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Projet de forage en Guyane : l'étude d'impact présente des insuffisances majeures

L'Autorité environnementale a rendu ce 30 mai son avis sur le projet Total de forage en Guyane. Le dossier est bien construit mais la faiblesse de certains volets est "particulièrement préoccupante".

Biodiversité  |    |  Fanny RoussetActu-Environnement.com

Mercredi 30 mai, l'Autorité environnementale (Ae) a rendu son avis sur le dossier porté par Total E&P Guyane française (TEPGF) concernant l'autorisation d'ouverture de travaux de recherche d'hydrocarbures en mer. Le 6 avril dernier, Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, informait le préfet de la région Guyane, qu'il saisissait en effet l'Ae pour une évaluation du projet.

La société Total dispose d'un permis exclusif de recherche de mines d'hydrocarbures, dit "permis Guyane maritime". Ce permis, d'une superficie de 24.100 km2, concerne une zone située entre 150 et 200 km des côtes guyanaises et comprend des eaux de 300 à 3.000 mètres de profondeur. Un arrêté du 21 septembre 2017 a autorisé sa mutation de Shell – qui en était détenteur à l'origine - vers TEPGF ainsi que son prolongement jusqu'au 1er juin 2019. L'exploitation pourrait, elle, se poursuivre jusqu'en 2040, date limite fixée par la loi interdisant la production d'hydrocarbures votée en décembre dernier. Le projet que Total a présenté à l'Autorité environnementale concerne le forage d'exploration du puits Nasua-1 (situé dans la zone centrale du permis) programmé pour le premier trimestre 2019, un test de production de ce forage, ainsi que les forages complémentaires d'un à quatre puits "d'appréciation" si le test s'avère positif, et enfin la fermeture de ces puits. En cas de découverte, l'exploitation pourrait commencer environ cinq ans plus tard.

Localisation des zones du permis Guyane Maritime. À gauche, les forages réalisés sur le secteur Est. À droite, les points rouges indiquent la localisation des forages projetés, Nasua-1 étant le gros point rouge (source : dossier)
 

Une étude d'impact qui connaît des manques

L'Ae a identifié quatre principaux enjeux à ce projet. D'abord, la préservation des milieux naturels marins et des espèces associées (avifaune, faune marine). Ensuite, les effets des polluants sur les sédiments et le benthos associé ainsi que sur la qualité des eaux. Les deux autres enjeux sont le bruit sous-marin, notamment lors des tirs d'explosifs, et les conséquences sur les écosystèmes en cas de marée noire.

L'autorité précise que "dans son ensemble, le dossier est bien construit". Elle signale que "l'étude d'impact témoigne d'une réelle volonté d'améliorer l'état des connaissances". En revanche, elle note que "pour certains volets, la démarche «éviter, réduire, compenser» est très partielle, alors que les retours d'expérience [dont dispose Total] (…) permettraient de mieux les analyser (…), voire dans certains cas de ne pas rester silencieux". Cela l'amène à considérer que "la faiblesse de certains volets importants, selon le programme prévu ou en cas d'accident majeur" - notamment concernant la toxicité des produits utilisés, l'impact sur la macrofaune marine, ou les conséquences d'une marée noire - apparaît "particulièrement préoccupante" : "l'analyse les concernant étant nettement incomplète", justifie-t-elle. Elle note aussi que l'opérateur du forage n'est pour l'instant pas identifié, ce qui limite l'analyse des choix et justifications du projet, notamment concernant la démarche "éviter, réduire, compenser". Ainsi, l'Ae recommande de conduire jusqu'à son terme cette démarche de façon conjointe avec lui.

Pour ce qui est de l'enquête publique, qui devrait bientôt avoir lieu, l'Ae recommande à l'ensemble des parties concernées (Etat, Collectivité territoriale de Guyane, Total) de "clarifier les opérations du projet qui pourront être réalisées sans nouveau permis [et] les critères et conditions minimales nécessaires à l'octroi d'un permis d'exploitation".

Enfin, l'autorité souhaite que des mesures de suivi soient mises en place pendant les opérations, particulièrement sur les volets physico-chimiques et sonores.

Total accuse ici un nouveau coup dur après le nouvel avis négatif rendu mardi 29 mai sur le projet du groupe pétrolier au Brésil par l'Institut brésilien de l'environnement (Ibama). "Après le revers brésilien hier, nouvel avis négatif pour Total, cette fois-ci en Guyane… Jusqu'où ira l'entêtement de Total ?", réagit Greenpeace. L'ONG, qui proteste activement depuis un an contre les projets de Total, vient tout juste d'achever son expédition dans les eaux guyanaises où elle a découvert des formations récifales.

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