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Amiante : Une étude italienne interroge sur la possibilité d'une exposition via l'eau potable

Une étude italienne publiée dans la revue Epidemiologia&Prévenzione lance le débat des risques liés à l'ingestion des fibres amiantes possiblement présentes dans l'eau potable acheminée par des canalisations en fibrociment. Explications.

Eau  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com
Amiante : Une étude italienne interroge sur la possibilité d'une exposition via l'eau potable

L'eau potable – acheminée par des canalisations en fibrociment – pourrait-elle constituer une voie d'exposition à l'amiante ? Une étude italienne publiée récemment dans la revue Epidemiologia&Prévenzione a lancé le débat. Elle interroge en effet sur les risques liés à l'ingestion de ces fibres au regard des quantités retrouvées dans des échantillons d'eau potable en Toscane (jusqu'à 700.000 fibres/litre).

Jusqu'à présent, la principale voie d'exposition considérée était par inhalation. Le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a ainsi classé en 1977 toutes les variétés d'amiante comme cancérogène certain pour l'Homme (groupe 1 du Circ). Il a ainsi établi un lien causal pour les cancers du poumon, le mésothéliome et depuis 2009 pour les cancers du larynx et des ovaires. Il a également montré qu'il existait des indications limitées pour un lien entre l'amiante et le cancer colorectal et pour les cancers du pharynx et de l'estomac.

"La présence de fibres d'amiante dans l'eau potable pourrait expliquer des données épidémiologiques de mésothéliomes qui ne peuvent pas être associés à l'exposition par inhalation, avancent les auteurs de l'étude italienne. Il faudrait lancer des études épidémiologiques pour l'identification correcte des communautés exposées et une évaluation appropriée des risques dans les zones géographiques concernées".

Environ 4% des canalisations sont en fibro-ciment en France

En France, les dernières données disponibles sur les matériaux composant les canalisations acheminant l'eau potable ne sont pas récentes. Une estimation réalisée en 2002 par Jean-Michel Cador,  aujourd'hui directeur du département de géographie de l'Université de Caen tablait sur un linéaire en amiante-ciment de 36.000 km au niveau national, soit près de 4%. "Le cas de l'amiante-ciment est très particulier, situait le document. Il est souvent dégradé et pose des problèmes techniques, en particulier en environnement agressif. De nombreux départements envisagent sa dépose systématique".

La situation est inégale selon les départements. En 2012, l'observatoire de l'eau en Seine-et-Marne indiquait la présence de canalisations en amiante-ciment à hauteur de 19% sur son territoire.

En revanche, il ne semble pas exister de données publiques de mesure de la quantité de fibres d'amiante retrouvées dans ces réseaux en France. "De gros efforts ont été réalisés concernant l'équilibre calco-carbonique des eaux distribuées afin qu'elles ne soient pas agressives et de façon à limiter leur corrosivité", indique toutefois David Merlotti, chargé de formation et d'étude pour l'Office international de l'eau.

Une nouvelle expertise sur les impacts sanitaires attendue pour fin 2017

Interrogée sur les questions de l'impact sanitaire, la Direction générale de la santé (DGS) se veut rassurante. Elle souligne que le Conseil supérieur d'hygiène publique de France (CSHPF) indiquait dans deux avis en 1997 qu'en l'état des connaissances, les données épidémiologiques et toxicologiques n'apportaient pas la preuve que l'ingestion d'eau contenant des fibres d'amiante constituait un risque pour la santé. Elle s'appuie également sur un rapport de l'Anses en 2010 qui considère qu'aucun effet sur la santé n'a été prouvé à ce jour concernant l'ingestion d'amiante par voie buccale, du fait par exemple de la présence du minéral dans l'eau.

La DGS pointe également que ni les réglementations européenne et nationale ni l'Organisation mondiale de la santé n'ont fixé d'exigence concernant l'amiante dans l'eau de boisson, "du fait de l'absence de preuve que l'ingestion hydrique d'amiante présente un risque pour la santé".

Toutefois suite à la parution de étude italienne, la DGS a sollicité en mai l'avis de l'Anses. "Les conclusions de cette expertise sont attendues d'ici la fin de l'année 2017", précise-t-elle.

Des publications scientifiques surtout à l'étranger

Concernant la recherche, les travaux menés sur la question de l'exposition à l'amiante via l'eau potable concernent surtout l'international. "Globalement nous pouvons retenir que c'est potentiellement une voie d'exposition de la population générale, mais que néanmoins à part exception la contamination semble limitée" synthétise le Pr Béatrice Fervers, coordinatrice du Département Cancer Environnement du Centre Léon Bérard à Lyon.

Parmi les études menées, des travaux norvégiens ont suivi de 1960 à 2002, 726 gardiens de phare dont l'eau potable était contaminée par de l'amiante provenant de sources naturelles ou par des conduites en amiante-ciment. Leur exposition - très forte - variait entre 10 et 700 milliards de fibres/litre. Les résultats confirment l'hypothèse d'une association entre l'amiante ingérée et le risque de cancer gastro-intestinal et de l'estomac.

Une publication américaine a quant à elle suivi, de 1980 à 1998, les taux de cancer chez des habitants de la ville de Woodstock alimentés par une eau potable contaminée en fibres d'amiante du fait de canalisations en fibrociment avec des taux supérieurs à 10 millions de fibres/litre et un maximum de 300 millions de fibres/litre. Les résultats indiquent à l'inverse ne pas pouvoir démontrer de lien entre l'apparition de cancer et l'exposition à l'amiante par l'eau potable.

Des expériences en laboratoire ont également été conduites. Une monographie du Circ rapporte ainsi différents résultats de publications sur le sujet. Des rats ont été soumis à des doses environ 70.000 fois la plus grande exposition humaine possible à l'eau potable. "Les résultats n'ont pas permis aux scientifiques de conclure que cela augmente le risque de cancer ", pointe Béatrice Fervers. Quelques travaux se sont également penchés sur la mesure de la concentration de fibres d'amiante présentes dans l'eau potable. Ainsi une étude autrichienne a essayé d'évaluer la contamination de l'eau soit d'origine naturelle (géologique) ou par les canalisations. Dans les cinquante échantillons d'eau sélectionnés, les concentrations d'amiante étaient faibles (environ 32.000 fibres totales d'amiante par litre). "La concentration la plus élevée a été trouvée dans une zone avec des dépôts naturels à la source de l'approvisionnement en eau (190.000 par litre), indique l'étude. Cependant, un échantillon d'une citerne a montré une contamination considérable et soulève des inquiétudes quant à l'utilisation d'eau de surface pour l'humidification de l'air ambiant".

Une question qui reste ouverte

De son coté, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a indiqué qu'il n'était pas en position de donner un avis sur l'étude italienne ne l'ayant pas encore évaluée.  "Cependant, les données sur la cancérogénicité de l'amiante continuent d'accroître et d'indiquer des liens avec plusieurs types de cancer par diverses routes d'exposition, préciseDana Loomis, épidémiologiste, chef de section adjoint, au département des monographies du CIRC.  La possibilité d'un lien entre l'exposition à l'amiante dans les eaux potables et le risque du cancer reste une question ouverte qui peut être évaluée dans le futur si des nouvelles données sont disponibles".

Une autre interrogation persiste également : Quid de l'exposition par inhalation aux fibres d'amiante après évaporation de l'eau par exemple après un nettoyage du sol ?

Réactions1 réaction à cet article

 

Bonjour

Après avoir lu cet article, on ne regrette pas d'avoir choisi Actu-Environnement plutôt qu'un autre journal.
Complet, factuel et mutli-sources.
Merci

Viniasco | 27 juin 2017 à 09h41
 
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