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Actu-Environnement

L'analyse des impacts environnementaux des retenues d'eau est une priorité pour 2012

Interrogés sur la faisabilité économique et environnementale de retenues d'eau dans le bassin Adour-Garonne, le CGEDD et le CGAAER préconisent en priorité de réaliser en 2012 une synthèse scientifique sur les impacts de tels projets.

Eau  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com

Pour atteindre un bon état écologique des eaux d'ici 2015, les bassins versants doivent notamment parvenir à un retour à l'équilibre entre la ressource en eau et la pression qu'elle subit. Or, de nombreux bassins sont déficitaires aujourd'hui. La loi sur l'eau et les milieux aquatiques de 2006 a donc prévu une réforme des volumes prélevables par l'irrigation, afin de réduire ce type de prélèvements. Ainsi, il n'y a qu'en période particulièrement sèche que l'équilibre pourra ne pas être atteint. La ressource prélevable doit être répartie entre les agriculteurs par un organisme unique.

Mais "ces dispositions seront contraignantes pour les agriculteurs irrigants. Dans certains bassins, l'irrigation sera en effet plus restreinte qu'aujourd'hui. Les pouvoirs publics ont donc été progressivement amenés à prévoir une politique d'accompagnement. Une des dispositions principales de cet accompagnement a été d'inclure provisoirement dans la définition des volumes prélevables le volume des retenues qu'il serait raisonnable de construire dans le sous-bassin, afin d'éviter des ajustements trop rapides à la baisse de l'irrigation, qui seraient suivis d'un autre ajustement à la hausse une fois chaque retenue construite", indiquent le CGEDD et le CGAAER qui se sont vus confier, en décembre 2010, une étude sur les projets de retenues d'eau "envisageables d'un point de vue environnemental et économique " sur le bassin de l'Adour-Garonne, qui est particulièrement soumis à pression.

Le gouvernement a confirmé cette politique d'accompagnement dans le cadre du plan quinquennal de gestion de l'eau en agriculture, présenté en novembre 2011. Ce plan prévoit de créer une capacité de stockage d'eau supplémentaire de 40 millions de mètres cubes. Les projets de retenue pourront bénéficier d'aides européennes ou de subventions des agences de l'eau.

Analyser en priorité les impacts environnementaux des retenues

Pour la mission, un projet "envisageable d'un point de vue environnemental" doit respecter les dispositions de la directive cadre sur l'eau (DCE) et les prescriptions des schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux (Sdage). Or, "plusieurs scientifiques rencontrés par la mission considèrent qu'un ouvrage transversal installé dans le lit mineur d'un cours d'eau (barrage) induit nécessairement une modification ou une altération de la masse d'eau concernée. L'objectif général de la directive cadre sur l'eau est en revanche d'obtenir un état des masses d'eau aussi proche que possible d'un état naturel non altéré". La mission définit donc comme "une priorité" la réalisation en 2012 d'une synthèse de travaux scientifiques sur ces impacts en cohérence avec les paramètres suivis dans le cadre de la DCE, "qui puisse servir de référence pour les études d'impact à engager ou à actualiser" pour les retenues d'eau. "Aussi surprenant que cela paraisse pour une directive établie il y a plus de dix ans, ce travail, en cours, reste encore à finaliser".  Par ailleurs,"il conviendra de chercher à qualifier, en droit interne, le concept de détérioration des masses d'eau prévu dans la directive. A défaut la jurisprudence tranchera", souligne la mission.

Sur la base de travaux scientifiques, la mission estime qu'une étude d'impact devra au moins évaluer les conséquences en amont de l'ouvrage (impact sur les salmonidés migrateurs ou natifs et sur les macroinvertébrés), les effets induits par la création de la retenue (risques de stratification thermique, d'accumulation de sédiments, d'enrichissement en nutriments et d'ennoiement de zones remarquables, eutrophisation, phyto-plancton, macroinvertébrés, poissons), les effets induits par la gestion du barrage sur le transport sédimentaire et la circulation des organismes aquatiques, les effets aval (hydrologie estivale mais aussi hivernale en période de crues, sédimentation, température, habitats aquatiques, faune et flore) et les effets distants (au besoin jusqu'à l'estuaire) s'il s'agit d'un ouvrage de très grande taille (ou si des effets cumulés importants sont prévisibles).

En parallèle, la mission recommande "la plus grande transparence sur les objectifs assignés aux retenues d'eau à créer. Dans l'hypothèse où un accroissement de l'irrigation serait prévu, celui-ci doit être conditionné par l'atteinte préalable des débits objectif d'étiage, et les contributions publiques correspondantes (État, collectivités territoriales et agence de l'eau) doivent respecter les règles d'encadrement communautaire". La création de commissions locales d'information et de suivi (Clis) est également préconisée, "en particulier en ce qui concerne les projets localement controversés, afin de concrétiser le droit à l'information environnementale reconnu par la loi".

Onze projets envisageables dans le bassin Adour-Garonne

 
Le bassin Adour-Garonne sous pression Le bassin Adour-Garonne souffre d'un déficit en eau de 235 millions de mètres cube pour atteindre les objectifs de retour à l'équilibre. La ressource en eau est très sollicitée, notamment par l'irrigation, qui est le plus gros consommateur en période d'étiage (940 millions m3 prélevés par an entre 2002 et 2009 pour 600.000 hectares). L
e bassin compte aujourd'hui 765 millions m3 de réserves artificielles (barrages hydroélectriques dont certains réalisent des déstockages en période d'étiage, des barrages dédiés au soutien des étiages, une cinquantaine de retenues de capacité moyenne et 15.000 petites retenues collinaires).
 
La mission a également procédé à l'examen d'une vingtaine de projets situés dans les onze sous-bassins considérés comme prioritaires par les directions régionales de l'Environnement et de l'Agriculture de l'Adour-Garonne. L'étude souligne que le nombre de sous-bassins déficitaires a probablement été sous-estimé par l'agence de l'eau. Or, ''ce constat, s'il n'a pas de conséquence négative pour les agriculteurs, pose la question de la participation de l'agence aux projets de retenues : rappelons en effet qu'il est prévu d'appliquer un taux majoré de subvention (70 %) pour les bassins très déficitaires".

A l'issue de cet examen des projets de retenue, 6 projets apparaissent comme envisageables d'un point de vue environnemental, sous réserve de confirmation par l'étude d'impact, 5 projets sont envisageables en fonction d'études à engager ou à condition que des réserves soient levées, et deux projets sont difficilement envisageables en l'état, ou appellent une réorientation importante.

Parmi ces deux projets, "le plus conséquent de tous, celui de Vimenet en Aveyron, ne serait envisageable d'un point de vue environnemental qu'à condition qu'il soit reconnu « d'intérêt général majeur » au sens de la directive cadre sur l'eau ; cela supposerait qu'il soit utilisé non seulement pour l'irrigation, mais aussi pour l'eau potable".

Avant de déclarer un tel projet d'intérêt général majeur, la mission recommande une évaluation environnementale approfondie afin de minimiser les impacts négatifs sur l'environnement et l'altération des masses d'eau. En outre, ces projets doivent être "d'une certaine ampleur, où l'intérêt général puisse être invoqué de manière large et argumentée". Il ne doit pas exister non plus de solutions alternatives meilleures au plan environnemental, sauf à des coûts disproportionnés. Enfin, le maître d'ouvrage d'un tel projet doit être un opérateur public.

Réactions10 réactions à cet article

 

Combien de temps et d'énergie va être englouti dans ce travail d'évaluation des impacts des retenues d'eau ?
D'un côté, on encourage la rétention pour soulager la pression sur les nappes, d'un autre on la décourage... plus personne n'y comprendra quoi que ce soit.
En fait, l'impact principal risque d'être la paralysie sous le poids de la paperasse à venir, des dossiers à monter, des experts à missionner.

philippeb81 | 17 février 2012 à 10h35
 
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comment ces retenues ont pu étre construites sans que l'on en connaisse les conséquences environnementales?La gabégie continue les cultures inadaptées au climat continuent de fleurir (culture de rente)et on gaspille l'eau a tout va ,je ne parle même pas des pollutions,l'eau qui sera stockée dans ces retenues fera forcément défaut quelque part? Le lobby agricole fonctionne encore a plein régime

lio | 17 février 2012 à 12h31
 
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Une des questions primordiales à poser est : "pour quelles cultures a-t-on besoin de cette eau?.
Si c'est pour irriguer des produits déjà en excédent en Europe, est-il bien nécessaire d'accroître leur rendement. Ne vaudrait-il pas mieux donner directement aux agriculteurs des subventions, "comme s'ils irriguaient" ? On éviterait ainsi des travaux nuisibles pour l'environnement et le statut de l'agriculteur "nourri aux subventions européennes" serait clairement établi.
La mise sur la table de toutes ces aides dissimulées aurait pour effet de permettre de juger si une exploitation agricole a, ou non, un effet positif économique et écologique.
Et on verrait enfin quel est le mode de production le plus "rentable", sans artifices.

dominique43 | 17 février 2012 à 13h50
 
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D'accord pour un diagnostic en amont, "de l'eau pour quoi faire ?"
Dans le sud Aveyron, l'eau sert à irriguer des prairies pour le fourrage que les brebis mangeront en hiver. Rien que de la bonne gestion.
Rien à voir, bien sûr, avec les céréaliers qui producteurs de maïs, qui ne sont souvent, de fait, que des opérateurs financiers sur le marché mondial des matières premières.

philippeb81 | 17 février 2012 à 14h19
 
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Bonjour
Concepteur de retenues collinaires pour l'agriculture depuis très longtemps, toutes celles que nous avons réalisées depuis 20 ans ne sont pas sur cours d'eau (sauf 3) mais captent des eaux de ruissellement.
Auparavant 20 % étaient sur TPCE.
La moitié des retenues que nous réalisons actuellement est pour de l'agri bio. Dans les années à venir, au regard des augmentations des ETP constatées en 40 ans, il ne sera pas possible de ne pas stocker de l'eau.
Ou bien il faut se résigner à acheter les fruits et légumes à consommer dans les pays du sud ou ils ne se posent pas de questions !
Nous réalisons depuis 20 ans des notices d'impact en conformité totale avec la réglementation.
Le problème c'est que sur ce sujet, beaucoup de personnes avances des affirmations gratuites qui ne sont que mensonges.
Récemment nous avons même intercepté une fausse interview d'un agriculteur, avec des affirmations purement doctrinales.
cordialement

BRIV | 17 février 2012 à 16h38
 
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Il existe peut être une autre piste pour réguler les quantités d'eau, ce serait d'améliorer la RFU (réserve facilement utilisable, = eau disponible pour les végétaux)des sols en augmentant leur teneur en matière organique.
L'usage intensif d'engrais minéraux, stimulant la croissance des végétaux a aussi entrainé une utilisation accrue des stocks de matière organique des sols. Or ces réserves n'ont pas été reconstituées, d'où une minéralisation des sols agricoles et une pertte de leur capacité à stocker l'eau dans la couche où puisent les racines des végétaux.

dominique43 | 17 février 2012 à 18h00
 
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Jusqu'à quand nous acharnerons nous à produire les cultures les plus consommatrices en eau dans un bassin des plus déficitaires en eau, et dans le contexte de réchauffement climatique que nous connaissons ? On voit bien que l'eau potable passe après ces intérêts économiques privés, et est avancé comme argument public de substitution par le porteur de projet. Est-ce qu'il ne serait pas plutôt judicieux d'utiliser tout cet argent pour accompagner une reconversion des agriculteurs vers des cultures mieux adaptées aux contraintes de demain ? Quand comprendrons nous enfin que les politiques agri-environnementales doivent privilégier une approche à long terme plutôt que des intérêts ponctuels du lobby des producteurs de maïs ? Quand les toutes les fonctions écologiques, humaines et paysagères de nos rivières laisseront place à une seule vocation de tuyau d'irrigation, il sera trop tard pour réfléchir. On part dans la mauvaise direction...

yannickB12 | 18 février 2012 à 08h28
 
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Avec des profondeurs de sols de 30 cm, (dessous roche mère ou gore) avec des RFU de 20 à 25 mm, des ETP de 5 mm de moyenne sur les périodes les plus chaudes, avec des sols riches en MO, une demande accrus en légumes bio, avec des retenues de 6000 m3 de moyenne, celui qui pourra m'expliquer comment se passer d'eau, n'est pas né ! Avec ces systèmes on arrive à maintenir des exploitations de petites surfaces (30 exploitants pour 600 ha de SAU). Parlez en aux bio de notre région; trop de bien pensant veulent faire avaler des couleuvres comme quoi on peut cultiver (fruits, légumes, certaines plantes fourragères) sur des petites productions sans eau. Oui c'est possible en passant de 30 à 3 exploitations et en important massivement la demande des consommateurs. Il y a vraiment trop de mensonges.

BRIV | 20 février 2012 à 14h21
 
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Il n'est pas question de substituer la RFU à un réseau judicieusement implanté de retenues collinaires, simplement, une amélioration de la teneur en matière organique des sols est, à mon avis, susceptible d'apporter plus de souplesse dans la gestion de l'eau.
Trop souvent, j'ai vu des installations d'irrigation massive pour des champs de maïs sur des plaines alluviales (plaines du Rhône et de l'Ain en particulier). Les sols étaient presque exclusivement sablo graveleux, presque sans trace de matière organique. Les quelques décimètres de lœss en surface ne stockaient que bien peu d'eau et une part importante de l'eau repartait vers le sous-sol, en lessivant au passage engrais et pesticides.
Plutôt que d'augmenter les puissance de feu des irrigations, il faudrait leur ajouter de l'intelligence.
Dans tous les cas, j'ai bien peur que le climat ne nous impose bientôt de restreindre l'irrigation, simplement parce que, quelque soit le prix, l'eau manquera.

dominique43 | 20 février 2012 à 16h39
 
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Merci BRIV de faire oeuvre de pédagogie. Le stockage d'eau est une nécessité depuis bien longtemps dans les régions sèches à sols peu profonds. Un accès trop facile à l'eau a ralenti (stoppé?) le développement de ces stockages qui peuvent être réalisés sans impact majeur. Il ne faudrait pas qu'une conception anti agricole viscérale immobilise encore son développement. Courage.

Albatros | 21 février 2012 à 20h08
 
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