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Exposition au chlordécone et développement du cancer de la prostate : le lien est significativement établi

Une étude montre que l'exposition au chlordécone est associée significativement à une augmentation du risque de survenue du cancer de la prostate. La Direction générale de la Santé annonce le lancement à l'automne d'un deuxième plan chlordécone.

Risques  |    |  Carine Seghier Actu-Environnement.com
   
Exposition au chlordécone et développement du cancer de la prostate : le lien est significativement établi
© JJ
   
Dans un article paru le 21 juin dans Journal of Clinical Oncology, des chercheurs de l'Inserm (Unité Inserm 625 - Groupe d'Etude de la reproduction chez l'homme et les mammifères, Université Rennes 1), du CHU de Pointe-à-Pitre (Service d'urologie, Université des Antilles et de la Guyane) et du Center for Analytical Research and Technology (Université de Liège, Belgique) montrent que l'exposition au chlordécone est associée significativement à une augmentation du risque de survenue du cancer de la prostate.

Le chlordécone est un polluant organique persistant de type CMR (cancérigène, mutagène et/ou reprotoxique), interdit depuis 1991 en France mais utilisé jusqu'en septembre 1993, notamment dans les bananeraies aux Antilles pour lutter contre le charançon. Considéré comme perturbateur endocrinien et classé cancérogène possible pour l'homme par l'OMS, sa présence persistante dans les sols, les eaux de rivières et les sédiments est à l'origine de la contamination de certaines denrées alimentaires.

Relation de cause à effet

Selon cette étude, issue d'un programme de recherche intitulé Karuprostate* et réalisée de 2004 à 2007 sur la base d'un échantillon cas-témoins originaires des Caraïbes de 709 hommes ayant un cancer de la prostate et 723 indemnes de la maladie, l'exposition au chlordécone est associée à un risque augmenté de développer la maladie, ''notamment chez les personnes possédant une concentration en chlordécone supérieure à 1 microgramme par litre de sang''.

L'étude épidémiologique réalisée en Guadeloupe montre que le risque n'est pas distribué de manière homogène parmi les individus. Il est augmenté parmi les patients ayant déclaré des antécédents familiaux de cancer de la prostate ainsi que parmi ceux ayant résidés dans un pays industrialisé. Le risque de survenue de cancer de la prostate est multiplié par 5 chez les hommes présentant simultanément des antécédents familiaux de cancer de la prostate et de résidence dans un pays occidental. ''L'interaction avec la résidence dans un pays occidental pourrait être expliquée par des expositions environnementales acquises lors du séjour, telles que la coexposition à d'autres agents chimiques ou à des modifications de comportements alimentaires pouvant perdurer au retour aux Antilles'', notent les chercheurs.

La contamination des populations antillaises par ce pesticide a déjà été montrée par des travaux antérieurs mais c'est la première fois qu'une étude indique l'existence d'une relation causale entre l'exposition à un perturbateur endocrinien et le risque de survenue du cancer de la prostate.

Estimant que cette étude concluait à ''la nécessité d'investigations complémentaires'', la Direction générale de la Santé a annoncé que le plan chlordécone 2008-2010 serait suivi d'un deuxième plan 2011-2013. Son état d'avancement sera prochainement présenté aux Antilles par le coordonnateur interministériel du plan chlordécone, le professeur Didier Houssin, directeur général de la santé. Avec le deuxième plan, il s'agira, de renforcer les actions visant à limiter l'exposition, faire un suivi post-professionnel des travailleurs qui y ont été exposés, surveiller l'état de santé des populations les plus vulnérables et de conduire une étude similaire en Martinique. ''Les pouvoirs publics poursuivront les efforts importants engagés dans le cadre du plan chlordécone, en termes de connaissance de la pollution, de remédiation à cette pollution, de surveillance des effets sur la santé des populations et surtout de réduction de l'exposition qui reste une priorité'', affirme la Direction générale de la Santé.


L'étude cas – témoins « Karuprostate » (de Karukera, nom caribéen de la Guadeloupe) à l'origine des résultats publiés dans Journal of Clinical Oncology est issue d'un programme de recherche visant à identifier et caractériser des déterminants génétiques et environnementaux de survenue et d'évolution du cancer de la prostate aux Antilles. Ce programme de recherche se poursuit en Guadeloupe et en Martinique (« Madiprostate », de Madinina, nom caribéen de la Martinique). Il s'inscrit dans le cadre d'un réseau Inserm de recherche clinique et en santé des populations visant à acquérir une meilleure connaissance de la maladie parmi les populations originaires de l'Afrique subsaharienne, reconnues comme étant à risque élevé de la maladie.

Réactions1 réaction à cet article

 
la réalité est plus complexe

Dans le sang des antillais et notamment des ouvriers agricoles existent plusieurs pesticides(organochlorés fongicides herbicides...)dont les interactions sont synergiques dans le déclenchement de la maladie.

kojap | 25 juin 2010 à 03h40
 
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