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L'écoconception, levier pour maintenir la compétitivité de l'Europe ?

Quatre grandes entreprises s'allient à la coalition d'ONG Coolproducts pour demander un renforcement et une amélioration de la réglementation Ecoconception. Elles y voient un levier de compétitivité et de nouvelles opportunités de marché.

Energie  |    |  Sophie Fabrégat  |  Actu-Environnement.com

Quel est le dénominateur commun entre SHS, Philips, Electrolux et Camfil Farr ? Toutes sont spécialisées dans l'électronique. Et toutes lancent un appel, aux côtés de la coalition d'ONG Coolproducts, pour demander à la Commission européenne d'accélérer le processus de la directive Ecoconception. Ce texte européen établit un cadre pour élaborer des normes obligatoires d'efficacité énergétique pour les produits marqués CE (obligatoire pour être vendu sur le marché européen) et pourrait évoluer prochainement vers des produits non liés à l'énergie.

Alors pourquoi des entreprises souhaitent-elles se voir imposer des normes environnementales plus strictes ? Outre de bonnes intentions environnementales, elles y voient surtout un facteur de compétitivité sur le marché européen et un levier d'innovation leur permettant d'être pionnières sur d'autres grands marchés.

 
La directive Ecoconception en bref La directive Ecoconception est complémentaire de la directive Efficacité énergétique : la première permet de tirer le marché vers davantage de performance en éliminant les produits les moins efficaces, tandis que la deuxième valorise auprès du consommateur (via l'étiquette énergie) les produits les plus performants.
Fin 2011, douze produits étaient encadrés par la directive Ecoconception(modes veilles et arrêts des équipements électriques et électroniques, décodeurs numériques simples, télévisions…). Quatre groupes de produits avaient entrepris une démarche volontaire (décodeurs numériques, imprimantes, imagerie médicale…) et 29 groupes faisaient l'objet d'une analyse.
Un groupe de produit peut être concerné pour cette réglementation européenne lorsque plus de 200.000 unités sont vendues annuellement sur le marché européen, lorsqu'il a un impact significatif sur l'environnement et/ou qu'il affiche un potentiel d'innovation. L'énergie utilisée par les produits entrant dans le champ de cette réglementation, participent à hauteur de 50% de la consommation d'énergie primaire européenne.
 

Un système gagnant-gagnant

Pour appuyer leur demande, les industriels mettent en avant un système gagnant-gagnant, en s'appuyant sur les résultats d'une étude publiée par Ecofys en avril dernier. Chacun y trouverait son compte : les consommateurs (économies d'énergie), les Etats membres (sécurité énergétique) et les industriels (compétitivité).

Les économies engendrées par les douze premiers produits couverts par la directive fin 2011 sont ainsi estimées à 376 TWh par an d'ici 2020, à l'échelle européenne. Quelques 120 milliards d'euros seraient économisés chaque année à la même échéance (économies brutes). Si l'on déduit les coûts d'investissements pour les industriels et les consommateurs (estimés à 25 % des économies réalisées selon l'exemple de 4 produits déjà encadrés), 90 milliards d'euros seraient économisés chaque année en 2020 grâce à la directive.

L'étude met également en avant l'impact positif de l'écoconception sur la compétitivité à long terme de l'industrie européenne (en particulier pour le secteur de l'électronique) à condition que celle-ci ait anticipé l'entrée en vigueur de normes plus strictes et que certaines entreprises ne soient pas contraintes d'arrêter la production de modèles non-conformes.

A l'export, les normes d'écoconception européennes peuvent constituer dans un premier temps un avantage, les entreprises européennes prennant une longueur d'avance, comme un inconvénient, avec parfois un coût des produits plus élevé. Mais à plus long terme, la lutte contre le changement climatique, la volatilité des prix de l'énergie et les questions de sécurité énergétique devraient favoriser les produits les plus performants. Une anticipation européenne sur ces questions serait donc une chance pour les entreprises de maintenir leur activité sur le long terme.

Parfois, les normes sont également nécessaires pour faire émerger sur le marché les produits les plus innovants et performants bien qu'ils soient plus chers, et éviter qu'ils ne restent un marché de niche.

L'appel des industriels

Mais pour davantage d'efficacité, les quatre groupes demandent à la Commission européenne de "définir des priorités claires et des calendriers à la fois ambitieux et réalisables pour toutes les catégories de produits, afin que les fabricants puissent s'appuyer sur les mesures entrant en vigueur à une date fixée à l'avance". Cela permet aux entreprises d'intégrer les changements de production dans le cycle de conception du produit et limiterait ainsi les coûts.

D'ailleurs les industriels demandent que la méthodologie utilisée pour définir les standards d'efficacité prenne mieux en compte l'innovation et les coûts.

Ils souhaitent également que soient consacrées "plus de ressources aux niveaux européen et nationaux au processus Ecoconception afin de réglementer plus de produits, et que les mesures soient mises en place dans les temps impartis et avec suffisamment d'ambition".

Dans une interview datant de décembre 2011, Joël Vormus, chargé de mission du Comité de liaisons pour les énergies renouvelables (Cler), partie prenante de Coolproducts, nous indiquait que les capacités du service dédié à ces questions au niveau de la Commission européenne avait deux fois moins de budget que les Etats-Unis et 10 fois moins que la Chine. Raison de plus pour que les industriels poussent l'UE vers davantage d'ambition.

Enfin, ils demandent que la surveillance du marché dans les Etats membres soit améliorée "afin de s'assurer que les consommateurs puissent avoir confiance en les étiquettes énergie, que les produits répondent bien aux exigences minimales et que tous les acteurs du marché soient traités sur un pied d'égalité".

Réactions3 réactions à cet article

 

Bienbienbien ... mais l'écoconception supprimera t'elle l'obsolescence programmée ? (pour tout ce qui ne se recycle pas hyper-facilement et dont la réutilisation est compliquée ou pas encore inventée...c'est à dire pour presque tout ce qui est électronique par exemple ...)

Lionel | 28 juin 2012 à 11h20
 
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... tous produits qui sont évidemment classés A+++! Bravo et merci pour le green washing institutionnel!

Albatros | 02 juillet 2012 à 10h23
 
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Comme vous l'avez souligné, ce dispositif européen présente un réel intérêt pour les produits de grande consommation consommateurs d'énergie durant leur utilisation. Cependant, l'AIMCC souhaite attirer votre attention sur le cas des produits de construction. En effet, s'il peut sembler naturel de vouloir réduire la consommation énergétique durant leur phase de fabrication, il est indispensable de mettre cette économie en regard de son impact sur la consommation énergétique du bâtiment lui-même.
Prenons un exemple pour illustrer cette problématique: une fenêtre doit être choisie en fonction de son utilisation dans le bâtiment afin que ses performances soient optimales. C'est pourquoi, un bénéfice énergétique potentiel ne doit pas se calculer sur la base de l'économie réalisée lors de la fabrication d'une fenêtre mais sur la base du différentiel entre l'économie à laquelle elle contribue dans le bâtiment, mise en regard avec le coût énergétique relevant de sa fabrication.

Patrick PONTHIER délégué général AIMCC | 27 juillet 2012 à 10h56
 
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