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Efficacité énergétique : une amélioration nécessaire mais pas suffisante

Deux programmes européens, El Tertiary et Remodece, se sont attachés à analyser les consommations d'électricité dans le tertiaire et le résidentiel. Résultat : les gains d'efficacité énergétique ne sont pas synonymes de baisse de consommation.

Energie  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
   
Efficacité énergétique : une amélioration nécessaire mais pas suffisante
© Onidji
   
Les consommations énergétiques ne cessent de croître, dans le résidentiel comme dans le tertiaire. Le secteur du bâtiment est responsable de 43 % des consommations énergétiques en France et du quart des émissions de gaz à effet de serre. Pour agir sur ces consommations croissantes, deux projets européens ont été initiés en 2005 afin de servir de cadre de réflexion pour la Commission européenne et d'enrichir la réglementation existante. El Tertiary et Remodece dont l'ADEME est partenaire, visaient à mieux appréhender les différentes utilisations de l'électricité et ainsi proposer des pistes d'amélioration, dans le tertiaire et le résidentiel. Les conclusions de ces deux études sont sans appel : malgré une large amélioration de l'efficacité énergétique des équipements, ces progrès sont compensés par l'évolution des comportements et des besoins.
Multiplication des équipements électriques, nouvelles offres, performances toujours plus élevées… font que les économies d'électricité gagnées d'un côté sont compensées par de nouvelles consommations. Il y a eu énormément d'efforts réalisés, notamment sur la veille des appareils électriques, ce qui a engendré des économies d'énergie. Mais on constate toujours une surconsommation due à l'apparition de nouveaux équipements, explique Sarah Dukhan, ingénieur des projets internationaux au département Marchés et services d'efficacité énergétique de l'Ademe.
L'effet rebond constitue en effet l'un des effets pervers de l'amélioration de l'efficacité énergétique. Les gains d'efficacité des appareils électriques réduisant les coûts d'utilisation, l'économie dégagée est reportée sur d'autres produits, d'autres consommations. Les téléviseurs consomment moins d'électricité ? Cette performance va être amoindri par le développement d'écrans de plus en plus grands ou l'ajout de nombreux périphériques. Au final, la consommation d'électricité n'aura pas baissé ou aura même augmenté.

Résidentiel : la modernisation des équipements engendre une surconsommation

Dans le résidentiel, malgré des améliorations significatives des appareils électriques et électroniques, la consommation énergétique ne cesse d'augmenter. Nouveaux équipements et nouveaux comportements sont à la source de cette croissance des consommations.
Le projet Remodece (Residential Monitoring to Decrease Energy Use and Carbon Emissions in Europe) a permis de mieux connaître la consommation d'énergie chez les ménages et d'analyser les comportements et les évolutions de la demande. L'étude a plus précisément porté sur les postes audiovisuel et informatique, qui ont le plus évolué au cours de ces 5 dernières années.
Malgré une nette amélioration des technologies des téléviseurs, notamment au niveau de la veille, la consommation électrique liée à ce type d'équipement a été multipliée par 2,2 en 12 ans en France. La taille des écrans, plus grands, plus puissants donc plus énergivores, est à l'origine en partie de cette hausse de consommation. Un écran plasma, par exemple, consomme deux fois plus que le bon vieux tube cathodique. Mais pas seulement : les comportements ont également évolué. Les Français regardent de plus en plus la télévision : + 15 % en 12 ans.
La multiplication des périphériques est également en cause : un démodulateur (ou décodeur) consomme 84 kWh/an, dont 80 % en marche, 20 % en veille. 16 % des logements le laissent en permanence allumé, 19 % l'éteignent lorsqu'ils ne l'utilisent pas. Si les lecteurs DVD consomment moins que les magnétoscopes, les consoles de jeux, elles, sont de plus en plus performantes et donc énergivores. Les fabricants multiplient par 10 la puissance appelée tous les 5 ans selon l'étude.
Concernant le poste informatique, il apparaît que l'ordinateur portable consomme moins qu'une unité centrale et que l'utilisation moyenne journalière d'un portable est moins importante : 5h contre 7h18 pour une unité centrale. Comme pour les téléviseurs, la taille de l'écran joue sur la consommation. A noter toutefois que l'écran LCD, de plus en plus répandu, consomme moins que le CRT. Les périphériques sont également très énergivores : le modem reste généralement allumé 24h/24, il consomme 55 kWh/an, ce qui le place sur la première marche du podium des périphériques les plus consommateurs.

A noter néanmoins quelques progrès technologiques et comportementaux : la consommation annuelle des appareils de froid et des lave-linge a diminué, les puissances de veilles ont été fortement réduites et les arrêts des équipements sont plus fréquents. Mais les économies d'énergie ne sont pas au rendez-vous : les usagers réinvestissent les gains des économies dans plus de services ce qui génère une consommation supplémentaire et une réduction, voire une annulation, des économies d'énergie, note le rapport.
Il faudrait que la réflexion soit initiée dès la mise en place de ces appareils, au niveau des fabricants. Il faut qu'il y ait une réglementation plus stricte, notamment avec des limitations de puissance, explique Sarah Dukhan.
Parmi les recommandations de l'étude, le développement d'appareils multifonctions ou la substitution d'un appareil par un autre (ordinateur à la place de la télévision par exemple) pourraient apporter une économie sensible. Une meilleure sensibilisation des usagers doit également être envisagée, notamment au niveau du taux de renouvellement des appareils.
La combinaison entre l'amélioration des comportements humains et des performances technologiques pourra contribuer à une baisse significative des consommations, conclut le rapport.

Tertiaire : la sensibilisation et la réglementation pour gagner en efficacité énergétique

Dans le tertiaire, la grande hétérogénéité des structures (bureaux, commerces, hôpitaux, aéroports…) ne permet pas de dégager des indicateurs communs. Malgré tout, l'éclairage, la bureautique, les TICs, la gestion du froid et du chaud apparaissent comme les principaux usages d'électricité sur lesquels des voies d'amélioration sont possibles.
En France, les gisements d'économies d'énergie observés sur chacun des bâtiments sont différents selon l'usage. Pour certains, ce sont des systèmes de ventilation et de conditionnement d'air qui ne sont pas pilotés le week-end, des TIC (les imprimantes et les photocopieurs) qui restent en veille inutilement. Pour l'éclairage, l'utilisation de lampes halogènes reste encore trop importante et les éclairages ne sont pas assez pilotés.
La mise en place de gestions automatisées des équipements (chauffage, climatisation) ne semble pas très pertinente. Une meilleure implication des utilisateurs dans la gestion de ces équipements pourrait en effet permettre des économies d'énergie. Nous nous sommes rendu compte que la gestion centralisée de ces équipements ne convenait pas au confort de l'usager. Il aura tendance par exemple à ouvrir la fenêtre s'il a chaud alors que le chauffage fonctionne, note Sarah Dukhan.
Les gisements existent donc, sans besoin d'une grande révolution ! Une meilleure sensibilisation et implication des usagers et l'élargissement des normes à l'existant pourraient dessiner la voie d'une diminution des consommations énergétiques dans le tertiaire.

Réactions13 réactions à cet article

 
un début de prise de conscience ?

C'est la première fois que je rencontre un article qui signifie que l'important n'est pas l'efficacité énergétique, mais bel et bien avant tout la diminution des consommations.

Toutes les théories et réflexions mènent toujours à ce sens : diminution des consommations, efficacité énergétique et énergie renouvelable. Pourquoi toujours retirer le premier terme de l'équation sans qui rien n'est possible ?

julien.yung | 23 juillet 2008 à 09h57
 
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ENFIN

Enfin, cela fait longtemps que j'attendais. Dans cette article tous est vrai. Penser aussi au recyclage obligatoire dans les société.

Anonyme | 23 juillet 2008 à 13h34
 
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Re:un début de prise de conscience ?

Il manque à mon sens un quatrième paramètre fondamental : la périodicité de remplacement des produits. Un appareil, quel qu'il soit, possède un cycle de vie qui lui également coûte très cher en énergie qu'on appelle "grise" : extraction du minerai, transport, fabrication de l'acier, transformation en objet, fabrication du produit, stockage, re-transport, distribution, coût de maintenance, de remplacement lorsqu'il s'agit d'une pièce détachée "consommable", recyclage plus ou moins facile (et lorsqu'on l'a péniblement recyclé une ou deux fois, que fait-on des déchets ultimes incapables de réintégrer le cycle naturel ? - cela aussi a un coût)... Changer par exemple de voiture tous les ans pour gagner 2dl de consommation au 100 est anti-écologique puisqu'on ne se laisse pas le temps nécessaire pour rentabiliser écologiquement son achat. Autre exemple ? Le téléphone portable : il y a plus de téléphones oubliés dans les tiroirs qu'en état de fonctionnement. Aberrant !

suzzarini jf | 24 juillet 2008 à 09h16
 
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Le vrai problème

Cet article soulève un point essentiel: on veut tous croire que la technologie nous sauvera, et nous permettera garder notre confort tout en étant plus écologiques. Ben non! c´est l´économie qui commande vraiment: les sous! C´est ça le vrai paramètre qui commande la consommation.
Je vois comme unique et vraie solution augmenter le prix de l´énergie. Ca pourrait être fait par paliers, comme les impôts, pour ne pas pénaliser les plus défavorisés. Je ne vois pas d´autre solution. Mais quel homme politique aura le courage de nous dire la vérité? Et quels citoyens celui de l´accepter?

Calakmul | 25 juillet 2008 à 05h53
 
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Oui, très bien, mais

pourquoi ne regarde -t-on pas mieux comment la taxe d'habitation, et la taxe foncière, sont calculées ? Et plutôt que d'inventer de nouvelles taxes, commençons par adapter les taxes existantes à l'écologie :
- personne ne sait vraiment, à part ceux qui les calculent, comment ces deux taxes sont établies;
- pourquoi ne pas y intégrer (à moins qu'ils y soient déjà) des éléments liés à l'occupation de l'espace (résidence secondaire, garage, piscine, surface, terrain..) ?
- pourquoi ne pas y intégrer des éléments liés à la consommation énergétique ?
Il ne s'agit pas de payer plus mais de mettre en valeur les éléments qui permettraient de réduire le coût écologique des habitations.

René-Pierre | 25 juillet 2008 à 11h25
 
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depuis l'aube de l'humanité...

... une amélioration de l'efficacité énergétique a toujours conduit à une hausse de la consommation d'énergie.
Si beaucoup de débats tournent en rond, c'est peut être parce qu'il est très facile de se tromper sur la nature de l'énergie? et difficile de voir à quel point elle est imbriquée dans l'activité humaine?

Comme ça va nous tomber dessus, il faut encore plus se hâter... de "décarboner" l'énergie. L'ordre de grandeur du sujet, c'est lui l'important.

Toto | 26 juillet 2008 à 13h03
 
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Re:Oui, très bien, mais

C´est une bonne idée.
D´ailleurs, la consommation d´énèrgie est très bien corrélée avec la richesse des individus, et sûrement aussi avec le type de maison, sa surface, picine, etc. Peut-être il suffirait de transformer toutes ces taxes en 1 seule appliquée selon des paliers à la consommation d´énergie. ça me paraîtrait assez juste, et beaucoup plus simple à appliquer: selon le reçu d´EDF!.

PS: Pour ce type d´analyse, je recomende lire "Le plein svp" de Jancovici.

Calakmul | 26 juillet 2008 à 14h58
 
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Re:depuis l'aube de l'humanité...

"décarboner" tout à fait d'accord ! C'est vraiment A LA SOURCE qu'il faut attaquer le problème du réchauffement climatique.
Agir sur les conséquences (économies de consommation) c'est déjà bien mais cela ne suffira pas.

Picardie | 28 juillet 2008 à 16h23
 
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C'est Le vrai problème

Je suis tout à fait d'accord avec vous !! Seul le porte-monnaie dicte efficacement une conduite vertueuse. C'est, de loin, le paramètre le plus influent du comportement.

Cependant, c'est au scientifque, à l'ingénieur et au journaliste de faire comprendre au citoyen la nécessité de changer nos comportements. Alors là seulement, le citoyen poussera le politique à l'action. En démocratie, le sens inverse est impossible !!

Fragued | 28 juillet 2008 à 19h25
 
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Re:C'est Le vrai problème

Tout-à-fait. Et là commencent les problèmes: car nous avons la tête remplie de messages publicitaires bombardés depuis des décennies qui nous poussent à la consommation, avec des lobbies trés puissant dèrrière, en nous faisant croire que grosse consommation=bonheur, et austerité=malheur. Comment le scientifique, l´ingénieur ou qui que soit peuvent révertir ce lavage de cerveau dans trés peu de temps, et influencer la démocratie pour élire ceux qui vont prendre ces mesures? Ce que je veux dire, c´est que c´est une bataille de David contre Goliath qui vient jste de commencer, qui certes commence à donner quelques petits résultats... Sans parler de l´héresie économique que je viens d´exposer (ça implique peut-être de considérer une non-croissance du PIB comme progrès, à mon avis).

Calakmul | 30 juillet 2008 à 04h40
 
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"besoin"...non, envie serait plus juste

Et envie provoquée par la société de consommation qui nous pousse à toujours plus. Agissons par là.

Et puis plus pragmatiquement, généralisons dans les logements les prises commandées...et hop, plus veille pour un coût plutôt insignifiant.

romu | 31 juillet 2008 à 10h00
 
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Et les ballons d'eau chaude ?

l'eau chaude sanitaire ( ECS ) représente 50% des consommations usuelles ( hors chauffage ) . A l'achat, les ballons d'eau chaude (pour le résidentiel) sont trés peu isolés ; c'est fort dommage, car le rajout d'environ 10 cm d'isolant permet des économies trés importantes > 1000 kWh / an, pour un 350 litres !

Ol1 | 05 novembre 2008 à 17h03
 
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LIENS VERS LES ETUDES ?

Pourriez vous indiquer les liens vers les etudes en question ? merci

Cristobal | 11 décembre 2008 à 15h44
 
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