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La France exposée à des submersions marines plus graves et plus fréquentes

Le niveau de la mer augmente. Avec, pour corollaire, des risques accrus de submersion marine, une érosion côtière plus forte et un impact sur les infrastructures côtières. Le rapport Jouzel dresse un état des lieux.

Gouvernance  |    |  Laurent RadissonActu-Environnement.com
La France exposée à des submersions marines plus graves et plus fréquentes

Le climatologue Jean Jouzel a remis ce mercredi 25 mars à Ségolène Royal le cinquième volume de son rapport consacré au climat de la France au XXIe siècle. Dédié au lien entre le changement climatique et le niveau de la mer, il prend en compte les conclusions du cinquième rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), dont la synthèse a été publiée à l'automne dernier. Ce travail complète le quatrième volume "Scénarios régionalisés" d'août 2014 et met à jour le volume 3 publié en février 2012, qui traitait déjà de la question de l'évolution du niveau de la mer.

"Ces travaux apportent les connaissances scientifiques nécessaires pour comprendre les impacts du changement climatique en France, à quelques mois de la Conférence Paris climat 2015", s'est félicitée Ségolène Royal, qui a également fait le lien avec les travaux engagés par son ministère en matière de protection contre les submersions marines et de gestion du trait de côte.

Le rythme s'accélère

Que nous apprend ce nouveau rapport ? Premier constat : le niveau de la mer continue de monter sous l'effet du changement climatique. A l'échelle mondiale, le niveau a augmenté en moyenne de 18,7 cm entre 1901 et 2011. Mais le rythme s'est accéléré sur les vingt dernières années (+ 6,7 cm entre 1993 et 2014), avec de fortes disparités d'une région du globe à l'autre. En France métropolitaine, aux Antilles et à La Réunion, la hausse constatée est proche de cette moyenne. Elle est en revanche beaucoup plus importante en Polynésie (+21 cm entre 1950 et 2010) et en Nouvelle-Calédonie (+12 cm).

Trois facteurs expliquent cette élévation du niveau des mers, explique Anny Cazenave du Centre national d'études spatiales (Cnes) : le réchauffement des océans pour 37%, la fonte des glaces pour 50%, mais aussi le pompage dans les aquifères (13%).

Et la hausse n'est pas finie. Loin de là. Selon le scénario le plus réaliste, l'élévation du niveau moyen de la mer d'ici 2100 devrait se situer autour de +75 cm. Toujours avec de fortes disparités régionales liées à l'évolution locale de plusieurs paramètres : température de l'océan, salinité, courants marins, apports d'eaux continentales… mais aussi déformation des bassins océaniques causée par la fonte des glaces. En France, la hausse devrait être plus marquée en mer du Nord.

L'élévation du niveau de la mer devrait continuer bien au delà du XXIe siècle, même si l'on stoppait totalement les émissions de gaz à effet de serre (GES), compte tenu de la grande inertie thermique de l'océan. Le scénario pourrait aussi s'emballer si la calotte de glace du Groenland fondait totalement, prévient Anny Cazenave. Ce qui occasionnerait alors une hausse de… 7 mètres des océans ! Etalée sur plusieurs siècles toutefois…

Situation préoccupante dans les zones basses

Quelles sont les principales conséquences prévisibles ? En premier lieu, "les submersions marines vont devenir plus intenses et plus fréquentes", explique Gonéri Le Cozannet du BRGM. Or, la forte présence humaine dans les zones littorales conduit à une situation "préoccupante dans les zones basses, avec un risque de submersion accru et/ou des coûts d'entretien des défenses côtières plus importants", relève le rapport.

Deuxième conséquence : l'érosion côtière. "Quarante-et-un pour cents des plages sont victimes de l'érosion en France", indique M. Le Cozannet. "Les impacts futurs de l'élévation du niveau marin sur le recul du trait de côte sont potentiellement très importants", indiquent les auteurs du rapport, même si la quantification de ces impacts reste difficile, souvent masquée par les effets plus visibles des vagues et des courants. Toutefois, quelles que soient les incertitudes, deux mesures d'adaptation offrent des bénéfices immédiats, souligne le rapport : éviter l'aggravation de l'exposition aux risques côtiers, préserver de l'espace pour les processus de transports sédimentaires littoraux.

Des mesures que certaines collectivités mettent déjà en œuvre. Ainsi, la région Basse-Normandie a-t-elle adopté à l'unanimité en octobre 2012 une stratégie de gestion durable de la bande côtière. Cette stratégie passe essentiellement par la sensibilisation des élus locaux, explique Muriel Jozeau-Marigné, conseillère régionale, et permet notamment d'éviter que soient délivrés de nouveaux permis de construire dans les zones exposées. Et cette mobilisation des élus locaux semble payante, comme le montre le succès inespéré de l'appel à projets "Notre littoral pour demain" lancé par la région en juin 2014.

Doubler la rehausse des digues

La hausse du niveau marin a bien entendu des conséquences sur les infrastructures côtières et portuaires. Actuellement, pour bâtir ces infrastructures, sont utilisées des méthodes de dimensionnement déterministes prenant en compte un niveau d'eau extrême et la houle. Mais, souligne le rapport, l'émergence d'une nouvelle approche de dimensionnement et les fortes incertitudes sur les conditions climatiques futures font évoluer ces pratiques vers l'utilisation de méthodes probabilistes et la réalisation de structures adaptatives.

Autrement dit, "une hausse du niveau de la mer de un mètre impliquera de rehausser les digues de deux mètres", explique Gonéri Le Cozannet du BRGM.

Dernière conséquence, moins évidente, de la hausse du niveau marin rapportée par les scientifiques ? Davantage d'intrusions salines dans les aquifères côtiers. Mais du fait de la complexité des processus en jeu et des spécificités locales, de nombreuses incertitudes demeurent à ce niveau, relève le rapport.

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