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“ "Efficacité énergétique : les politiques n'ont pas encore saisi l'importance de ce sujet" ”

Les associations environnementales ont boudé la table ronde sur l'efficacité énergétique. Pour Joël Vormus, chargé de projets du comité de liaison des énergies renouvelables (Cler), ce sujet doit être traité à l'échelle européenne. Mais il dénonce le manque d'ambition des Etats membres.

Interview  |  Energie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
   
“ "Efficacité énergétique : les politiques n'ont pas encore saisi l'importance de ce sujet" ”
Joël Vormus
Chargé de mission du Cler
   

Actu-Environnement : Le ministère de l'Environnement devrait prochainement présenter un programme national d'actions issu des travaux de la table ronde sur l'efficacité énergétique. Une première piste a filtré sur le bonus-malus appliqué à l'électroménager. Qu'en pensez-vous ?

Joël Vormus : Nous avons refusé de participer aux travaux de la table ronde car nous estimions que le sujet était trop important pour commencer à y réfléchir à six mois de l'élection présidentielle. Et on voit le résultat aujourd'hui, c'est davantage de la communication que du travail de fonds. Toutes les solutions avancées étaient déjà préconisées par les uns ou par les autres, rien n'a été inventé.

Le bonus malus sur l'électroménager, qui a priori est tombé à l'eau, était une bonne idée en théorie. Cependant, un tel dispositif nécessite beaucoup de précautions afin d'éviter les effets d'aubaine. Ceux-ci existent déjà, notamment avec l'étiquette énergie : les fabricants vendent parfois beaucoup plus cher des réfrigérateurs classés A+ ou A++ alors qu'il leur a suffi de poser davantage d'isolants par rapport à un produit à la performance moyenne… Le bonus malus pourrait amplifier ce type de dérive. Et puis je ne comprends pas pourquoi celui-ci serait appliqué aux téléviseurs. Considère-t-on que c'est un produit essentiel ?

AE : Vous participez à une campagne européenne sur la qualité environnementale des produits…

JV : En France, on est très franco-français. Dans les rapports de la table ronde sur l'efficacité énergétique, l'Europe n'a jamais été mentionnée. Alors que dans un marché mondialisé, c'est à l'échelle européenne qu'il faut agir pour être réellement efficace.

Le Cler est le relais français de la campagne Coolproducts qui réunit à l'échelle européenne des ONG dont l'objectif est de mettre en place des exigences environnementales minimales ambitieuses pour de nombreux produits de consommation. En Europe, deux textes peuvent agir sur cette problématique : la directive éco-conception et la directive sur l'étiquetage des produits utilisant de l'énergie (étiquette énergie). La première vise à définir des normes a minima d'efficacité énergétique pour les produits marqués CE (obligatoire pour être vendu sur le marché européen). Cela permet de pousser le marché vers le haut. La deuxième vise l'information des consommateurs, afin de tirer le marché vers le haut.

Sur ces deux textes, nous dénonçons le manque d'ambition de l'Union européenne. Si le Parlement européen est plutôt un moteur, certains Etats membres font tout pour limiter la portée de ces textes, parfois poussés par le lobbying de certains industriels. Et cela se ressent sur les capacités du service dédié à ces questions au niveau de la Commission européenne : celui-ci a deux fois moins de budget que les Etats-Unis et 10 fois moins que la Chine. Les politiques n'ont pas encore saisi l'importance de ce sujet et malheureusement, s'ils ne poussent pas à l'efficacité énergétique, le marché n'évoluera pas. La France devrait suivre l'exemple de l'Allemagne qui a publié récemment une note, cosignée par ses ministères de l'Industrie et de l'Environnement, invitant l'UE à accélérer la mise en œuvre de ces instruments, à respecter le calendrier de travail et à définir des standards d'efficacité énergétique ambitieux.

AE : Où en est-on concrètement dans l'application de ces deux textes ?

JV : Si les travaux avancent sur certains produits, ils sont bloqués depuis quatre ans sur les deux produits qui affichent le meilleur potentiel d'économie d'énergie pour les ménages : les chaudières et les chauffe-eau. Ces deux premiers postes de consommation énergétique ne sont toujours pas dotés d'étiquette énergie ni de normes minimales... Résultat : en France, les chaudières à condensation ne constituent que 40 % du marché et le crédit d'impôt ne suffit pas à augmenter leur pénétration du marché.

Parfois, ce sont les industriels eux-mêmes qui demandent davantage de réglementation. Au départ, les lampes basse consommation ne trouvaient pas de marché. Il a fallu une interdiction des ampoules à incandescence pour que celui-ci se développe. Aujourd'hui, les fabricants d'aspirateurs sont tombés dans une spirale infernale et demandent un encadrement réglementaire pour en sortir : on a fait croire aux consommateurs que plus l'aspirateur était puissant, mieux il aspirait et on est donc entré dans la course du toujours plus.

Avec l'étiquette énergie, le problème est que rapidement les produits sont surclassés. Le Bund [Amis de la terre Allemagne] a publié les premiers résultats d'une étude montrant qu'à peine appliquée aux téléviseurs, l'étiquette était déjà périmée. Alors qu'elle est conçue pour qu'il y ait autant de produits au dessus de la moyenne qu'en deçà, aujourd'hui, tous les téléviseurs affichent les notes A, B ou C. Même problème avec la nouvelle étiquette énergie. Les classes A+, A++ ou A+++ ont été crées pour laisser une place à l'innovation en attendant une révision de l'étiquette. Pourtant, aujourd'hui, dès le lancement de l'étiquette, des produits affichent des A+. Pour les lave-linge, l'exemple est encore plus fort : celui qui affiche A est aujourd'hui le moins performant, alors que dans l'esprit du consommateur, A est une bonne note.

Nous regrettons de plus que la sobriété soit si peu abordée. Pour les téléviseurs par exemple, la note de l'étiquette n'est pas proportionnée à la taille de l'écran. Alors qu'aux Etats-Unis, ce critère commence à être pris en compte dans le cadre du label Energy Star : un écran de grande taille ne peut pas obtenir la meilleure note.

Enfin, selon nous, d'autres critères devraient être pris en compte comme le cycle de vie complet d'un produit, l'énergie utilisée pour la production, la réparabilité, la recyclabilité…

AE : Beaucoup de travail reste à faire…

JV : Il y a néanmoins des évolutions positives. L'étiquette énergie va bientôt concerner non seulement les produits qui consomment de l'énergie mais aussi ceux qui induisent des consommations d'énergie, comme les fenêtres, les isolants, les pommeaux de douches, les détergents.  les lave-linge ont l'obligation d'avoir un programme de lavage à froid (20°C). Mais si les détergents mis sur le marché ne fonctionnent pas lors d'un lavage à froid, cela n'a aucune utilité. D'où l'intérêt d'ouvrir davantage la liste des produits concernés.

Réactions2 réactions à cet article

 

Très intéressant. Merci de l'interview

Kent | 08 décembre 2011 à 14h33
 
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Grand merci à M. Vormus qui porte un discours clair mettant en évidence la dérive de la labellisation à outrance. Il faut se méfier de la communication, des étiquettes et des labels simplistes qui trompent les consommateurs. C'est valable pour toutes les étiquettes et pour tous les labels, bien entendu!

Albatros | 08 décembre 2011 à 15h37
 
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