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Actu-Environnement

Après les premières avancées de la COP 28, de gros dossiers sont encore à l'étude

Si la première semaine de la COP 28 démarre sous de bons auspices, quelques dossiers particulièrement complexes restent au programme, à commencer par celui de la sortie des énergies fossiles.

Gouvernance  |    |  N. Gorbatko
Après les premières avancées de la COP 28, de gros dossiers sont encore à l'étude

Ce jeudi 7 décembre, à Dubaï, est un jour de repos pour les négociateurs. Après une première semaine de COP déjà bien chargée, essentiellement axée sur les débat techniques, c'est aussi le moment des bilans, avant de reprendre les échanges de nature plus politiques cette fois, puis de parvenir à un texte commun, idéalement le 12 décembre prochain.

Pour de nombreux observateurs, malgré les inquiétudes liées à un contexte économique et géopolitique tendu, la 28e Conférence sur le climat débute plutôt sous de bons auspices. « Ce que nous avons accompli collectivement en seulement une semaine est tout simplement historique, se félicite même le président de la COP, Sultan Al-Jaber. En seulement sept jours, nous avons démontré que le multilatéralisme fonctionne réellement. » Un satisfecit partagé par François Gemenne, coauteur du sixième rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) et désormais professeur à l'École des hautes études commerciales de Paris (HEC). « Les resultats engrangés juqu'ici sont dejà nettement supérieurs à ceux de la COP 27 et de la COP 26 », souligne-t-il.

Pertes et dommages : un bon point pour la présidence

En effet, non seulement l'ordre du jour a été adopté dès les premières heures de la conférence, fait rarissime, mais il a été complété d'un accord aussi express qu'inattendu sur le Fonds pertes et préjudices esquissé à la COP 27. Alors que 200 millions de dollars étaient nécessaires pour le rendre opérationnel, le voici aujourd'hui abondé de 726 millions de dollars. Une goutte d'eau dans l'océan des besoins, évalués à 580 milliards de dollars par an d'ici à 2030 pour faire face aux pires impacts du changement climatique, comme la montée des mers ou la désertification, relativise toutefois Fanny Petitbon, responsable playdoyer chez Care France.

“ Ce que nous avons accompli collectivement en seulement une semaine est tout simplement historique ” Sultan Al-Jaber, président de la COP 28
Les entités habilitées à y contribuer, uniquement publiques ou également privées, n'ont pas encore été définies, pas plus que l'éventuel droit de regard des contributeurs concernant l'usage de l'argent ni même le montant total des pertes à dédommager. Mais, sur ce sujet crucial de justice climatique, pierre angulaire pour les pays du Sud, la présidence de la COP a sans contexte réussi un coup de maître diplomatique. « Sans ce signal, les pays du Sud auraient considéré qu'ils étaient dans l'impossibilité de prendre des engagements », décrypte François Gemenne, qui estime cette avancée aussi décisive que celle de l'Accord de Paris.

Des financements plus abondants

Ces financements devront toutefois s'ajouter aux autres déjà existants et non pas en être soustraits. Un reporting des besoins et des fonds octroyés sera réalisé sous l'égide des Nations unies. Un autre petit pas puisque les pays développés en rejetaient l'idée jusqu'à présent. Les Émirats arabes unis ont par ailleurs annoncé un versement de 30 milliards de dollars dans un fonds de transition censé encourager les investisseurs privés un peu trop frileux lorsqu'il s'agit de s'engager dans les pays en développement.

Le fonds pour l'adaptation, parent pauvre des financements climat, récolte, quant à lui, 133 millions de dollars, mais cet ajout survient après une diminution de 14 % entre 2020 et 2021. Un rapport des Nations unies estime que 387 milliards de dollars par an seraient en réalité à prévoir. Peut-être le seront-ils à la fin de la COP, mais les 100 milliards d'aides promis aux pays en développement ne sont pour l'heure toujours pas atteints. Les subventions aux énergies fossiles totalisaient, selon le Réseau Action Climat (RAC), 470 milliards de dollars en 2022. Les ONG réclament par ailleurs un fonctionnement plus démocratique de cette architecture financière mondiale ainsi que de nouvelles sources de financements. La France a annoncé le lancement d'une taskforce (force d'intervention) sur la création de nouvelles taxes. Les ONG surveilleront de près leur niveau d'équité.

La sortie des fossiles en question

Par ailleurs, 124 pays se sont engagés à multiplier les énergies renouvelables par trois à l'horizon 2030 et à doubler le rythme annuel de progression de l'efficacité énergétique. Un progrès encourageant, commente le RAC, mais « il est impératif que ces engagements se retrouvent dans le texte final ». Cette bonne volonté des pays développés en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, tout comme leur nouvel empressement à dédommager et à aider les pays du Sud présentent aussi un risque : celui de faire passer au second plan le sujet capital, quoique émergent depuis la COP 26, des énergies fossiles.

Le président de la COP a surpris par ses discours volontaristes, insistant encore aujourd'hui sur sa volonté de trouver une solution. « On n'a jamais été aussi proche d'acter la fin des énergies fossiles dans une COP, confirme Arnaud Gilles, responsable plaidoyer au sein du WWF France. Après sept jours de négociations, cette mention a survécu dans les brouillons. Elle pourrait faire partie des prochains bilans nationaux. » Cette année, de nouveaux pays comme la Colombie, le Kenya ou encore l'Espagne se sont ajoutés aux 80 États qui avaient soutenu cette mesure l'année dernière. Mais les antagonismes semblent nombreux.

La France se focalise sur la sortie du charbon, mais la Chine et l'Inde sont encore loin de l'accepter. Les Émirats arabes unis, de leur côté, pas plus que le Canada, le Royaume-Uni ou les Etats-Unis d'ailleurs, ne manifestent aucune intention de stopper leurs explorations, encore moins leur production de gaz et de pétrole.

Une fin difficile à prédire

Les discussions s'avèrent d'autant plus complexes que le gaz est considéré comme une énergie de transition par certains pays, les industrialisés notamment. Au vu des rapports de force, il semble difficile d'imaginer qu'une seule énergie soit mentionnée dans le texte et non pas l'ensemble des fossiles, avec sans doute des calendriers différenciés. À moins que les pays encore très dépendants du charbon, ceux en développement essentiellement, n'obtiennent des garanties sur d'autres sujets. « On est dans une logique de coopération, où les engagements des uns sont alignés sur les engagements des autres », explique François Gemenne.

Le choix des termes utilisés aura en outre une importance capitale : réduction ou sortie, avec ou sans l'utilisation de la notion « unabated » (capture du carbone). Cette solution, soutenue notamment par les États-Unis reviendrait à « dédire tous les engagements pris », prévient Arnaud Gilles. Les ONG se montrent particulièrement hostiles à ce biais, soupçonné de détourner l'attention de la commuanuté internationale des efforts attendus. Mais elles critiquent plus généralement les « fausses solutions » de séquestration du carbone, telles que les activités de géo-ingénierie ou de fertilisation des océans susceptibles de causer des dommages importants aux écosystèmes et d'avoir un impact sur les droits humains.

Un bilan mondial au scanner

Les parties devront aussi se mettre d'accord sur le bilan mondial. Un texte politique qui permettra de mettre en lumière ce qui a bien fonctionné, ou pas, les promesses tenues et celles qui restent en souffrance, mais aussi de définir les révisions nécessaires aux contributions nationales des pays pour maintenir l'objectif de + 1,5 °C. « À ce jour, nous avons un document de travail qui réunit tous les ingrédients pour avoir quelque chose de très ambitieux, mais nous avons quand même certaines inquiétudes », indique Gaïa Febvre, responsable politique internationale du Réseau Action Climat (RAC).

Le Sultan Al-Jaber, qui souhaite voir les parties « sortir de leur zone de confort et trouver un terrain d'entente », convoquera, vendredi 8 décembre, une réunion plénière pour organiser les travaux afin de finaliser les questions restantes. Elles sont encore très nombreuses.

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