En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

“Champs électromagnétiques : l'exposition dans l'industrie n'a rien à voir avec celle de la téléphonie”

Alors que la nouvelle directive sur les champs électromagnétiques entrera en vigueur le 1er juillet prochain, Philippe Demaret, chargé d'étude à l'INRS, précise pour Actu-Environnement les enjeux pour les salariés et les employeurs.

Interview  |  Risques  |    |  Laurent Radisson Actu-Environnement.com
   
“Champs électromagnétiques : l'exposition dans l'industrie n'a rien à voir avec celle de la téléphonie”
Philippe Demaret
Chargé d'étude à l'Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS)
   

Actu-Environnement.com : Quelles sont les principales sources d'exposition aux champs électromagnétiques en milieu professionnel ?

Philippe Demaret : Ce sont les machines industrielles, parmi lesquelles on peut distinguer celles qui émettent des rayonnements électromagnétiques de basses fréquences comme les soudeuses par résistance et celles qui émettent des rayonnements électromagnétiques hautes fréquences comme les presses à souder par pertes diélectriques. On peut y ajouter les machines à induction, les fours à micro-ondes industriels, etc. Les secteurs industriels les plus concernés par les soudeuses par résistance par exemple sont l'industrie automobile, la construction navale, les garages… Environ 130.000 opérateurs sont potentiellement exposés pour l'ensemble de ces équipements.

AE : Qu'en est-il des expositions liées à la téléphonie et aux ondes Wi-Fi ?

PhD : Le niveau d'exposition n'a rien à voir avec les machines industrielles, car le champ électromagnétique décroît très rapidement en s'éloignant de la source. Les demandes qui nous parviennent portent souvent sur le Wi-Fi et les antennes-relais. En fait, ces sources ne posent pas de problème réglementaire : les niveaux mesurés sont trop faibles pour dépasser les valeurs maximales prescrites en milieu professionnel.

AE : Où en sont les connaissances sur les effets sanitaires des champs électromagnétiques ?

PhD : Il n'y a pas d'effet sanitaire avéré d'une exposition à long terme aux champs électromagnétiques dans l'état actuel de la recherche. Les chercheurs n'ont pas identifié de mécanismes qui pourraient expliquer des pathologies comme des cancers. Par contre, des effets biophysiques immédiats en présence de fortes expositions peuvent être constatés.

AE : Certaines pathologies peuvent-elles être reconnues comme maladies professionnelles ?

PhD : Aujourd'hui non puisqu'il n'existe pas de preuve des effets d'une exposition à long terme. En revanche, une brûlure suite à une exposition fortuite intense devant un radar pourra être reconnue comme résultant d'un accident du travail.

AE : Que prévoit la réglementation sur les champs électromagnétiques ?

PhD : Il existe deux directives. La directive "machines" qui concerne les fabricants des machines à l'origine des expositions. Contrairement à d'autres nuisances comme le bruit par exemple, le constructeur n'a pas à déclarer une valeur d'émission en ce qui concerne les champs électromagnétiques. Il doit seulement respecter les règles de l'art pour concevoir sa machine en sécurité. La directive spécifique aux champs électromagnétiques, qui doit être transposée en droit français avant le 1er juillet 2016, concerne directement les employeurs. Elle fixe des "valeurs déclenchant l'action" (VA) à l'extérieur du corps, variables en fonction de la fréquence de la source considérée, ainsi que des valeurs limites d'exposition (VLE) dans le corps. Les mesures dans le corps ne pouvant pas se faire directement, il est nécessaire de procéder par modélisation.

AE : Quelles sont les obligations qui en découlent pour les employeurs ?

PhD : Ils devront inscrire l'exposition aux champs électromagnétiques dans le document unique d'évaluation des risques. Pour les aider, l'INRS a élaboré un outil simplifié d'évaluation (Oseray) fondé sur une campagne de mesures menée avec les Carsat et les Cramif. Si une valeur déclenchant l'action est dépassée, l'employeur devra prendre des mesures de prévention comme, par exemple, l'éloignement par rapport à la source. Mais des mesures de protection plus lourdes peuvent aussi être nécessaires comme le blindage d'une machine par exemple. Il est alors nécessaire de faire appel à des professionnels pour faire les mesures et réaliser les travaux car cela ne s'improvise pas.

AE : Tous les travailleurs sont-ils sur un pied d'égalité ?

PhD : La réglementation prévoit que, pour les femmes enceintes et les personnes implantées, c'est la valeur grand public qui doit être respectée. Celle-ci est jusqu'à cinq fois plus stricte que la valeur professionnelle. Les personnes hypersensibles requièrent également plus d'attention même si elles ne sont pas visées en tant que telles par la réglementation et que le concept d'hypersensibilité reste difficile à appréhender.

RéactionsAucune réaction à cet article

 

Réagissez ou posez une question au journaliste Laurent Radisson

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager