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Les négociateurs laissent en suspens un texte rempli d'incertitudes

Les délégations ont accepté les propositions de compromis listées dans le texte du pré-accord. Celles-ci contiennent encore pléthore d'options, que les ministres devront trancher la semaine prochaine. 04 décembre 2015

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Les négociateurs laissent en suspens un texte rempli d'incertitudes

"A ce stade, le compte n'y est pas encore", commentait, aujourd'hui vendredi 4 décembre, Laurent Fabius, le président de la COP, qui en appelait à "l'esprit de compromis". Le texte produit ce matin comportait en effet des centaines d'options entre crochets. Pour simplifier la méthode, les négociateurs ont accepté d'examiner cet après-midi les propositions de compromis (bridging proposals) élaborées par les divers groupes de travail. Celles-ci ont été rassemblées dans un document raisonnablement long – 38 pages. Ce qui lève la crainte d'un échec du type de celui de la conférence de Copenhague, en 2009, où le texte préparé par les délégations était devenu ingérable par sa longueur et sa complexité.

Ce soir, c'est bien la grammaire de la procédure qui semble avoir été acceptée par l'ensemble des négociateurs. La plupart a manifesté le souhait de ne pas bloquer à ce stade la méthode de compromis proposée. La Malaisie s'est voulue constructive en lançant une proposition d'insertion d'éléments clés manquant dans le texte, sans pour autant mettre en péril le dispositif même d'organisation mis en place. Les Etats-Unis ont déclaré ressentir "un manque de clarté" sur des aspects cruciaux du texte, tels que les dates de révision périodiques des engagements des Etats. Tuvalu préférait une autre version du volet "pertes et dommages", qui vise à indemniser les victimes du dérèglement du climat. Prenant position dans le même esprit d'apaisement que la Malaisie, l'Union européenne a tempéré le risque de cacophonie que cette liste de doléances faisait courir au processus : "Certes nous ne sommes pas d'accord sur tout, mais nous avons encore la semaine prochaine pour négocier, et rien n'est encore gravé dans le marbre".

La nuit blanche a été évitée, la séance levée peu après 19h. Visiblement, les négociateurs voulaient en finir, le Vénézuela déclarant : "Approuvons le texte ! Allons de l'avant !". Les pays ont pu exprimer les principales lacunes qu'ils souhaitaient voir comblées, les co-présidents en ont pris note. Cuba a rappelé que le volet "pertes et dommages" devrait absolument rester dans le texte, le Nicaragua s'est ému du fait que les droits des peuples indigènes ne figuraient pas dans le document, qui globalement ne reconnaît pas suffisamment le droit des pays d'Amérique centrale d'être indemnisés par les pays historiquement responsables du réchauffement climatique.

"Un processus qui change toutes les cinq minutes"

Au nom du groupe Afrique, le Soudan a proposé de rassembler en un seul passage tout ce qui concerne les dates butoirs des engagements des Etats, plutôt que de les laisser éparpillées dans plusieurs chapitres. La Colombie a insisté sur l'importance de "synchroniser les cycles", c'est-à-dire d'harmoniser le rythme des engagements des Etats. Pendant ce temps, lors d'une conférence de presse, la délégation du Brésil semblait ne pas voir émerger une colonne vertébrale dans ces discussions : "A ce stade, il est difficile de pointer un enjeu, tous les points sont reliés, et il reste trop d'éléments entre crochets. Ce n'est que lorsque nous en aurons réduit le nombre que nous aurons une vraie compréhension du texte".

La Bolivie a longuement pris la parole, réclamant une vision de long terme plus ambitieuse et des approches alternatives au mécanisme REDD+, controversé car mettant les forêts en jeu dans le cadre des marchés carbone. Les Maldives et les Iles Marshall ont reproché le manque de clarté sur le tempo des engagements, sur la périodicité des révisions des engagements des Etats, et ont rappelé l'importance de voir figurer dans le texte l'objectif de 1,5°C. Tuvalu a pointé la nécessité de renforcer la "compliance", c'est-à-dire la force juridique de l'Accord final. Reprenant le micro, le Venezuela, pays pétrolier, s'est déclaré opposé aux expressions "zéro émission" et "décarbonation", rejoint sur ces points par l'Arabie Saoudite : "La neutralité carbone, ça ne veut rien dire ! Nous n'avons pas de temps à perdre avec ces nouveaux concepts !", s'est exclamé son représentant.

Après que la Chine ait formulé une "erreur technique" sur un des points du chapitre 3 (qui porte sur la réduction des émissions), le Soudan, au nom du Groupe Afrique, a rappelé l'importance de la notion d'équité pour les pays africains. "Nous sommes dans un processus qui change toutes les cinq minutes. Mais nous notons que vous avez enregistré les points que nous avons soulignés. Nous acceptons donc ce texte de compromis".

Sur le fond et les grands axes du texte, peu d'avancées. Les vrais sujets vont devoir être investis par les ministres la semaine prochaine avec une détermination plus palpable, afin que les bonnes intentions des Etats soient encadrées par un "mécanisme d'ambition" révisable à la hausse tous les cinq ans et ce dès avant 2020. Pour l'heure, la Chine s'y oppose, de même que l'Arabie Saoudite. La mention d'un seuil de 1,5°C, plus symbolique que réalisable, à moins d'un changement drastique de trajectoire, est la condition pour que la négociation ne se disloque pas. Les pays les plus vulnérables, désormais rassemblés, n'entendent pas que cette mention capitale disparaisse du texte de l'Accord.

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