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Déconfinement : les risques cachés mettant en péril la sécurité au travail

Les entreprises se préparent à recevoir de nouveau leurs salariés. Mais les mesures qu'elles mettent en place ne sont pas toujours adaptées et peuvent occulter d'autres risques, alerte l'INRS.

Risques  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com
Déconfinement : les risques cachés mettant en péril la sécurité au travail

« Certaines pratiques peuvent avoir des impacts délétères sur la santé, la sécurité et les conditions de travail des salariés ». Tel est l'avertissement lancé par l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) alors que beaucoup d'entreprises s'activent pour organiser le retour de leurs salariés dans leurs établissements.

Le ministère du Travail a publié, le 3 mai, un protocole national de déconfinement pour donner la marche à suivre aux entreprises. Ce document faisait suite à la publication de fiches délivrant des consignes de sécurité face au Covid-19 pour une quarantaine de secteurs d'activité. L'INRS a accompagné ces consignes d'un dossier spécial consacré à cette menace. Mais l'organisme de référence en santé au travail alerte aussi sur certaines mauvaises pratiques que les entreprises peuvent être tentées d'adopter, ainsi que sur la possibilité d'oublier les autres risques professionnels.

Éviter la désinfection hors risque biologique

L'Institut publie une série de recommandations sur la remise en route des bâtiments, qu'il s'agisse du nettoyage des locaux, de la remise en route des réseaux (eau, gaz, électricité), des systèmes de ventilation, de sécurité incendie ou de vérification des équipements techniques. Mais la mise en œuvre de ces recommandations doit rester adaptée à la situation de chaque établissement.

« Le virus du Covid-19 ne proliférant pas en dehors de l'hôte, il n'y a donc aucune raison de désinfecter après deux mois de fermeture des locaux de travail », explique Christine David, responsable du pôle risques biologiques de l'INRS. Dans la plupart des cas, un simple nettoyage par application d'un produit détergent suffit, la désinfection n'étant préconisée que dans les secteurs présentant un risque biologique comme les milieux de soins et les laboratoires. « Mal employé, l'usage répétitif d'un désinfectant de surface peut augmenter la résistance des autres micro-organismes (bactéries et moisissures) », prévient l'Institut.

 
Le virus du Covid-19 ne proliférant pas en dehors de l'hôte, il n'y a donc aucune raison de désinfecter après deux mois de fermeture des locaux de travail.  
Christine David, responsable du pôle risques biologiques de l'INRS
 
Concernant les systèmes de ventilation des locaux, ce dernier préconise de favoriser le renouvellement de l'air (dilution) mais de limiter son brassage (dispersion). « Pour les locaux équipés d'un simple ventilateur, d'aérotherme, de déstratificateur ou de climatiseur fonctionnant par recirculation d'air, il conviendra d'arrêter ces équipements afin d'éviter la dispersion des contaminants par le brassage de l'air », explique-t-il.

Baisse de vigilance en horaires décalés

Conformément aux principes généraux de prévention, les mesures de protection collective doivent être privilégiées sur les protections individuelles. Selon cette approche, et afin de limiter le nombre de personnes présentes simultanément dans les locaux, le ministère du Travail a notamment préconisé la mise en place d'horaires décalés.

Mais cette réorganisation du travail n'est pas sans incidence sur la santé et la sécurité des travailleurs. « Prévenir la dette chronique de sommeil est particulièrement important car elle a pour conséquence directe une baisse de vigilance qui peut être source d'accidents de travail ou de trajet », alerte Marie-Anne Gautier, expert d'assistance médicale à l'INRS. « Décaler les horaires ne doit pas entraîner d'augmentation de l'amplitude du temps de travail et le recours au travail de nuit doit rester exceptionnel », ajoute la docteure. De nombreuses grandes catastrophes industrielles ont eu lieu la nuit, les accidents de la circulation sont plus fréquents lors des trajets liés à ces horaires décalés et les postes de plus de douze heures de travail présentent un risque accidentel accru, rappelle l'organisme.

L'INRS se penche aussi sur la question du contrôle de la santé des salariés par les entreprises. Le ministère du Travail a déjà eu l'occasion d'indiquer que la généralisation des tests ou de la prise de température en entreprises n'était pas recommandée. Cette dernière, pratiquée en vue de repérer une personne possiblement infectée, peut être « faussement rassurante », explique l'INRS, car l'infection au Covid-19 peut être asymptomatique et une personne pourrait être contagieuse deux jours avant l'apparition des symptômes. L'Institut conseille en revanche aux salariés de prendre leur température avant tout symptôme évocateur de la maladie.

Ne pas oublier les autres risques

Au-delà des mauvaises solutions, l'organisme de prévention alerte aussi sur le risque que le Covid-19 écrase tout et fasse oublier les autres risques professionnels. « Chaque année, ce sont plus de 650 000 accidents du travail et près de 50 000 maladies professionnelles qui surviennent sur le lieu de travail », rappelle-t-il. En décembre dernier, l'Assurance Maladie avait révélé une hausse des accidents du travail, notamment dans le secteur de l'aide à la personne, de même qu'une augmentation des maladies professionnelles, en particulier les troubles musculo-squelettiques.

La crise du Covid-19 produit également de nouveaux risques. « Actuellement, travailler en contact avec le public expose les salariés à des risques accrus de violence et d'agression », explique Valérie Langevin, expert d'assistance conseil à l'INRS, qui insiste sur la nécessité de mettre en place les mesures de prévention qui s'imposent.

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