h24
 
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On mange trop de bidoche, mauvaise de surcroît. Il faut revenir à une agriculture à taille humaine, basée sur des circuits courts, fournissant des produits de qualité, respectueuse de l'environnement : plus chers, mais consommés raisonnablement, tout le monde, paysans, commerçants, consommateurs, y trouverait son compte ! Mais Big-Capital en a décidé autrement...

dmg | 03 octobre 2017 à 08h25
 
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Big-Capital soutenu régulièrement par les gouvernements successifs, peu importe leur couleur et leurs soi-disant engagements.

gaia94 | 05 octobre 2017 à 11h46
 
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Je dénonce avec une grande amertume l'opération communication que sont les États Généraux de l'Alimentation. L'industrie Agroalimentaire a su placer ses hommes de paille sur la majorité des ateliers : Est-il normal que le DG des produits Laitiers Danones préside le groupe de travail pour "rendre les prix d'achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs" avec le PDG de Système U ? Et que 4 autres ateliers soient dirigés par des géants céréalier comme AVRIL, AXEREAL, ou Limagrin (pesant à eux trois prés de 13 Milliards d'euros ? Cette grande mascarade coordonnée par le porte parole de la FNSEA. Ahah, mais qu'espèrent les agriculteurs et les consommateurs ? Par contre ce qu'espère le gouvernement, on le sait, c'est de pouvoir dire, nous avons fait des choses pour aller dans le bon sens blablabli blablabla.
Et on arrivent à faire manifester des agriculteurs pour continuer à utiliser le glyphosate, qui s'il ne les tue pas, se chargera de leurs enfants et de ce des consommateurs. A croire que les agriculteurs sont cons ! Mais non, et c'est bien pour cela que je m'interroge : Comment peut t-on encore tenir ces gusses alors qu'ils ne gagnent même pas le SMIC, qu'ils bossent 10h voir plus par jour et qu'ils font manger le pays, ils ont des raisons de gueuler, et vachement de pouvoir pour se faire entendre, mais en attendant : MEUH !

HugoSzym | 05 octobre 2017 à 18h42
 
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bienvenue à l'agriculture industrielle du XIXème siècle, à l'aire du tout industriel, de la démesure et du mal être pour tous, animaux compris. Bienvenue à la viande de la cupidité industrielle, et au savoir faire de la bêtise humaine. Après les tomates hydroponiques, le maïs transgénique, le soja aux OGM, les poulets en batteries, le saumon aux antibiotiques bienvenus a la ferme au 4000 veaux, à la mal- bouffe et au non respect de la vie. Nos sociétés de "progrès" sacrifient allègrement et sans aucune remise en question la qualité de la production alimentaire sur l'autel de la rentabilité à tout prix et à n'importe quel prix.
en fin de compte pas besoin de guerre pour nous détruire, la connerie humaine journalière se suffit à elle même, celle qui se moque éperdument de l'environnement, de la pollution et des souffrances que leur impose leurs avidité insatiable. Et quel monde donneront nous à nos enfants???

Breton22 | 08 octobre 2017 à 17h30
 
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C'est justement parce que les agriculteurs ne sont pas très futés qu'on peut leur faire faire n'importe quoi! Ceux qui savent réfléchir et qui se donnent du mal pour recevoir une vraie formation se dirigent systématiquement vers une agriculture respectueuse de l'environnement et des animaux. Mais ceux-là n'intéressent pas les grosses firmes du style Monsanto. En conséquence le lobby agroalimentaire qui sévit depuis 40 ans sur la planète cherche continuellement à torpiller les initiatives des jeunes évolués qui préfèrent cultiver ou élever bio. Les consommateurs ont tout pouvoir et ce sont eux qui auront le dernier mot contre les tueurs... quand leurs enfants commenceront à mourir des conséquence d'une alimentation polluée ou défectueuse. Ca commence déjà: 13 % d'augmentation des cancers chez les enfants en France en seulement quelques années.

gaia94 | 16 octobre 2017 à 05h06
 
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