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Rénovation thermique : une filière à restructurer, selon l'UFC-Que choisir

Une enquête de l'UFC-Que choisir, présentée mardi 27 mai, interpelle sur les manques observés sur des prestations de professionnels de la rénovation thermique. En cause notamment : la formation, la structuration de la filière et le système d'aide.

Energie  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com

"Le système est à rénover de fond en comble", déplore Nicolas Mouchnino, responsable des questions d'énergie à UFC-Que choisir, lors de la présentation de leur enquête sur les professionnels de la rénovation thermique.

L'association s'est axée sur les maisons individuelles. Selon elle, en 2011, seulement 5% des rénovations totales ont permis d'atteindre un niveau de performance énergétique élevé. Dans son étude, elle estime que pour se hisser au niveau des objectifs fixés par le Grenelle de l'environnement d'une réduction de 38% des consommations en 2020, ce chiffre devrait pratiquement être multiplié par quatre.

"L'UFC-Que Choisir a cherché à établir les raisons de l'échec de la politique de rénovation énergétique menée en France, alors même que des fonds publics et privés sont très largement mobilisés", détaille Alain Bazot, président de l'UFC-Que choisir.

L'association a évalué le travail de deux types d'acteurs qui coexistent aujourd'hui sur ce marché : des diagnostiqueurs et thermiciens partenaires de GDF-Suez et EDF et des entreprises indépendantes labellisées Reconnu Grenelle de l'Environnement (RGE).

L'enquête s'est déroulée du mois de mars à début avril 2014, dans cinq maisons situées chacune dans des départements français dont le climat est différent : l'Eure et Loire, le Gard, la Loire Atlantique, la Champagne et la Savoie.

Construites avant le milieu des années 1970, ces habitations n'ont pas ou peu subi de travaux récents de performance énergétique. La facture moyenne d'énergie s'élève à environ 2.175€ par an.

Une évaluation thermique non exhaustive

L'enquête de l'UFC-Que choisir a tout d'abord dressé un constat qui pose question : seuls huit rapports d'évaluation thermique exhaustifs ont été remis aux consommateurs sur 29 professionnels contactés, 15 devis ont été distribués (dont 13 par les professionnels indépendants et deux par les partenaires GDF-Suez). Six professionnels n'ont rien remis.

"Une des explications réside dans la manière dont se déroule la visite, seulement 58% des prestataires ont analysé l'ensemble des lieux, déplore Alain Bazot. Pour faire une évaluation exhaustive, il faut pourtant regarder l'enveloppe du bâtiment, la ventilation, le système de production de chaleur". Au final, seuls 3% des analyses prennent en compte ces trois critères.

Concernant les propositions de travaux, seul un professionnel (partenaire GDF-Suez) sur les 23 a adressé des recommandations écrites cohérentes sur les 3 critères exigés.

 
Les propositions d'amélioration de l'UFC-Que choisir L'association UFC-Que choisir propose trois leviers afin d'améliorer les opérations de rénovations énergétiques :

Tout d'abord, renforcer la formation et le contrôle de la distinction RGE. Ensuite, elle souhaite que se développe une nouvelle filière "d'architectes énergéticiens" : des experts indépendants capables de coordonner les travaux et d'accompagner le consommateur tout au long de sa démarche de rénovation énergétique. Enfin, les aides et financements doivent être conditionnés à la performance, selon elle. "Il est indispensable de rendre plus forte l'incitation à une meilleure performance : introduire une progressivité pour les dispositifs Eco-PTZ et crédit d'impôts en fonction des économies réalisées, assure Alain Bazot, président de l'UFC-Que choisir, il faudrait également envisager un cumul des deux dispositifs pour les rénovations les plus ambitieuses".
 
Autre constat de l'UFC-Que choisir : la plupart des prestataires (8/13) indiquent des rénovations uniquement en lien avec leur corps de métier. Selon l'association, ils semblent également se limiter au niveau de performance minimum qui permet au particulier d'être éligible aux aides et crédits. "Or, actuellement, ces dispositifs d'aides et de crédits sont basés sur des exigences énergétiques déjà anciennes, qui sont très loin des normes basse consommation (80 kWh/mÇ/an)", regrette l'étude.

Les informations sur les possibilités de financement s'avèrent elles aussi peu satisfaisantes pour le consommateur : sommaires et très souvent orales pour les indépendants quand les partenaires EDF et GDF-Suez se contentent d'un document générique pléthorique, selon l'association.

De plus, tous les devis et rapports de l'enquête sont présentés bruts, hors aides, ce qui biaise la perception de l'impact économique réel du projet, selon l'UFC-Que choisir.

"Les consommateurs n'ont pas les cartes en main pour choisir les rénovations les plus efficaces à moindre coût", constate Alain Bazot.

Une formation RGE caricaturale

Les difficultés rencontrées s'expliquent pour l'UFC-Que choisir par différents points : tout d'abord, concernant les indépendants, l'association estime que la filière est inadaptée à une évaluation globale car les entreprises s'avèrent hyperspécialisées, de petite taille et non enclines à nouer des partenariats pour mieux répondre à l'offre.

"La formation RGE est caricaturale : trop théorique, trop courte avec un seul hypothétique contrôle lors de la période de certification de quatre ans", affirme Nicolas Mouchnino.

Le constat est aussi sévère du coté des partenaires EDF et GDF-Suez : l'association pointe un manque de formation et de contrôle à la fois pour l'évaluation mais également le conseil au financement.

"Les professionnels ne sont pas responsabilisés : comme les allégations sur les économies d'énergie se font à l'oral, le consommateur ne peut pas se retourner contre l'entreprise en cas de non atteinte de la performance", développe Nicolas Mouchnino.

Ce dernier met également en cause l'obligation de moyens et non de résultats : selon lui, l'absence de conditionnalité des aides à la performance n'encouragent pas les ménages comme les professionnels à aller jusqu'au bout de la démarche.

Réactions9 réactions à cet article

 

Espèrons qu’après ces constatations que la ministre de l’Écologie remette de l'ordre dans tous ce dispositif!

ami9327 | 27 mai 2014 à 18h07
 
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Très bonne analyse de la situation réelle. Un contrôle des travaux même si çà coûte un peu (mais est vite très rentable) est vraiment chaque fois indispensable et permettra aux professionnels de s'améliorer. Le problème est le même dans le chauffage ou l'optimisation des réseaux n'est que très rarement pris en compte alors que par exemple en Angleterre les aides nécessitent obligatoirement l'optimisation du réseau qui compte pour 15% des pertes d'énergies généralement quand ce n'est pas le cas. Et à quand des émissions sérieuses et approfondies à la télévision sur l'habitat plutôt que quelques émissions sur le sujet tout à fait stupides et qui n'apportent quasiment rien ?!

Energie+ | 28 mai 2014 à 04h32
 
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L'analyse de l'UFC Que Choisir est intéressante et montre que les dispositifs pour inciter à la rénovation énergétiques ne sont pas efficaces.
Mais comment voulez-vous avoir une vision claire des aides financières si le législateur les change tous les ans ?
Pour faire moi-même du conseil en rénovation énergétique, je constate que les ménages sont friands de conseils... gratuits. Dès qu'il s'agit de payer un audit, il n'y a plus personne. Or, un audit sérieux nécessite de se déplacer, d'inspecter l'ensemble du bâtiment, de faire des calculs et de rédiger un rapport avec des préconisations de travaux adaptées. Tout ça prend du temps.
Or, les particuliers sont harcelés au téléphone par des appels incessants des "partenaires EDF-Bleu Ciel" qui commencent par leur annoncer un diagnostic gratuit ! En guise de diagnostic, aucun document n'est remis, sauf le devis de remplacement des fenêtres parce que c'est l'activité de l'entreprise et tant pis si ce n'est pas ce qui la priorité en matière d'isolation de la maison concernée.
L'urgence, c'est de simplifier les démarches, les aides, les procédures. Mais l'Administration n'est pas formatée pour l'efficacité, et c'est bien dommage pour tout le monde.
Cordialement
Pascal BRUEL
cabinet de diagnostics BRUEL DIAGS

pascal85 | 28 mai 2014 à 09h53
 
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Pour apporter un peu d'eau au moulin, concernant le manque cruel de compétences chez beaucoup de professionnels du batiment, voici une expérience qui date de quelques mois; j'envisageais d'installer un chalet de loisir, en madriers de 60 mm d'épaisseur, proposés par nombre de fabricants ou revendeurs; j'en ai consulté un certain nombre et parmi eux, un seul connaissait les exigences de la RT 2012, à laquelle sont pourtant soumis leurs produits....alors que, par exemple, l'exigence de surface vitrée minimale de 16 %, est quand même à traiter à la construction, me semble-t-il ....

pat 7842 | 28 mai 2014 à 10h32
 
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Bonjour
Vous omettez de mentionner les espaces info-énergie, qui ressortent de cette enquête comme les seuls à fournir sur chaque exemple une réponse satisfaisante.
Les espaces info-énergie constituent un réseau présents sur tout le territoire national (http://contacteie.infoenergie.org/), mis en place par l'ADEME depuis plus de 10 ans, ayant pour mission de conseiller de manière NEUTRE et GRATUITE les particuliers sur tous leur projet en lien avec les économies d'énergie et les énergies renouvelables.
Malheureusement méconnus, il est dommage que vous ne vous en soyez pas fait le relai dans cet article...

JH | 28 mai 2014 à 10h49
 
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Bravo à l'UFC pour cette enquête.

La même est à conduire concernant les contrôles liés à l'assainissement non collectif, avec des différences lourdes : les contrôles sont obligatoires et le recours à la concurrence est interdit.
Le service public en situation de monopole et de totale liberté de facturation s'appelle le SPANC (Service Public d'Assainissement Non Collectif).

Les SPANC sont gérés par les collectivités locales (communes, communauté de communes et autres). Ils ont été implantés sans aucune étude de marché donc, une fois le premier contrôle obligatoire dit "de diagnostic" fait, il n'y a plus assez de contrôles à faire pour équilibrer le budget.
On assiste alors au grand n'importe quoi. Des contrôles possibles tous les dix ans sont faite tous les 6, voire tous les 4 ans. On fait payer à tout le monde une redevance annuelle qui ne correspond plus, sauf pour quelques cas, à aucun contrôle ni aucune prestation.

D'un SPANC à l'autre la même prestation, parfois gratuite, est multipliée jusqu'à 8.

13 millions de ruraux (5,3 millions d'installations) sont ainsi rackettés avec l'approbation silencieuse des élus. Comment s'étonner des votes protestataires et de rejet ?


Une entreprise privée serrait évidemment sanctionnée.

micocharly | 28 mai 2014 à 11h08
 
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Plutôt que de subventionner à coup de milliards des énergies électriques renouvelables intermittentes dont on a pas besoin, voila une filière qui mériterait une mobilisation effective de l'état et des collectivités.
Le diagnostic précis et faible, des travaux correctement réalisés, un contrôle sérieux avant déblocage des factures paraissent le minimum quand de l'argent public est engagé. Mais il s'agit de faire faire des économies aux citoyens qui paieront moins de taxes et impôts, alors il ne faut pas aller trop vite.
Il faut aussi souligner les créations effectives d'emplois durables dans cette filière contrairement aux promesses des promoteurs de l'éolien qui empochent les subventions sans contrepartie.
Enfin je rejoins pascal85 changer de fenêtres et poser des volets roulants ce n'est pas faire de l'isolation.

ITC78 | 28 mai 2014 à 11h12
 
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Attention, point du vue d'un professionnel donc non objectif (?)
Encore un coup de comm de UFC que Choisir : je m'explique le gouvernement a tout changé en fin d'année 2013 au niveau TVA, crédit d'impôt, eco-ptz. Le début d'année 2014 a été un gros cafouillage, le temps que l'administration soit au courant et les professionnels étaient mal informés. Nous sommes en période de transition, c'est à partir du 1er juillet, que le RGE "installateur" est obligatoire pour l'éco-prêt à taux zéro (principal mécanisme financier pour la rénovation thermique). Donc l'UFC a beau jeu de tirer des conclusions sur une période de transition.
Voyons leurs arguments :
- Renforcer "drastiquement la formation et le contrôle du « signe de qualité » «RGE»" : en tant qu'installateur, je dois effectuer des audits à ma charge.
- Revoir "complètement les aides au financement pour accroître leur impact incitatif : progressivité des aides en lien avec la performance de la rénovation, complémentarité entre les différentes aides (Ecoprêt ; CIDD)" : ils ont fait leur étude en 2014, sérieusement ? l'éco-prêt à taux zéro est délivré sur une étude thermique visant à une amélioration OU un bouquet de travaux (isolation, menuiseries, énergies renouvelables,...) avec des coefficients de performances à respecter. Et le Crédit d'impôt est CUMULABLE avec l'éco prêt à taux zéro. Il y a des choses à critiquer dans le RGE mais l'article de UFC donne des contres-vérités !

Seb | 28 mai 2014 à 13h53
 
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Cet exemple est a l'image de la FRANCE d'aujourd'hui une jungle ou on arrête pas de parler ou de faire des normes, mais ou on ne passe jamais a l'action, l'énergie est importée, alors prenons des décisions pratique pour passer de 350 KWH à 80 KWH, tout le reste n'est que du baratin, quand à BLEU CIEL qui nous harcèle au téléphone via un centre d'appel délocalisé il ferait mieux de confier cette mission à des agents locaux qui donnent des infos pratiques. ON MARCHE SUR LA TETE.

chomage | 29 mai 2014 à 07h09
 
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