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Japon : le casse-tête des déchets post-tsunami

Suite au séisme du 11 mars, le Japon doit rassembler et traiter une montagne de déchets. Une opération qui sera longue et problématique du fait de la contamination des déchets, notamment par le sel marin.

Déchets  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com
   
Japon : le casse-tête des déchets post-tsunami
   

Si la catastrophe de Fukushima est perçue comme la principale conséquence environnementale du séisme et du tsunami qui ont ravagé le Japon le 11 mars 2011, la gestion des déchets liés aux destructions soulève elle aussi des inquiétudes environnementales.

25 millions de tonnes de déchets

 
Des déchets traversent le Pacifique Au-delà des déchets sur le territoire japonais, ceux emportés par le tsunami inquiètent ONG et scientifiques. Le Centre international de recherches sur le Pacifique de l'université d'Hawaii, suit de près l'évolution de cette masse flottante qui devrait atteindre les côtes hawaiiennes un à deux ans après le tsunami.
Robin des Bois explique que si une partie des déchets coulera, le solde ira rejoindre les zones d'accumulation est et ouest de l'océan "où la densité des déchets est statistiquement élevée mais qui en aucune manière ne peut être qualifiée d'île de déchets."
 
Dès le 28 mars, le site d'information environnementale Econoticias rapportait les propos du gouverneur de la préfecture de Miyagi qui estimait qu'entre 15 et 18 millions de tonnes de déchets ont été produits le 11 mars. Un volume équivalant à quelques 23 ans de production normale de la préfecture, selon ce bilan provisoire ne tenant pas compte des voitures endommagées et les volumes de terre souillée. Début mai le quotidien Asahi expliquait que le volume de déchets, si l'on ajoute les préfectures de Iwate et Fukushima, serait de 25 millions de tonnes.

Ce volume à traiter par les Japonais dépasse ainsi les trois millions de tonnes du séisme de Los Angeles (Etats-Unis) de 1994, les 13 à 18 millions de tonnes du tremblement de terre de Marmara (Turquie) en 1999 et les 18 millions de tonnes du séisme de Kobé (Japon) en 1995, rapporte l'ONG Robin des Bois. Par contre l'ouragan Katrina, qui a frappé en août 2005 le sud des Etats-Unis, détient le record avec 90 millions de tonnes réparties en Alabama, Louisiane et Mississippi.

Un plan étalé sur trois à cinq ans

Pour le traitement de ces déchets, le gouvernement a mis en place un plan d'élimination prévoyant l'évacuation et le stockage des déchets avant un tri et un traitement. Un processus qui devrait durer de trois à cinq ans selon le projet officiel, mais qui pourrait prendre beaucoup plus de temps selon les autorités locales confrontées à la mise en œuvre concrète. En effet, de multiples problèmes se posent, selon le quotidien japonais Asahi Shinbun. En premier lieu, les zones utilisées à l'heure actuelle ne sont que provisoires ce qui implique la libération de vastes espaces d'ici un an afin de procéder au tri.

Robin des Bois rapporte qu'à Kobé environ 11 millions de tonnes de béton ont été utilisées pour le remblaiement de la baie d'Osaka et deux millions de tonnes de bois ont été récupérées. Cependant, cette fois-ci les déchets semblent différents puisque le bois, très utilisé dans l'architecture traditionnelle, compose une part importante des déchets à traiter. Alors que le pays brûle environ les trois quarts des déchets produits sur son territoire, un quart des déchets du tsunami (en poids) devrait être incinéré, réduisant de moitié le volume à traiter. Cependant, cette stratégie rencontre un problème de taille : une grande partie des déchets est souillée.

Émanations de chlorure d'hydrogène

En premier lieu, Robin des Bois souligne que "plus un pays est riche, plus les déchets post-catastrophe sont diversifiés, mélangés, considérables et toxiques." En effet, de nombreuses installations industrielles ont été dévastées entraînant "des pollutions diffuses d'hydrocarbures, de PCB, de pesticides, de peintures, de médicaments et d'autres toxiques."

Cependant, il semble que la principale inquiétude des autorités nipponnes soit plus banale : suite au tsunami, les déchets sont saturés de sel. Or, lors de la combustion le chlore contenu dans le sel se combine avec l'hydrogène contenu dans les déchets et forme du chlorure d'hydrogène, un gaz corrosif dangereux pour l'homme et pour les incinérateurs.

Des incinérateurs dédiés ?

En conséquence, le gouvernement a donné l'instruction de laisser à l'air libre les déchets afin que le sel soit rincé par les pluies. "Même si ce n'est pas la méthode parfaite, elle est réaliste", a estimé un représentant du ministère de l'Environnement, reconnaissant que la méthode ne dessale qu'en surface les monticules de déchets. La préfecture d'Iwate envisage pour sa part de rincer les déchets avant de les brûler. Cependant, il reste encore à trouver une solution de stockage de l'eau contaminée par le sel et les autres substances.

Autre solution évoquée : brûler les déchets en l'état et renforcer les systèmes de filtrage des incinérateurs nippons. Une solution qui limite la pollution de l'air, mais qui ne résout pas le problème des dommages causés aux incinérateurs.

Finalement, la préfecture de Miyagi devrait construire sept incinérateurs dédiés aux déchets du séisme pour ne pas endommager les installations existantes. Ces usines, financées par le gouvernement central, devraient être démantelées une fois les débris brûlés. Reste que brûler uniquement des déchets souillés concentre les émanations de chlorure d'hydrogène. Il faut donc construire des incinérateurs particulièrement performants en matière de contrôle des fumées.

Gravats, voiture, DEEE, plastique…

Au-delà des matériaux destinés à l'incinération Robin des Bois pointe les problèmes auxquels risquent d'être confrontés les filières de recyclage de l'archipel. En premier lieu, les déchets potentiellement recyclables sont probablement souillés au même titre que le bois.

Le non-respect de la législation obligeant le secteur japonais du bâtiment à trier et à recycler les déchets de démolition est le premier risque évoqué par l'ONG qui souligne que "70% des 2.670 décharges illégales répertoriées sur le territoire japonais proviennent des déchets du bâtiment." Quant aux déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE), la contamination des "un à deux millions" produits par le séisme complique leur recyclage.

S'agissant des déchets de plastique, des véhicules hors d'usage (VHU) et des métaux, ils sont généralement exportés vers la Chine, la Corée du Sud et Taïwan. Néanmoins cette solution sera difficile à appliquer "à cause des suspicions de contamination par des poussières radioactives."

Réactions1 réaction à cet article

 

Pourquoi pas monochlorure d'hydrogène pour H Cl , çà serait encore plus percutant. Il s'agit pour le commun des mortels tout simplement d'acide chlorhydrique qui à ces concentrations n'a rien de "dangereux pour l'homme". Dans le cadre de l'incinération ce dégagement est habituel car l'atome de chlore est très fréquent dans notre entourage, on ne demande pas de rincer les restes de cuisine pour en éliminer le sel, le PVC est infiniment plus chargé en chlore et il n'est pas demandé de l'éliminer.
Comme il faudra plusieurs années pour incinérer ces déchets , à raison de plus d'un mêtre de précipitation par an, ce sel se sera rincé largement et retournera quelques centaines de m plus loin dans la mer.
Si problème de sel il peut y avoir c'est au niveau des sols agricoles qui demanderont plusieurs années pour etre rincés.

VD69 | 09 juin 2011 à 11h06
 
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