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Gaz de schiste : Montebourg pencherait pour une expérimentation à l'heptafluoropropane

Selon le Canard enchaîné, Arnaud Montebourg voudrait recourir à la fracturation à l'heptafluoropropane comme alternative à la fracturation hydraulique. Cette technique, jamais testée, soulève des interrogations.

Energie  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com

Ce mercredi, le Canard enchaîné annonce que le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, s'apprêterait à publier après les élections municipales un rapport défendant l'exploitation des hydrocarbures de schiste par une technique expérimentale adaptée de la fracturation au propane.

La technique de fracturation au propane avait été présentée en avril 2013 à l'occasion de l'audition publique tenue par l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) dans le cadre de la préparation de son rapport sur les techniques alternatives à la fracturation hydraulique pour l'exploration et l'exploitation des hydrocarbures non conventionnels.

L'inflammabilité du propane

Arnaud Montebourg plaiderait pour l'utilisation d'une variante de la fracturation au propane, conformément à ce qu'évoque le rapport de l'Opesct. En l'occurrence, le propane, inflammable, serait remplacé par de l'heptafluoropropane (C3HF7, connu sous le nom HFC-227), une forme de propane non inflammable. Pour l'instant, contrairement à la fracturation au propane, aucune fracturation à l'heptafluoropropane n'a été réalisée.

Lors de l'audition de l'Opecst, John Trash, directeur général de EcorpStim, l'entreprise qui développe la technique de fracturation au propane, avait expliqué qu'en se dilatant dans le sol le propane liquide fracture la roche mère. Le propane est ensuite récupéré en surface pour être réutilisé. La fracturation au propane a déjà fait l'objet d'environ 1.500 expérimentations dans le monde.

Bruno Courme, directeur de Total Shale Gaz Europe, avait présenté la technique comme une variante de la fracturation hydraulique qui remplace l'eau par du propane liquide. Cependant, la technique présente des inconvénients, le principal étant le stockage de 200 à 400 m3 de propane sur le site qui pose des questions de risque industriel. Selon le représentant de Total, chaque installation de fracturation au propane serait alors soumise à la directive Seveso. Des talus de protection, une distance minimale de 300 m par rapport aux riverains et la présence de pompiers prêts à intervenir, permettent de gérer les risques, avait défendu John Trash.

Coût et impact climatique de l'heptafluoropropane

"L'utilisation d'une forme de propane non inflammable permet de supprimer à 100% les risques industriels liés à l'utilisation de propane traditionnel (risque d'incendie, risque d'explosion)", expliquait l'Opecst dans son rapport. L'heptafluoropropane, un hydrofluorocarbure (HFC), "affiche des performances optimales sur tous les critères déterminant l'intérêt d'un fluide pour la stimulation de la roche (tension de surface, viscosité, densité)". Autre interêt de la molécule : "l'heptafluoropropane est notamment produit par le chimiste franco-belge Solvay".

Néanmoins, cette technique présente elle aussi des défauts. Le premier, et probablement le plus rédhibitoire au yeux des industriels, est son coût très élevé qui pourrait menacer la rentabilité de l'extraction de gaz. D'ailleurs, le rapport parlementaire note que l'un des intérêts de la récupération du gaz à l'issue de la fracturation est de "[contribuer] à compenser le prix très élevé de cette substance".

Le second inconvénient pourrait, cette fois-ci, être rédhibitoire aux yeux des écologistes. "Il n'est pas sans danger pour le climat", pointe sobrement l'Office dans son rapport, estimant toutefois que "son usage pour l'extraction d'hydrocarbures n'impliquerait sa libération dans l'atmosphère qu'en cas d'incident".

Cependant, l'absence de libération d'heptafluoropropane dans l'atmosphère lors des opérations de fracturation mériterait d'être éclaircie. En effet, ce même rapport de l'Opecst souligne que lors de la fracturation, l'heptafluoropropane "peut être récupéré quasi intégralement", laissant entendre qu'il y a des pertes à chaque opération.

Si tel est le cas, et même en retenant les taux de fuite dans l'atmosphère de l'ordre de 1,5% (niveau officiellement retenu pour les puits de gaz de schiste, mais jugé bien inférieur à la réalité par certains experts), il est probable que le bilan climatique de la fracturation soulève de nouvelles questions quant à l'impact environnemental du gaz de schiste ainsi extrait. En effet, selon le rapport spécial du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) sur la protection de l'ozone et la lutte contre les changements climatiques, le C3HF7 est un gaz à effet de serre quelque 3140 fois plus puissant que le CO2.

Réactions11 réactions à cet article

 

L'emploi de ce gaz fluoré pour juste éviter UN SEUL risque n'est pas une solution. Il semble difficilement crédible qu'on puisse travailler sans pertes de gaz. La fracturation hydraulique est toujours accompagnée de l'injection d'additifs divers ayant pour but de stabiliser les fissures pour faciliter le drainage des hydrocarbures. En injectant du gaz SEUL comment peut-on se passer des additifs qui étaient nécessaires dans le cas de l'eau? Un possibilité existe si le gaz propane reste liquide (chose qui n'est apparemment pas le cas) et qu'il favorise la dissolution du pétrole dans le propane liquide. Si le propane fluoré est employé il ne pourras pas aussi bien diluer le pétrole.
Enfin il faut souligner que n'ayant pas mené de campagnes d'exploration en France on ne sait toujours pas s'il y a lieu de prendre en compte les problème des hydrocarbures de roche mère: peut-être n'y a-t-il pratiquement rien a extraire. La logique voudrait que l'on fasse quelque explorations, on pourrait même tenir compte des difficultés rencontrées ailleurs et des solutions apportées. Le film Gasland a eu un effet déterminant sur les mentalités en France, mais n'oublions qu'il est fait pour ça.

ami9327 | 29 janvier 2014 à 16h38
 
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...ou comment trouver une nouvelle filière d'utilisation des HFC qui font par ailleurs l'objet de mesures pour limiter au maximum leur usage en tant que fluide caloporteur...
L'idée de M. Montebourg, spécialiste reconnu des problématiques environnementales, est de remplacer l'injection d'eau mélangée à des agents chimiques par un fluide à haut pouvoir de réchauffement...
Ça ressemble à une blague!

AlexG | 29 janvier 2014 à 17h12
 
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Je ne suis pas spécialiste mais le problème de l'explotation des gaz de schiste n'est-il pas dans la fracturation plutot que dans l'hydraulique ?? Les additifs semblent obligatoires, vu qu'ils servent à empêcher les fissures de se refermer.
De plus comme dit plus haut, s'il faut il n'y a même de gaz de schiste en France. Au lieu de spéculer, ils feraient mieux de vérifier si des gisements existes

JMM | 29 janvier 2014 à 19h01
 
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Ami9327 et AlexG ont raison, les nombreux problèmes de fracturations, de polluants ajoutés, remontés des sols et émis, en plus des émissions de gaz à effet de serre demeurent, comme ceux de transports. En outre utiliser le gaz sous forme combustible plutôt que recyclables n'est pas la meilleure application ni la meilleure valeur ajoutée. En plus, par exemple, la méthode Gasfrac qui utilise un gel gpl est plus coûteuse que les autres.

Energie+ | 30 janvier 2014 à 06h02
 
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9327 les collectifs anti gaz de shit n'ont pas attendu le film "Gasland" pour se développer, c'est simplement du bon sens, ce type de solution n'est qu'une fuite (de gaz) en avant, une opportunité économique pour l'industrie du pétrole et une catastrophe environnementale de plus.
L'exploitation de ces gaz doit être interdite, si l'état n'est pas capable de le faire se sont les citoyens qui le feront à sa place nous ne sommes pas dans le far west Américain ou tout est permis.

lio | 30 janvier 2014 à 10h52
 
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Lancer une expérimentation à l'heptafluoropropane revient à admettre l'exploitation potentielle des gaz de schiste, alors que nous sommes en pleines négociations auprès des pays émergents pour qu'ils se développent selon un schéma différent de celui que nous avons emprunté.

Admettre une expérimentation rend légitime l'exploitation ultérieure : il ne faut juste pas miser sur les mauvais chevaux dès le départ! Rappelons que les GdS sont des énergies carbonées NON renouvelables! La pression des lobby pourrie vraiment tout jusqu'à la moelle. Et c'est d'autant plus regrettable que cet aspect n'apparait même plus dans les négociations parlementaires!

Permettez moi du peu, mais je trouve ça dramatique et irresponsable! A quand de véritables experts en la matière au gouvernement pour de véritables orientations politiques environnementales, à échelle de temps > 5 ans?

Rudy | 30 janvier 2014 à 11h06
 
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Peu importe la technique utilisée ont retrouve toujours les même obstacles.
D'abord la rentabilité des procédés... et la rentabilité de la filière. La France n'est pas les USA.
Ensuite les problématiques paysagères. Bien souvent mise en avant. Le nombre de puits potentiels feraient froid dans le dos. ... Surtout qu'il ne s'agit pas d'exploitation en plaine ou en mer.
Enfin, quand bien même on arriverait à récupérer la totalité des fluides (ce qui laisse rêveur car si la technique est couteuse c'est bien qu'il faut racheter un volume important de gaz) il reste que l'exploitation des GDS repose sur la FRACTURATION de la roche mère dont avouons le, on ne connait absolument pas les conséquence à long terme.

Enfin, l'exploitation d'énergie carbonée sera toujours problématique.

Terra | 30 janvier 2014 à 11h17
 
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Alimenté par croyance selon laquelle le progrès résoudra tous nos problèmes d’énergie quelles que soient les stratégie adoptée, l’engouement actuel de certains hommes politiques pour le gaz de schiste tient plus de l’idéologie que d’une vision à long terme. Il faut en effet rappeler que la viabilité de l’exploitation de cette ressource n’est toujours pas prouvée, ni en Amérique du Nord , ni en Europe, même si des promoteurs de cette industries ont pu dégager des profits d’ordre spéculatifs en amont. Quant à la fameuse fracturation à l’heptafluropropane invoquée par Arnaud Montebourg, ce n’est pas une alternative mais une simple variante de la fracturation hydraulique (la fracturation hydraulique en tant que procédé n’est pas associée à un fluide particulier), avec dans ce cas précis d’utilisation d’un gaz liquéfié un risque hydrogéologique accru : de part sa viscosité beaucoup moins élevée que celle de l’eau l’heptafluoropropane en tant que gaz est plus apte migrer de manière incontrôlée dans la zone de contact entre l’annulaire (voir dans l’annulaire, le béton étant relativement très poreux: voir dr ing. géologue Marc Durand) et la roche forée et à entaîner avec lui vers la surface les contaminants existants naturellement dans les roche mères gazéifères. Ce dernier point n’a pas été développé dans le rapport de Jean-Claude LENOIR et Christian BATAILLE enregistré le 27 novembre 2013 à l’Assemblée Nationale (nr 1581) et au Sénat (174) : voir note au bas de la page 20.

Gérard Lemoine | 30 janvier 2014 à 11h49
 
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entre le gaz de schiste, le nucléaire, les cochonneries dans les plastiques, dans l'air, dans l'eau dans la nourriture etc... on est bien barré
Merci à tout ceux qui veulent encore en rajouter.

loulou | 30 janvier 2014 à 18h09
 
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Tel un gamin au comportement exécrable dont les parents molassons laissent faire toutes les bétises, ce Monsieur MONTEBOURG risque d'avoir gain de cause afin de laisser le gouvernement continuer tranquillement sa marche vers le néant

Bioclim | 30 janvier 2014 à 22h29
 
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Il ne faut pas exploiter les gaz de schiste. Le climat se réchauffe, la mer monte. La météo devient instable. Pour tenir l'engagement de réduire nos émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990, il faut définitivement arrêter de développer et subventionner les énergies fossiles. L'objectif d'A. Montebourg n'est pas de répondre à un besoin énergétique, mais avant tout de trouver du travail aux chômeurs. Ça ne peut pas servir de politique énergétique.

Pielbri | 01 février 2014 à 08h15
 
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