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« Nos modèles vont traduire les altérations hydrologiques en altérations de biodiversité »

Dès la rentrée, le projet Dryver s'intéressera aux conséquences, sur la biodiversité, des variations des asséchements des cours d'eau liés au réchauffement. Précisions de Thibault Datry, spécialiste des cours d'eau intermittents à l'Inrae.

Interview  |  Eau  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com
   
« Nos modèles vont traduire les altérations hydrologiques en altérations de biodiversité »
Thibault Datry
Spécialiste des cours d'eau intermittents à l’Inrae
   

Actu-Environnement : Lors du projet « 1 000 rivières intermittentes », vous aviez montré que la contribution aux émissions de dioxyde de carbone des cours d'eau temporaires, intermittents, n'était pas neutres et devrait être intégrée dans les évaluations mondiales du cycle du carbone. Avec Dryver (DRYing riVER networks), vous regardez désormais l'intermittence à travers le prisme du réchauffement climatique. Quelle a été la genèse de ce second projet international ?

Thibault Datry : En Europe, de plus en plus de cours d'eau s'assèchent dans des zones où historiquement les rivières étaient pérennes. C'est notamment le cas actuellement en Europe centrale et de plus en plus dans le nord, par exemple en Finlande, qui a connu pour la première fois des étiages sévères avec des rivières qui se sont mises à s'assécher...

Un de nos projets, Smires (Science and Management of Intermittent rivers) de sciences collaboratives a mobilisé un réseau de citoyens européens pour mieux identifier où sont les cours d'eau intermittents et quand ils s'assèchent. Cela a permis d'avoir un aperçu des forces en présence en Europe et d'identifier des partenaires clefs.

La nouveauté de Dryver par rapport à nos projets antérieurs est que nous n'allons pas simplement essayer de comprendre les effets des asséchements actuels sur la biodiversité et les fonctions écosystémiques, mais que nous allons aussi travailler de manière prospective en explorant les différents scénarios possibles et analyser les réponses de la biodiversité. Nous inclurons également les stratégies d'adaptation et d'atténuation.

AE : Comment cela va-t-il se concrétiser sur le terrain ?

T. D. : Nous savons que le régime des pluies va être altéré, comme les températures, mais nous n'avons pas forcément d'idées précises sur comment cela va se répercuter sur le débit des cours d'eau et leur asséchement. Nous souhaitons, avec Dryver, entrer dans le détail mécanistique pour comprendre comment le changement climatique va altérer le débit des rivières et les fragmenter au travers d'assèchements. Pour cela, nous nous baserons sur des modèles construits à partir de neuf cas d'études. Ces derniers pourront prédire le débit en tous points d'un réseau hydrographique. Ensuite, nous allons y adosser des modèles biologiques, écologiques et socio-économiques pour traduire ces altérations hydrologiques en impacts sur la biodiversité, le fonctionnement écologique et sur les services écosystémiques.

Ainsi, si nous nous apercevons par exemple que l'asséchement d'un cours d'eau plus deux mois provoque l'effondrement de la biodiversité, nous pourrons simuler et quantifier l'impact de solutions d'adaptation. Un de nos partenaires slovène va s'atteler à élaborer un catalogue des mesures à mettre en œuvre au cas par cas, et des socio-économistes anglais vont s'intéresser aux coûts et bénéficies.

 
Nous allons adosser à Dryver des modèles biologiques, écologiques et socio-économiques pour traduire ces altérations hydrologiques en impacts sur la biodiversité, le fonctionnement écologique et sur les services écosystémiques.  
 
Notre modèle de gestion adaptative pourra ensuite tester ces coûts et bénéfices. Par exemple, nous pourrons simuler les effets de la construction de structures pour soutenir le débit de la rivière, sur la biodiversité, les fonctions et les services écosystémiques, évaluer si cette approche est pertinente ou s'il faut en adopter une autre.

AE : Où se situent les cas d'études où le débit va être modélisé ?

T. D. : En Europe nous aurons des cas d'étude en France, en Espagne, en Finlande, en Croatie, en Hongrie et en République tchèque. Nous avons également des partenaires en Amérique du Sud, aux États-Unis et en Chine. Ces modélisations de cas d'étude constitueront une base pour extrapoler à des échelles régionales, nationales et continentales, l'effet du changement climatique sur l'asséchement des cours d'eau.

Au total, notre équipe compte 25 experts de onze pays.

AE : Les changements d'état des cours d'eau peuvent-ils profiter à des espèces opportunistes ?

T. D. : C'est vrai pour des espèces qui sont adaptées à la discontinuité déjà en place dans les cours d'eau naturellement intermittents. Mais il leur a fallu des millénaires pour y arriver. Si nous asséchons le Rhône aujourd'hui, cela va produire un effondrement massif de la biodiversité.

Tous les réseaux hydrographiques ont des cours d'eau qui s'assèchent, de longue date. Les espèces sont adaptées jusqu'à un certain seuil. Nous ne savons pas si, au-delà, nous conserverons cette résilience. Un des buts de Dryver sera également d'identifier ces points de bascule.

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