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Déchets nucléaires : l'Andra évalue l'impact d'un abandon du nucléaire sur le projet Cigéo

L'Andra a évalué les volumes de déchets de haute activité, selon que l'on abandonne ou non le nucléaire. Elle répond ainsi à une inquiétude de l'ASN qui juge que le dimensionnement de Cigéo ne tient pas compte de tous les scénarios.

Déchets  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
Déchets nucléaires : l'Andra évalue l'impact d'un abandon du nucléaire sur le projet Cigéo

Le 2 juillet, l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) a publié l'édition 2015 de l'Inventaire national des matières et déchets radioactifs. Ce document dresse tous les trois ans un état des lieux des informations sur la provenance, l'état des stocks et la localisation des matières et déchets radioactifs en France. Il propose aussi des évaluations à 2020, 2030 et à l'échéance de fin de vie des installations nucléaires. Il est accompagné du catalogue des familles qui décrit les différents types de déchets radioactifs produits, et de l'inventaire géographique, qui présente les sites en exploitation qui produisent, traitent, conditionnent, entreposent et stockent des déchets radioactifs. Un site (inventaire.andra.fr) rendra accessible ces données à partir du 8 juillet.

Répondre aux critiques de l'ASN

Parmi les faits saillants de l'inventaire 2015 figure l'évolution des volumes de déchets selon deux scénarios qui répondent aux enjeux liés à l'abandon ou à la poursuite du nucléaire. La question de la récupération du plutonium ou de l'enfouissement des combustibles usés est centrale. Cette évaluation répond indirectement aux critiques de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) concernant le Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) de Bure (Meuse). En mai 2013, elle demandait à l'Andra de présenter "des hypothèses majorantes, en fonction des choix possibles en matière de politique énergétique, en particulier sur la question du stockage de combustibles usés". L'ASN évoque ici un éventuel abandon du traitement des combustibles usés, voire de nucléaire.

Le premier scénario est "classique". Il table sur la poursuite de la production d'électricité d'origine nucléaire et le maintien du traitement des combustibles usés. Les réacteurs fonctionneraient 50 ans en moyenne et la capacité totale maximum de production serait de 63,2 gigawatts (GW).

Avec ce scénario, "tout le plutonium extrait des combustibles usés est recyclé, dans le parc actuel et dans un futur parc, sous forme de combustibles à base d'oxyde mixte d'uranium et de plutonium", explique l'Andra. En conséquence, la question du rythme de traitement des combustibles usés, et son éventuel abandon, est reportée à 2029. Ce choix "dépendra directement du rythme du déploiement des nouveaux réacteurs qui le consommeront", tel que les EPR ou le réacteur Astrid, le successeur de Superphénix qu'envisage de construire le Commissariat à l'énergie atomique (CEA).

Les déchets produits s'élèveraient alors à 10.000 m3 pour ceux de haute activité (HA), de 72.000 m3 pour ceux de moyenne activité à vie longue (MA-VL), de 180.000 m3 pour ceux de faible activité à vie longue (FA-VL), de 1.900.000 m3 pour ceux de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC) et de 2.200.000 m3 pour ceux de très faible activité (TFA).

Neuf fois plus de déchets HA

Le second scénario envisage l'abandon progressif du nucléaire, avec une mise à l'arrêt des réacteurs après 40 ans de fonctionnement. Bien sûr, l'arrêt de traitement du combustible usé devient un enjeu central, d'autant plus que l'Andra pose comme hypothèse son abandon "avant l'arrêt des réacteurs afin de ne pas détenir de plutonium séparé", c'est-à-dire dès 2019.

Globalement, les volumes anticipés ne varient pas sensiblement pour les déchets MA-VL (-9,7%), FA-VL (identique), FMA-VC (-5,2%) et TFA (-4,8%).

En revanche, la situation est radicalement bouleversée pour les déchets HA, c'est-à-dire les déchets les plus dangereux destinés à Cigéo. La production de déchets HA vitrifiés serait réduite de 61% à 3.900 m3. Mais, avec ce scénario, les combustibles usés, considérés aujourd'hui comme des matières valorisables du fait de leur traitement à La Hague (Cotentin), deviendraient des déchets. Il faudrait alors enfouir quelque 50.000 assemblages de combustible à l'uranium enrichi, 6.000 assemblages de combustible d'oxyde mixte d'uranium et de plutonium (Mox) et 1.000 assemblages de combustible issu de la filière à neutron rapide (RNR).

Quel volume représente ces assemblages ? "Le volume moyen d'un assemblage combustible étant d'environ 0,2 m3, ces assemblages représentent un volume brut de l'ordre de 12.000 m3", explique l'Andra, ajoutant que "les concepts de conteneurs de stockage (…) induisaient un volume de colis de stockage d'environ 89.000 m3". Avec les 3.900 m3 de déchets HA vitrifiés, il faudrait donc stocker en profondeur quelque 92.900 m3, soit plus de neuf fois le volume prévu dans le scénario de poursuite du nucléaire.

1,46 million de m3 et le reste…

L'Andra a également évalué les volumes acuels de déchets radioactifs en France. Elle estime à 1,46 million de m3 l'ensemble de ces déchets, soit une progression de 140.000 m3 en trois ans.

Ces déchets se décomposent en 3.200 m3 de déchets HA (en hausse de 500 m3, pour une radioactivité totale de 220.000.000 térabecquerels (TBq, soit 1012 becquerels)), 44.000 m3 de déchets MA-VL (+4.000 m3, 5.500.000 TBq), 91.000 m3 de déchets FA-VL (+4.500 m3, 19.000 TBq), 880.000 tonnes de déchets FMA-VC (+52.000 m3, 36.000 TBq), 440.000 m3 de déchets TFA (+77.000 m3, 8 TBq) et 3.800 m3 de déchets sans filières (+200 m3, radioactivité non précisée).

Cependant, ce bilan est partiel. En effet, il convient d'ajouter les 690.000 m3 de résidus de traitement de conversion de l'uranium (RTCU) issus de l'usine d'Areva à Malvési (Aude) et dont "le mode de gestion à long terme est en cours de définition". De plus, "les déchets anciens ayant fait l'objet de modes de gestion historiques ne sont pas comptabilisés", indique l'Andra qui ne fournit pas d'évaluation de ces déchets. De même, l'Andra signale que  "les déchets de graphite FA-VL qui sont encore dans les réacteurs [de la filière] uranium naturel graphite gaz (empilements, réflecteurs en place, aires de support) ne sont pas comptabilisés dans les stocks à fin 2013".

Parmi les éléments permettant d'expliquer la progression entre l'inventaire de 2012 et celui de 2015, l'Andra signale notamment, outre la production courante liée aux trois années écoulées, une évolution à la hausse des volumes après conditionnement des déchets MA-VL et la prise en compte des boues provenant du lavage des conteneurs d'hexafluorure d'uranium (UF6) de Pierrelatte qui contribuent à l'augmentation du volume de déchets FA-VL.

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