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“Nous allons continuer à professionnaliser les métiers du réemploi”

Selon les statistiques présentées lors des premières Assises du réemploi organisées le 20 octobre à Paris, la pratique du réemploi s'ancre dans les habitudes de consommation. Julien Fortin, Responsable de la sensibilisation au Réseau des Ressourceries revient sur le développement de ces structures.

Interview  |  Déchets  |    |  Florence Roussel Actu-Environnement.com
   
“Nous allons continuer à professionnaliser les métiers du réemploi”
Julien Fortin
Responsable sensibilisation au Réseau des ressourceries
   

Actu-Environnement.com : le Réseau des Ressourceries fête ces 10 ans ce mois-ci. Quelle analyse faites-vous de l'évolution des pratiques de réemploi en France ?

Julien Fortin : la pratique du réemploi ne date pas d'hier mais cette activité n'a été prise en compte que récemment dans les politiques publiques de prévention et de gestion de déchets. Le réemploi se développe en France suite à la directive cadre européenne sur les déchets de novembre 2008. Ce texte définit une hiérarchie pour la gestion des déchets avec en premier lieu la réduction de la production de déchets à la source via les choix de consommation et l'éco-conception. Le réemploi qui vise à donner une seconde vie à l'objet, arrive en seconde position devant le recyclage, la valorisation énergétique, l'incinération sans valorisation et l'enfouissement. Décliné dans les lois Grenelle 1 et Grenelle 2, ce cadre commence à se mettre en œuvre en France notamment via les plans et programmes locaux de prévention des déchets. Ces plans constituent des leviers d'action pour les collectivités territoriales qui veulent s'engager dans des actions de prévention dont le réemploi.

AE : Comment s'est traduit ce développement pour votre réseau ?

JF : Le réseau des ressourceries est un acteur de terrain historique du secteur du réemploi. Au départ il regroupait uniquement des structures du Nord-Pas-de-Calais et de la Picardie. Sa création est le résultat d'un transfert d'expérience entre la France et le Québec, pays d'origine du concept. Son activité a été progressivement reconnue au niveau national et à partir de 2006 on a commencé à avoir des adhérents provenant de toute la France. Aujourd'hui, le réseau regroupe 63 adhérents représentant 90 établissements de réemploi. Selon une enquête réalisée sur 43 de nos adhérents, en 2008, 25.000 tonnes de déchets ont été collectés dont 16.000 tonnes revalorisés par réemploi ou recyclage. Les projets de création de ressourceries sont de plus en plus nombreux de même que les porteurs de projet.

 
Le réemploi : une pratique qui s’ancre dans les habitudes de consommation Les résultats de la dernière enquête Ipsos/ADEME révèlent une légère augmentation de la proportion de personnes estimant que le réemploi permet de réduire la quantité de déchets produits (95%, +2 points). La très grande majorité des interviewés pense aussi que ce mode de consommation a de l’avenir (90%). Il est aussi considéré comme une aide à la réinsertion des personnes en difficulté (89%, +2 points).
En matière de fréquentation des structures de réemploi, 41% des personnes interrogées à la sortie de magasins déclarent davantage fréquenter les structures proposant des produits d’occasion qu’il y a deux ans.
Au global, pas moins de 7 Français sur 10 affirment aujourd’hui avoir déjà acheté des produits d’occasion alors qu’en 2004, la proportion de consommateurs était de 59%, soit une augmentation de 11 points.
 
AE : Quels sont les freins au développement des ressourceries ?

JF : Pour créer une activité de ressourcerie, il faut débuter par la réalisation d'un pré-diagnostic, une étape très importante au cours de laquelle le porteur de projet doit bien identifier les différents interlocuteurs institutionnels mais aussi les différents acteurs de terrain liés à l'activité de réemploi. L'objectif principal d'une ressourcerie est le développement local. Le porteur de projet doit donc réussir à coordonner l'existant. C'est là le gros du travail. Les porteurs de projets peuvent être des structures qui sont déjà en activité dans le secteur de la réinsertion et qui souhaitent se tourner vers la ressourcerie pour étoffer leurs services. Les collectivités peuvent également gérer une ressourcerie en régie, c'est une décision assez forte car la commune choisie de tout prendre à sa charge. Mais, nous voyons également des associations engagées dans la prévention des déchets qui souhaitent concrétiser leur action. Certains particuliers se lancent également. Certains arrivent à bien identifier les acteurs et à créer une dynamique, à les mobiliser pour aboutir à la création de la ressourcerie mais certains ne disposent pas des compétences nécessaires et au final leur projet de va pas bien loin. C'est donc notre rôle d'outiller ces porteurs de projet pour qu'ils comprennent le jeu d'acteur sur leur territoire et fassent émerger une dynamique autour de leur projet tout en s'inscrivant dans les politiques publiques de prévention.

AE : les premières assises nationales du réemploi se sont tenues à Paris le 20 octobre dernier, qu'en avez-vous retenu ?

JF : Aujourd'hui nous avons désormais une bonne vision de ce qu'il se fait au niveau national. De nombreuses études ont été présentées. Elles nous donnent des indicateurs sur lesquels travailler pour faire évoluer notre réseau. Il s'agit désormais pour nous de continuer à professionnaliser nos métiers sachant que notre réseau regroupe 1050 emplois dont 70% en insertion. On peut désormais faire carrière dans la filière du réemploi. À l'occasion de ces assises, le réseau des ressourceries a également signé un partenariat avec les Ateliers Chantiers d'Insertion du Chantier École. L'objectif étant de transférer l'expertise du réseau des ressourceries vers ce réseau plus historiquement basé sur l'insertion à travers une offre de formation. Nous apporterons notre compétence environnementale pour qu'ils puissent se positionner de manière professionnelle sur l'activité de réemploi. Ce partenariat est un premier test. Le réseau des ressourceries envisage de travailler en partenariat sur les territoires à partir du moment où les acteurs ont la même optique et travaillent dans le sens des politiques publiques.

Réactions6 réactions à cet article

 

le grenelle de l'environnement n'a rien inventé ni crée, ces réseaux xistent depuis bien longtemps, ils n'ont pas eu besoin de se réunir le 20 octobre, pour se rassurer d'avoir eu une idée de génie, c'est même scandaleux de vouloir dilapider la formule et méprisant LES CHIFFONNIERS d'EMMAUS.Cela fait plus de 30 ans que j'utilise les services des chiffonniers d'Emmaus, quand j'ai besoin personnellement d'un meuble ou d'un appareil ménager.
Nous sommes tres tres nombreux a fréquenter les sites des chiffonniers.
Je constate qu'ils "hébergent" et font travailler des individus en difficultés, en leur donnant la possibilité de retrouver une place dans la vie.
Que vont faire de cet argent les communes ? La Commune de Drevant dans le cher est partie prenante.
Pour suivre de près dans le cadre de l'association C.V.U.S. ( comité de vigilance des usagers du SMIRTOM) les différentes activités du Maire de cette commune qui est aussi le Président du SMIRTOM, la gestion de ces deux entités est loin d'être respectueuse de l'environnement, comme par exemple, l'enfouissement cet été,dans une commune voisine de la sienne, clandestinement, d'une ancienne carrière d'extraction de pierre de pays, avec des gravois dont du plastic, des tôles amiantées, des vieux bois, enfin tout ce qui peut provenir de la démolition des vieilles maisons.
Cette carrière de plus de 8 ha, devrait recevoir une centrale photovoltaïque, Le maire de la commune de la Groutte, n'est pas plus respectable de l'environnement, car l'enquête publique, ne fait pas état de cette situation. ( carrière et enfouissement clandestin)
Tant que les Communes ne respecterons pas leurs obligations en matière d'environnement , pour recueillir des subsides, je ne croirais pas aux au grenelle de l'environnement.
La lecture de cet article, c'est plûtot parler pour ne rien dire, et les acteurs qui se veulent "protecteur de la planète" pour demain nos enfants, ont tous le même langage. Nitrame

nitrame en colere | 28 octobre 2010 à 09h31
 
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Bonjour,
je suis moi-même une adepte du recyclage, j'ai horreur du surremballage, je ne change pas de téléphone tous les ans, je récupère souvent des trucs sur les trottoirs et j'ai à plusieurs reprises acheté des choses à Emmaüs.
Pourtant, il y a quelquechose qui me gêne avec le développement des ressourceries.
Ce genre d'activité ne mettrait-il pas en évidence une France à deux vitesses: les riches qui achètent neuf, et les moins riches qui achètent d'occase? Le développement des ressourceries me fait peur car pour moi il signifie appauvrissement général.
J'ai peur aussi qu'il n'aille pas dans le sens de changer les mentalités de TOUS: c'est à dire, qu'on soit riche ou pauvre, on ne jette pas quelquechose qui marche encore. La société de consommation pourrait finalement (lorsqu'elle en a les moyens), jeter plus facilement encore, avec l'excuse "il y aura bien quelqu'un à qui ça peut servir"
J'ai vu des dépôts du secours catholique qui refusaient les fringues car ils en avaient trop. Et tout le monde sait que souvent les moins riches ont envie de copier les plus riches (contrefaçons etc...). Un signe de relative réussite serait alors de jeter plus?
Bien sûr, j'exagère dans mes propos, mais j'aimerais que l'on fasse attention à cette dimension. L'impact sur les comportements que peuvent avoir des structures (issues pourtant d'une volonté altruiste, et très louables dans leur intention) n'est pas forcément celui qu'on attend.
Moi j'entends tous les jours des gens qui jettent leur mégot en disant "y a des gens payés pour nettoyer" et ça me révolte. Je vois aussi les bénévoles qui s'activent sur les plages en cas de marée noire, qui organisent des collectes de déchets dans la montagne, je les remercie sincèrement, mais à la base c'est le comportement à l'origine qui est à changer: on ne devrait pas jeter ses déchets en montagne tout court.

aurelie | 28 octobre 2010 à 10h16
 
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Responsabilisons nos enfants et nos parents, oui Aurélie, vous avez raison, changeons les mentalités, j'ai été intransigeante avec mes 3 enfants, sur leS signes extérieurs de rallyement à la mode, je ne suis pas contre, mais j'ai voulu que mes enfants réfléchissent et ne sois pas des moutons de panurge.
lE MONDE DES RICHES ET LE NOUVEAU MONDE DES PAUVRES, est déjà là.
N'en ayons pas honte, et tant mieux si les riches "jettent" leur nouvel appareil, parceque déjà démodé, il fera le bonheur de quelqu'un.
Les vêtements, le tissus doivent se recycler, il y a sur cette terre, des populations d'enfants qui n'ont pas de chaussures ni chaussettes, lorsque je vois dans des reportages télé ( je ne regarde que les documentaires) des enfants fouillés les décombres des restes d'ordures ménagères. J'ai honte, de cette gabegie dans notre monde dit civilisé.
Les Associations Humanitaires, au lieu de partir en nombre pour ne pas faire grand chose,(Les populations d'AFRIQUE sont toujours en grandes difficultés) devrait emporter dans leurs bagages, de quoi installer ces familles dans un minimum vital.
Il y a un "medecin" près de chez moi, qui se rend régulièrement dans un pays d'Afrique au nom d'une association loi 1901? A T'IL changé le cours de l'histoire de ce village. NON.
Nos communes subventionnent une classe et notre commune une élève. Une élève pour combien d'enfants.?
C'EST LE COTE VÔYEUR de notre civilisation.
Les compte rendus de cette association ne parlent jamais de l'évolution positive de leurs actions.
et si demain nous nous habillons avec les restes des autres, si nous logeons nos appartements avec les vieux appareils , que deviendront l'industrie de l'habillement, les entreprises d'électro ménager.
N'oublions pas que nous sommes dans une socièté de consommation, c'est cette consommation qui nous fait vivre.
Les difficultés de la France d'aujourd'hui, sont dues essentiellement au transfert de ces industriels vers des pays en voie de développement, appartenant où non à l'Europe.
C'est le choix politique de tous les états européens ou mondiaux.
Cette société a oublié que l'homme pour être heureux ( pas forcément riche) doit vivre en travaillant, et travailler pour vivre.
Ce monde moderne, a fabriqué l'assistanat, ce ne ne sont pas que les ressources, c'est aussi le matériel. Nitrame

nitrame en colere | 28 octobre 2010 à 16h58
 
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Excellent article ! Les recycleries et ressourceries poussent comme des champignons ! vu la manne existante sur les déchets et l'ampleur du travail à réaliser en terme de sensibilisation des particuliers . Les enfants apprennent à trier dès le plus jeune âge et sont très conscients du problème des déchets. En revanche, les tranches d'ages plus âgées, et tout particulièrement les "papy boomers" nécessitent une ré-éducation complète au tri. Je m'explique : les générations avant le baby boom recyclaient tout (du fond de culotte , aux vieux papiers, en passant par les vieux métaux...) tout était réutilisé.
En revanche dans les années 50 , avec les 30 glorieuses, des habitudes terribles sont arrivées : surconsommation, sur emballage, tout se jette comme le kleenex ou le briquet jetable... est ce un progrès ? ces générations arrivées à la retraite , ont pris de mauvaises habitudes et revenir en arrière est très très dur. Un gardien de déchetterie, me disait l'autre jour, que ses "clients" les plus terribles avaient plus de 70 ans : "ils ne veulent pas perdre de temps, et donc vont doubler tout le monde pour arriver le premier et jeter dans la première benne...!" Le gardien à beau expliquer qu'en déchetterie on "trie". Dès qu'il a le dos tourné , le carton ira dans le tout venant et non dans la benne adéquate ! Pour les enfants , ils entendent parler, depuis qu'ils sont nés, de la nécessité de préserver notre planète en jetant moins. En revanche , il y a un travail énorme de sensibilisation et d'éducation pour transformer notre français moyen "papy boomer" à adopter des gestes éco-citoyens. C'est le challenge que je me donne .

Yvo. Porteur de projet d'une recyclerie en Sud Bretagne.

Recyclerie du Golfe | 28 octobre 2010 à 21h50
 
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Bonjour,

L'association pour laquelle je travaille a mené, avec 2 Ressourceries locales, un programme d'essaimage de Ressourcerie. Bilan, 6 projets plus ou moins avancés sont en cours sur la région, tous soutenus par les collectivités locales.
Souvent la demande est là, mais il faut pouvoir y répondre sérieusement.

Quant à la remarque d'Aurélie, je la comprends, mais j'ajouterai qu'une Ressourcerie, à la différence d'un Emmaüs ou d'un Secours Populaire, se doit de faire de la sensibilisation à l'environnement qui aboutit inévitablement à réfléchir sur notre mode de consommation.
Sa mission est donc de répondre aux urgences tout en préparant l'avenir, que ce soit sur la thématique environnementale, ou sociale.

Cette question est aussi valable avec le tri des déchets. Peut-on sous prétexte qu'on trie, consommer de l'emballage ? Éco-Emballages répondrait oui, mais ça c'est une autre histoire...

Viniasco | 02 novembre 2010 à 12h14
 
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tres bien les Ressourceries mais n'est ce pas l'idée d'EMMAUS qui pense que la plupart de NOS OBJETS JETES SONT RECUPERABLES ET PEUVENT ETRE REVENDUS A PRIX BAS AFIN D'AIDER LES + DEMUNIS ;
Qui est à la base des Ressourceries, ?

Merci de vos réponses et Bonne Journée

mayou | 11 août 2013 à 09h04
 
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