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AIE : sans changement radical, l'avenir énergétique sera précaire, inefficace et fortement carboné

L'AIE dresse un tableau "guère prometteur" des perspectives énergétiques : de l'évolution des émissions de CO2 à l'efficacité énergétique, en passant par les perspectives en matière de pétrole, il est difficile de trouver une lueur d'optimisme.

Energie  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
   
AIE : sans changement radical, l'avenir énergétique sera précaire, inefficace et fortement carboné
   

"Le monde se dirige vers un futur énergétique non soutenable qui aura des conséquences considérable", alerte l'Agence internationale de l'énergie (AIE), à l'occasion de la publication du World Energy Outlook (WEO), précisant que "faute d'un changement de direction radical en matière de politique énergétique, le monde s'enfermera dans un modèle énergétique précaire, inefficace et fortement carboné".

Malheureusement, "peu de signes laissent à penser qu'en matière de tendances énergétiques mondiales, le changement d'orientation nécessaire est amorcé" prévient d'emblée l'Agence en introduction du rapport publié le 9 novembre 2011, jugeant néanmoins qu'"il est encore temps d'agir, même si la fenêtre se referme."

Au cœur du rapport annuel de l'AIE, se trouvent trois scénarios : le scénario Nouvelles politiques "table sur une mise en œuvre prudente des engagements [internationaux]", le scénario Politiques actuelles, "selon lequel aucune nouvelle mesure ne vient s'ajouter à celles en vigueur au milieu de 2011" et le scénario 450 qui "[trace] une trajectoire plausible vers [la] réalisation" de l'objectif visant à contenir en deçà de 2°C la hausse des températures d'ici la fin du siècle par rapport à l'ère préindustrielle, conformément à l'engagement pris en 2009 lors de la conférence de Copenhague (Danemark).

Cinq ans pour limiter les émissions de GES

En premier lieu, les spécialistes de l'Agence constatent que, malgré des perspectives économiques incertaines, "le rebond notable, de 5 %, de la demande mondiale d'énergie primaire en 2010 a porté les émissions de CO2 à un nouveau pic".

Quant à l'avenir, le rapport note que le "contexte semble peu propice à la réalisation des objectifs climatiques convenus au niveau mondial", lors des conférences onusiennes sur le climat. Et l'Agence de prévenir : "les chances d'atteindre l'objectif de 2°C s'amenuisent à vue d'œil" et "nous ne pouvons pas nous permettre de remettre à plus tard l'action".

Selon les estimations de l'AIE, le scénario 450, délivre un message sans appel : "faute d'entreprendre des actions radicales d'ici à 2017, les infrastructures énergétiques déjà en place à cette date atteindront à elles seules la limite d'émissions de CO2 permises jusqu'en 2035". En effet, les quatre cinquièmes du budget carbone mondial permettant de contenir la hausse de la température moyenne du globe proviennent déjà d'installations et d'équipements existant aujourd'hui. Passé 2017, "la marge pour la construction de nouvelles [installations] serait donc nulle, à moins que ces dernières n'émettent pas de carbone du tout, une possibilité extrêmement onéreuse".

Le scénario Nouvelles politiques entrainerait, pour sa part, une hausse des températures de 3,5°C et s'il n'est pas mis en œuvre, "le monde s'oriente vers une issue encore plus dangereuse, à savoir une augmentation de la température de 6°C ou plus".

L'évolution de l'efficacité énergétique inquiète

L'évolution de l'efficacité énergétique constitue une autre source d'inquiétude pour l'AIE. "Malgré la priorité donnée dans de nombreux pays à l'efficacité énergétique, l'intensité énergétique globale s'est détériorée pour la deuxième année consécutive", constate l'Agence prévenant par ailleurs que "les nouvelles mesures d'efficacité énergétique (…) sont insuffisantes".

Par ailleurs, les anticipations de l'Agence ne sont pas positives. Certes, le scénario Nouvelles politiques fait apparaître une accélération de la tendance de moyen terme, mais cela reste insuffisant. Avec ce scénario relativement ambitieux, "l'efficacité énergétique s'améliore deux fois plus vite qu'au cours des vingt-cinq dernières années sous l'effet de normes plus sévères appliquées dans tous les secteurs et de l'élimination progressive d'une partie des subventions aux combustibles fossiles". Cependant, "la progression doit encore s'accélérer pour que les améliorations de l'efficacité énergétique contribuent à la moitié des réductions supplémentaires d'émissions" inscrite dans le scénario permettant de respecter l'engagement pris en 2009 dans la capitale danoise. A noter que "les subventions qui encouragent la surconsommation de combustibles fossiles ont dépassé les 400 milliards de dollars", alors même que le G20 s'est engagé à y mettre un terme il y a deux ans déjà.

Enfin, si la motivation climatique ne suffisait pas, l'AIE tente de mobiliser les décideurs en expliquant que l'énergie que nous ne consommons pas est "la principale contribution à la réalisation des objectifs de sécurité énergétique".

Remplacer la production de pétrole sur le déclin

En l'occurrence, l'avenir s'assombrit en matière de sécurité énergétique et l'AIE confirme à mots couverts un risque de pénurie d'hydrocarbures liquides. En tout état de cause "l'ère du pétrole bon marché touche à sa fin" constate l'Agence qui se refuse toujours à évoquer un pic pétrolier, malgré les incertitudes soulevées par ses scénarios.

Du côté de la demande, les politiques actuelles entrainent pour 2035 une demande de 107 millions de barils par jours (mb/j). "Une action politique pour limiter la demande et un développement incessant des nouvelles sources d'approvisionnement sont essentiels pour les marchés pétroliers à moyen et long terme", alerte le WEO. Le scénario Nouvelles politiques, plus favorable, entrainnerait une demande à 99 mb/j.

Quant à la production pétrolière, elle atteindra 96 mb/j en 2035, tous liquides confondus, soit une hausse de 13 mb/j par rapport à la production de 2010. Il y a cinq le WEO estimait encore que la production serait de quelques 110 mb/j en 2030.

Plus encore, l'Agence confirme que "la production de brut conventionnel s'accroit marginalement pour former un plateau à 69 mb/j (juste en deçà du record historique de 2008 à 70 mb/j) et ensuite décline lentement pour atteindre 68 mb/j en 2035". Cependant, détail crucial, pour réaliser un tel plateau, l'AIE pose une condition claire : "une croissance des capacités de 47 mb/j [hors hydrocarbures non-conventiels déjà pris en compte par ailleurs], soit deux fois la production actuelle des pays de l'OPEP du Moyen-Orient, est nécessaire pour simplement compenser le déclin des champs pétroliers existants".

Trop d'hésitations sur le nucléaire

Enfin, "des hésitations sur le nucléaire auraient des répercussions importantes", prévient l'Agence qui rapporte les interrogations de certains Etats "bien que des pays moteurs de son développement comme la Chine, l'Inde, la Russie et la Corée n'aient pas modifié leurs politiques". Dans ce contexte, l'AIE avance un possible recul des capacités nucléaires mondiales.

Concrètement, l'Agence estime que les capacités de production nucléaires mondiales pourraient être réduites à 335 gigawatts (GW) en 2035, soit 15 % de moins par rapport aux 393 GW en service en 2010. Un tel scénario se base sur l'absence de construction de nouveau réacteurs dans les pays de l'OCDE, une réduction de la durée de vie du parc existant et des investissements moins importants que le scénario le plus optimiste pour les pays hors OCDE. A noter qu'un chapitre complet est consacré aux conséquences d'une réduction de la capacité nucléaire.

"Ces perspectives d'un moindre recours au nucléaire créent certes des opportunités pour les énergies renouvelables, mais stimulent aussi la demande de combustibles fossiles", jugent les experts de l'Agence.

Le scénario Nouvelle politique impliquerait pour sa part une hausse de plus de 70 % de la production nucléaire au cours de la période allant jusqu'à 2035.

Réactions12 réactions à cet article

 

L'AIE ne fait que confirmer les prévisions du GIEC. Plus on agira tôt plus on a de chances de limiter le réchauffement climatique : c'est une situation analogue a celle d'un cancer ou plus on agit tôt plus on a de chances de guérir. Aujourd'hui une majorité de nos politiques, dont les écologistes, sont tellement obnubilés par la peur du nucléaire qu'ils en oublient d'une part que la reductions des emissions de CO2 est l'objetif majeur, et que d'autre part la consommation continue a croitre.
Les energies renouvelables, solutions uties a developper sont aujourd'hui et encore pour longtemps malheureusement incapbles de faire face a l'augmentation de la consommation. Concrètement l'augmentation de la consommation d'electricité en France (Statistiques RTE) a été en 2010 environ dix fois supérieure a l'augmentation des énergies renouvelables pendant la même année.
Au point ou nous en sommes seuls de tres graves accidents climatiques nous feront réduire nos folles consommations.

fleurent | 14 novembre 2011 à 10h18
 
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"Au point ou nous en sommes seuls de tres graves accidents climatiques nous feront réduire nos folles consommations."
Vous avez de bien beaux espoirs.
En quoi les precedents evenements (canicule, tempetes, inondations, etc) ont ils fait changer les modes de conso ? en rine.. on trouve toujours une bonne raison de ne pas lier ces catastrophes aux changement s climatiques. et qui esplique que c'est bien la consommation de chacun qui fait que la terre est dans l'etat qu'elle est aujourd'hui ? c'est tjrs dela fautes de politiques, de sindustriels etc.. mais au bout du bout.. il y a le consommateur, qui une fois sa télé eteinte, a le droit de reflechir par lui même !!
Je, tu, nous sommes tous responsables. Chacun de nos actes a un impact sur notre monde

décroissant | 14 novembre 2011 à 10h46
 
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La dure réalité.
L'homme va se réveiller lorsqu'il sera au pied du mur avec des catastrophes plus grandes encore que Fukushima.
Malheureusement il faudra un incident nucléaire majeur en France pour que la politique s'inverse en matière du nucléaire. il faudra aussi une catastrophe naturelle substantielle pour que les Etats réagissent au niveau mondial. Sans cela c'est business as usual. C'est très triste mais l'esprit humain n'est pas très loin de l'esprit de l'Ane...

arthur duchemin | 14 novembre 2011 à 11h00
 
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Pour decroissant
D'accord avec vous sur un point essentiel : a chacun de nous et pas seulement aux boucs emissaires de consommer autrement velo en ville quand la santé le permet transports en commun au lieu de la voiture train plutot q'avion, manger bio ou agriculture raisonnée de la viande seulement une fois par semaine, temperature moderee en hiver, chauffage au granule quand c'est possible petite voiture au GPL pour moins polluer en particules et Nox, refus de la climatisation en été , arrosage reduit ou nul en été, eviterr le gaspillage reparer quand c'est possible aulieu de jeter cadeaux moderes et plus centré sur la personne en fin de compte cultiver plus l'etre et l'interirité" que" l'avoir" Cela nous amènera paut etre pas a la decroissance mais a une frgalité heureuse.Aujourd'hui ce sont des prophètes qui crient dans le desert. Apràs de graves accident climatiques même s'il y a de la recuperation les hommes seront plus capables de changer

fleurent | 14 novembre 2011 à 18h26
 
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je comprend pas c'est l'AIEA ,l'AIE.Effectivement on risque de manquer de pétrole, c'est pas une nouveauté, notre société est riche et base toute sont activité grâce au moteur 2 et 4 tps.Il faut se rendre à l'évidence l'âge du moteur à explosion touche à sa fin et le nucléaire n'y changera rien, croire que l'on va compenser avec la fission telle qu'elle est aujourd'hui c'est continuer à foncer tête baissée sans réfléchir aux conséquences pour les futures générations.En deux siècles on va avoir brûlé tout le pétrole de la planète et créer assez de déchets radioactifs pour faire muter le peuple.La solution est politique, il faut des mesures restrictives en matière de consommation énergétique, aujourd'hui c'est l'inverse qui est fait.On trouve des radiateurs électriques de 1000 w à 16 euros dans les grdes surfaces alors qu'ils devraient être interdit à la vente et on ose nous dire l'énergie est notre avenir économisons là.Les français se préparent un avenir radieux actif et tout le monde s'en tape à part l'AIEA qui applaudit des trois mains. elle est belle la famille.

technocrate137 | 15 novembre 2011 à 00h58
 
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Pour technocrate137
"On trouve des radiateurs électriques de 1000 w à 16 euros dans les grdes surfaces alors qu'ils devraient être interdit à la vente et on ose nous dire l'énergie est notre avenir "
c'est aberrant en effet.. mais il faut bien qu'EDF vende le plus de courant possible !! donc heureusement qu'on est la pour gaspiller avec des radiateurs électriques. Qui devrai en effet être interdits !
Toujours ce double langages très français..
de fausses bonnes idée qu'on nous vend comme des révolution (ampoule basse conso, voiture électriques, écran LED, etc) alors que ce n'est que des produits marketing permettant a des industriels de revendre a prix d'or des choses sans aucun avantage et si possible les faire fabriquer hors UE, ce qui réduit comme par miracle l'empreinte carbone de nos territoire .. oihh le miracle !

décroissant | 15 novembre 2011 à 09h58
 
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pour décroissant
EDF ? désolé je ne connais pas ce fournisseur, moi je suis chez enercoop, 0;-)

technocrate137 | 15 novembre 2011 à 13h14
 
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Loin d'être pro nucléaire vos discours me sortent par les yeux. Oui à moins de consommation... En revanche comment pouvez-vous dire non au nucléaire sans apporter de solution en contrepartie. Renseignez-vous sur les différentes prévisions de l'AIE et arrêtez de raisonner au niveau français. Vous verrez alors que aux niveau mondiale plus de 60% de l'énergie consommer provient d'énergie fossile polluantes (pétrole, charbon et gaz). Ainsi si l'on souhaite éviter un changement climatique trop important qui lui n'est alors pas maîtrisable que proposez vous? Les énergies renouvelable? Oui a 2000% (je suis pro renouvelable) mais malgré tout les efforts possibles ces dernières ne couvriront pas les 60% de fossiles. On ne peut alors plus dire non au nucléaire mais faire en sorte d'en limiter les risques. Que penser alors de la politisation du nucléaire en France à la veille des élections? Une simple manipulation des français basé sur la peur et la désinformation.
Qu'en pensez vous?

Ted | 17 novembre 2011 à 09h48
 
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sobriété, efficacité, renouvelables... connaissez-vous le scénario négawatt ?
ou comment la sobriété dans notre consommation et l'efficacité de nos équipements peuvent déjà faire une énorme part du travail !

toupidek | 17 novembre 2011 à 10h32
 
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Le scenario negawatt devrai être inscrit dans les programmes de 2012.. mais qui en parle ? personne... déja le facteur 4 (pas suffisant) n'est jamais abordé mais alors Négawatt !! voyons !
c'est pourtant bien le seul scenario ne faisant pas appel aux futures avancées (hypothétiques) de la techno. Ne prônant pas le nucléaire a tout va sous la (fausse) raison de l’émission moindre de GES
Admettant que nous réalisons un gâchis énorme d’énergie que ce soit dans la production comme dans la consommation

décroissant | 17 novembre 2011 à 10h54
 
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Nous allons perdre des territoires faute au réchauffement climatique, on ne peut pas se permettre d'en perdre encore ou même juste prendre le risque d'en perdre faute au nucléaire.tchernobyl s'est l'équivalent du bassin parisien en terre agricoles condamnées.En matière d'accident nucléaire on a certainement pas tout vu, cette technologie est stupide, Eric besson nous dit il n'y a pas d'activité sans risque, certe mais en l'occurrence les risques sont démesurés.La nature ne nous fait pas de cadeaux et cela ne va pas s'arranger apparemment alors de grâce arrêtons d'en rajouter pour la dolce vita.

technocrate137 | 17 novembre 2011 à 13h26
 
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Les résultats obtenus en Allemagne sont irréfutables(Eurostat):
22500 Mw( Megawtt), en puissance installée en éolien,produisent 5% des besoins en électricité du pays,9000 Mw photovoltaïque 1,9%, 21000 Mw nucléaire 27%. Le reste est dû principalement aux centrales à combustibles fossiles. Force est de constater l'inefficacité des deux principales "énergies renouvelables"qui souffrent de leur intermittence et doivent être relayées les 3/4 du temps par des centrales à combustibles fossiles émettrices de CO2. La multiplication des éoliennes ou des centrales solaires ne sert presque à rien puisqu'une éventuelle surproduction pendant les périodes favorables n'est pas ou très peu stockable pour être utilisée plus tard.Il est difficile d'éliminer le Nucléaire;

napi | 27 décembre 2011 à 17h30
 
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