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Gestion du risque cyanobactéries : l'Anses propose des outils pour la baignade et l'eau potable

Dans un avis, l'Anses se penche sur les risques sanitaires liés à la présence de cyanobactéries dans les eaux douces. Le document actualise un précédent travail réalisé en 2006 et propose des arbres de décisions pour une gestion du risque.

Eau  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com
Gestion du risque cyanobactéries : l'Anses propose des outils pour la baignade et l'eau potable

Fièvre, nausées, vomissements mais également irritations oculaires, éruptions cutanées, douleurs musculaires ou encore des atteintes hépatiques et rénales : voici les symptômes que peuvent causer des intoxications humaines par la grande variété de toxines produites par les cyanobactéries. En France, les centres antipoison ont recensé 95 cas entre le 1er janvier 2006 et le 31 décembre 2018. « Ce nombre est probablement très sous-estimé du fait d'un manque de connaissance de ce phénomène par le grand public et de symptômes peu spécifiques qui de plus, peuvent disparaître rapidement et ne font pas nécessairement l'objet d'un signalement par la population aux médecins et autorités sanitaires », pointe dans un rapport l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).

Ses prédécesseures - l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) et l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset) - s'étaient déjà penchées en 2006 sur les risques liés à la présence de ces micro-organismes dans les eaux de baignade, les eaux destinées à la consommation humaine (EDCH) et sur les activités de pêche. Devant le manque de connaissance et de données, les deux organismes recommandaient le lancement de travaux complémentaires de recherche sur le sujet.

Ce nouveau rapport de l'Anses pointe toujours la nécessité d'acquérir de nouvelles données sur les cyanobactéries, notamment en ce qui concerne le suivi des cas d'intoxication et les effets toxiques des cyanotoxines. Il met également l'accent sur une nécessaire amélioration de la récolte de données de surveillance. Son enquête sur les pratiques des agences régionales de santé montre ainsi des disparités importantes dans la mise en œuvre du contrôle sanitaire en fonction des départements : selon elle, cette hétérogénéité ne permet pas d'avoir un état des lieux de la situation au niveau national.

Autre difficulté : les délais de transmission des résultats de dénombrements des cyanobactéries et des analyses de cyanotoxines sont incompatibles avec les impératifs de gestion sanitaire.

Concernant l'estimation des risques sanitaires, l'Anses souligne également une approche maximaliste liée au manque de données des experts. Les concentrations maximales tolérables (CMT) de cyanotoxines dans les eaux destinées à la consommation humaine (EDCH) et les eaux récréatives sont ainsi calculées pour que l'exposition soit inférieure à la valeur toxicologique de référence en cas d'ingestion unique.

 
Selon les milieux, deux groupes de cyanobactéries Deux grandes catégories de cyanobactéries peuvent être distinguées:les planctoniques qui s'installent dans les eaux stagnantes eutrophisées. Celles-ci se maintiennent en suspension dans la colonne d'eau. Ces bactéries ont besoin pour se développer de concentrations élevées en phosphore et azote. «Les apports, directs ou indirects, peuvent avoir des origines multiples et diverses - par exemple effluents d'élevage, compost, boues de station de traitement des eaux usées, engrais épandus sur les sols, rejets d'eaux usées insuffisamment traités, lessivage des sols lors d'épisodes pluvieux importants», rappelle l'Anses.
À l'inverse, les cyanobactéries benthiques se développent dans des eaux courantes peu profondes (rivières et certains grands fleuves). Le développement de leur biofilm survient surtout en périodes d'étiages prolongés, dans des zones de profondeurs inférieures à 1 m. Elles se développent au fond des cours d'eau, sur des blocs, galets, sable, sédiment ou à la surface des plantes aquatiques.
 
Outre ces constats, le rapport de l'Anses permet d'actualiser la liste des cyanobactéries productrices de toxines en eau douce présentant un danger pour l'Homme. L'agence propose également des outils – des arbres décisionnels - pour améliorer la gestion du risque dans les eaux douces ainsi que des préconisations pour le prélèvement des deux groupes de cyanobactéries : les planctoniques et les benthiques (cf encadré).

Inclure les cyanobactéries dans les plans de gestion de la sécurité sanitaire des eaux

« Considérant qu'en France les filières de production d'eau destinée à la consommation humaine sont généralement en mesure d'éliminer à la fois les cellules de cyanobactéries et les toxines présentes dans les eaux des ressources, l'exposition chronique aux cyanotoxines paraît aujourd'hui peu probable », note l'Anses. Néanmoins, elle préconise que la vulnérabilité de la ressource vis-à-vis de ces micro-organismes - comme la capacité de la filière à l'éliminer -  doit être pris en compte lors de l'établissement des plans de gestion de la sécurité sanitaire des eaux. L'Anses conseille également à la fois une surveillance quotidienne réalisée par l'exploitant de la ressource complétée par un contrôle régulier mis en œuvre par l'autorité sanitaire. « Il peut arriver que des épisodes de prolifération surviennent entre deux prélèvements réalisés au titre du contrôle sanitaire et passent donc inaperçus au regard des autorités sanitaires. C'est pourquoi, il apparaît important de réaliser un suivi visuel quotidien des ressources en eau et d'utiliser d'autres paramètres ou outils - tels que des sondes équipées de capteurs - pour compléter cette surveillance visuelle », détaille l'agence. Toutefois si un bilan sur une période minimum de trois ans montre une absence totale de cyanobactérie, la fréquence de contrôle pourra être adaptée.

Pour les sites sensibles aux proliférations de cyanobactéries planctoniques, elle recommande un suivi d'un indicateur pour anticiper les variations de la biomasse, la chlorophylle ou des pigments spécifiques des cyanobactéries comme la phycocyanine.

Pour le contrôle effectué par l'agence régionale de santé (ARS), l'Anses conseille un dosage de la chlorophylle-a et l'identification des cyanobactéries. Si l'expert identifie des genres potentiellement toxiques, l'agence prévoit le dénombrement de leurs cellules et l'évaluation de leurs biovolumes totaux dans les eaux brutes. En fonction de la valeur obtenue exprimée en biovolume, des mesures de gestion seront mises en œuvre : d'un renforcement du contrôle sanitaire à un basculement vers une autre ressource en eau dans les cas de proliférations les plus importants.

Pour l'Anses, la typologie et la profondeur des masses d'eau utilisées pour la production d'eau potable n'est pas favorable au développement de cyanobactéries benthiques. Toutefois, si des proliférations de cyanobactéries benthiques en amont des prises d'eau sont constatées, elle recommande une recherche d'une des toxines, l'anatoxine-a dans l'eau traitée.

Eaux de baignade : une présence possible des deux groupes de cyanobactéries

Comme pour dans le cas de la production d'eau potable, pour la surveillance des cyanobactéries planctoniques, l'Anses recommande une surveillance en routine organisée par le gestionnaire de la zone de baignade et un contrôle sanitaire régulier par l'autorité sanitaire.

Pour ce qui concerne les benthiques, tous les cours d'eau ne sont pas à surveiller. Seulement ceux fréquentés par le public ou ayant déjà présentés ce type de prolifération.

« Dans les rivières, où les cyanobactéries benthiques sont susceptibles de proliférer, un plan de suivi est plus complexe à mettre en œuvre car, il existe une grande variabilité spatio-temporelle du développement des biofilms et des biofilms produits en amont de la zone de baignade qui peuvent se disséminer sur cette zone au gré des courants », souligne l'Anses.

 
Pour harmoniser les pratiques et permettre d'accéder à des référentiels nationaux, l'Anses recommande la création d'une structure nationale sur le sujet  
Anses
 
Elle propose ainsi une surveillance ciblée pendant la saison balnéaire, hebdomadaire et après une augmentation du débit du cours d'eau. « C'est à ce moment-là que les biofilms sont susceptibles d'être détachés de leurs supports et d'être visibles sous forme de flocs flottant en surface », explique-t-elle.  Pour les sites ayant déjà connu des épisodes de proliférations, elle suggère une information du public par des affichages, par exemple.

De la même manière, l'autorité sanitaire devrait effectuer son contrôle deux fois par mois durant les mois d'été ou sur toutes les zones de baignade sensibles à ces apparitions de biofilms. Le plan de gestion se déroule, comme pour les eaux potables, à un renforcement du contrôle jusqu'à une restriction d'accès à la zone ou une interdiction de baignade en fonction des seuils. La consommation de poissons pourra également être déconseillée.

« Dans certaines régions, en l'absence de recommandation, les situations de proliférations sont gérées en axant les actions uniquement sur l'information du public. C'est le cas notamment pour les Gorges du Tarn, lieu souvent touché ces dernières années par ce phénomène avec des mortalités de chiens, situe l'Anses. Si la communication est un élément important dans la gestion de ces épisodes, il convient d'en évaluer l'efficacité et son déploiement, le cas échéant dans d'autres départements ».

Vers la création d'une structure nationale ?

Pour harmoniser les pratiques et permettre d'accéder à des référentiels nationaux, l'Anses recommande d'ailleurs la création d'une structure nationale sur le sujet.

Une telle structure pourrait notamment être chargée: « du développement, de la validation et de l'harmonisation des protocoles d'échantillonnage tant pour les cyanobactéries planctoniques que pour les cyanobactéries benthiques, du développement, de l'optimisation et de la validation des méthodes d'analyse des cyanobactéries et de leurs toxines, la participation à leur validation/normalisation », précise l'Anses.

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