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Ile-de-France : deux visions de la nature s'affrontent dans la forêt de Romainville

Ouvrir au public une promenade ''immersive'' quitte à défricher un tiers de la forêt ou laisser intacte cette friche exceptionnelle de l'Ile-de-France, la controverse bat son plein. Les écologues estiment le dossier conforme.

Biodiversité  |    |  Agnès Sinaï Actu-Environnement.com

Dans la forêt de Romainville, en Seine-Saint Denis, à deux kilomètres de Paris, plusieurs hectares de bois sauvages ont commencé à être rasés, au grand dam de l'association des Amis de la Corniche des Forts, qui dénonce la coupe de près de 2.000 arbres. Le motif ? L'extension d'une ''île de loisirs'', menée par le Conseil régional depuis 2007, d'une superficie de 62 hectares, répartie sur Romainville, Les Lilas, Noisy-le-Sec et Pantin. Le projet est porté par la société Grand Paris Aménagement pour le compte de la région Ile-de-France.

La région, propriétaire de l'île de loisirs de la Corniche des Forts, a annoncé en octobre 2017 le lancement de la nouvelle tranche du projet : elle prévoit l'aménagement de huit hectares d'espaces de loisirs supplémentaires, le reste de la forêt, soit une vingtaine d'hectares, ne sera pas touché, assure la région. Ce projet consistera en parcours sportifs, murs d'escalade, poney club, jeux pour enfants, zones de détente, éco-pâturages. Une passerelle d'observation sera conçue ''comme une immersion dans le bois naturel avec des postes d'observation et des panneaux pédagogiques, elle permettra de faire le lien entre les différents espaces de l'île de loisirs, en limitant les emprises au sol''. Une portion boisée de vingt hectares restera fermée au public ''afin d'y préserver la biodiversité'', plaide la mairie de Romainville.

Une friche exceptionnelle et intacte

Le site de la Corniche des Forts constitue un exemple exceptionnel de friche urbaine, hébergeant aujourd'hui des boisements intacts et sanctuarisés. La forêt s'est développée en une soixantaine d'années sur le site des carrières de gypse fermées en 1957. Aujourd'hui, la région voit dans son projet de parc de loisirs l'occasion de combler les cavités des anciennes carrières qui menacent de s'effondrer et d'ouvrir l'accès au public. Ces opérations de sécurisation nécessitent un défrichement préalable, selon les autorités, qui font ainsi d'une pierre deux coups : mise en sécurité des promeneurs ainsi que des futurs ''usagers'' et réaménagement paysager et écologique du site.

Malgré les pollutions du sol, le milieu naturel a pu prospérer et former une forêt encore jeune, peuplée de robiniers, d'érables, d'ormes et de merisiers. Du côté de l'Agence régionale de la biodiversité, on espère ''réussir à maintenir le caractère exceptionnel du site qui permet à des espèces comme les renards et les fouines, écureuils, hérissons et chauves-souris de pouvoir se maintenir dans ce milieu urbain'', expose Lucile Dewulf, chargée d'études et naturaliste. ''La valeur de cet espace tient à ses fonctions écologiques : stockage de l'eau, rafraîchissement, zone tampon, qualité de l'air, bien-être... Sur les arbres assez anciens on trouve des trous des pics d'oiseaux. On note une présence importante de fougères, champignons, mousses, bois morts, avec les insectes qui s'y nourrissent, sur lesquels on a peu de connaissances. C'est un bel outil pédagogique pour montrer ce qu'est une dynamique naturelle en milieu urbain''.

Chargé du suivi des mesures de protection des espèces protégées préconisées par le Conseil de protection de la nature qui a donné un avis favorable au projet, le bureau d'études Urban Eco vérifie que l'entreprise en charge des déboisements préserve les arbres sélectionnés pour leur qualité d'habitat d'espèces comme les chauves-souris. ''Les bulldozers n'ont pas le droit d'y toucher'', assure Marine Linglart, écologue et directrice d'Urban Eco, présente sur le terrain. Les espèces protégées sont nombreuses et fragiles, pour certaines en danger critique d'extinction, comme le souligne l'avis de la mission régionale d'autorité environnementale, qui estime que le site ''participe à une continuité reconnue dans le schéma régional de cohérence écologique pour son intérêt écologique en contexte urbain''.

Inquiétudes citoyennes

On trouve dans la forêt de Romainville quatre espèces patrimoniales de flore : le vélar fausse giroflée, l'agripaume cardiaque, la grande Ciguë et le céraiste aquatique. Deux espèces protégées d'oiseaux : le bouvreuil pivoine et le serin cini. Trois espèces de chauves-souris, deux espèces de mammifères terrestres, l'écureuil roux et et le hérisson d'Europe, deux espèces de reptiles, le lézard des murailles et l'orvet fragile, une espèce d'insecte, le conocéphale grâcieux sont également présentes.

Une mesure de compensation prévoit qu'un grand boisement soit réhabilité à Vaires-sur-Marne. Parmi les installations projetées, la zone d'éco-pâturage de 2,2 hectares se justifie par la maîtrise du développement de la Renouée du Japon, espèce exotique envahissante. ''Dans le cadre de la Trame verte et bleue de Paris Est Ensemble, le projet de la région n'entrave pas la trame verte, puisqu'on est en présence d'une mosaïque d'habitats ouverts et fermés'', estime Marine Dinglart.

Outre le dérangement des espèces en présence, élus et citoyens s'inquiètent de voir les énormes travaux de terrassement en cours exposer les riverains et les ouvriers à des dégazages de produits chimiques ''extrêmement dangereux jusqu'alors contenus dans ces terres qui sont aujourd'hui remuées sans aucune précaution'', alerte l'association des Amis de la forêt de la Corniche des Forts.

Le projet s'inscrit dans le cadre du Grand Paris qui requiert le développement d'espaces verts et de détente. Il minimise, dans sa version la plus récente, ses impacts sur la faune et la flore, estime l'avis de l'Autorité environnementale. Le Conseil national de protection de la nature a également rendu un avis favorable en 2016, sous réserve du maintien d'une portion intacte de la forêt de Romainville, qui devrait servir de zone de report aux espèces en présence.

Réactions3 réactions à cet article

 

Les forêts sont les "variables d'ajustement " du développement de l'Ile de France, comme le dit fort élégamment la Région... et comment fera t-on quand il n'y aura plus de forêt ? Les citoyens ont-ils été consultés ? Non! Bien évidemment, comme d'habitude!Quant aux mesures de compensation, quelle garantie a t-on qu'elles seront prises ? Aucune.

gaia94 | 17 janvier 2019 à 19h27
 
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Ce projet existe depuis au moins 25 ans et va peut être enfin se concrétiser. Les habitants de ces communes pourront alors bénéficier de cet espace "naturel" qui manque tant dans ce secteur.
Les procédures d'évaluation environnementale prévues au code de l'environnement pour ces types de projets sont très complètes et engagentes en termes de compensations. Elles prévoient également l'information et la consultation du public : tout est consultable sur les sites de la DREAL, etc...
Mais les opposants trouveront toujours moyen de dire que cela manque de consultations

Pseudotsuga69 | 19 janvier 2019 à 17h48
 
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Ce n'est pas parce que ce projet existe depuis 25 ans qu'il mérite d'être développé. Il y a 25 ans les mesures d'urgence pour la planète n'existaient pas, la pollution était bien moindre, les espaces verts encore nombreux; aujourd'hui ils disparaissent à vitesse grand V pour des projets plus que discutables, et c'est encore la population qui en paie les frais. Les mesures de consultation de la populations existent mais leurs avis sont rarement pris en compte dès lors qu'ils vont contre ces projets, et contrairement à ce que vous dites les mesures de compensation sont engagées systématiquement à minima, quand elles le sont, c'est de l'enfumage. D'ailleurs la population a t-elle un réel et urgent besoin de cette "ïle de loisirs" ? Se promener en forêt constitue un loisir en soi et on y respire mieux que dans des équipement artificiels.Mais c'est vrai que ça ne fait pas l'affaire de aménageurs et autres bétonneurs toujours à l'affut.

gaia94 | 24 janvier 2019 à 14h35
 
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