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EnR : la clé de l'indépendance énergétique en Outre-mer

Pour le Cese, les collectivités ultra-marines présentent un immense potentiel dans le champ des EnR, qui permettraient de réduire la dépendance aux importations d'énergies fossiles et de répondre à une demande croissante d'électricité.

Energie  |    |  Angela Bolis Actu-Environnement.com
   
EnR : la clé de l'indépendance énergétique en Outre-mer
   

En Outre-mer, la quasi-totalité de l'énergie – en pétrole, gaz et charbon – est importée. Pourtant, ces îles et territoires ne manquent pas de potentiel en termes d'énergie solaire, éolienne, marine, géothermique, hydraulique et autres renouvelables. Un avis du Conseil économique, social et environnemental (Cese), voté à la quasi-unanimité, encourage donc à aller de l'avant dans ce sens : "Ces territoires, parallèlement à des efforts d'économie, de maîtrise et d'amélioration de leur efficacité énergétique, doivent pouvoir tabler davantage que la France métropolitaine sur les énergies renouvelables", estime-t-il.

En effet, au regard de l'objectif métropolitain de 23% d'EnR d'ici 2020, les territoires ultra-marins sont déjà bien avancés. Mis à part Wallis-et-Futuna, Saint-Pierre-et-Miquelon, la Martinique et Mayotte, où elle est de moins de 10%, la part des EnR s'élève jusqu'à 56% en Guyane. Elle avoisine le quart de la production d'électricité en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française, et le tiers en Guadeloupe et à la Réunion. A noter que l'hydraulique est déjà bien développé sur ces quatre territoires.

Par ailleurs, si la consommation énergétique est encore basse dans la plupart des Outre-mer, elle promet d'augmenter rapidement, suivant la croissance démographique et économique de ces territoires. Pour l'instant, mis à part Saint-Pierre-et-Miquelon et Saint-Barthélemy, la majorité des Dom-Tom consomme deux fois moins d'énergie qu'en France métropolitaine : ainsi, en valeur absolue par habitant et par an, la métropole dépense 79.000 kiloWatts/heure (kWh), contre 34.000 kWh en Guadeloupe, 23.000 à la Réunion, et jusqu'à 7.000 à Mayotte.

Vers l'indépendance énergétique

Fortes croissances de la consommation et dépendance aux importations d'énergie fossile incitent les collectivités ultra-marines à tabler sur d'ambitieux projets, avec l'objectif d'atteindre l'autonomie énergétique – pour la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion et la Guyane – à l'horizon 2030 (loi du Grenelle I). Avec en parallèle, pour ces quatre régions, un objectif de 50% d'EnR dans la production électrique dans les mêmes délais. Même en Polynésie, territoire non soumis au Grenelle, un objectif de 50% d'EnR d'ici 2020 et de 100% d'ici 2030 a été instauré dans les lois du pays. Par ailleurs, un plan Energie-climat doit être adopté dans chaque collectivité d'ici 2012 : production d'eau chaude sanitaire et climatisation alimentées par l'énergie solaire, diminution de la climatisation, maîtrise des consommations, etc.

Du point de vue de l'économie française, le succès de ces projets ferait des collectivités ultra-marines un "laboratoire du mix énergétique national" selon le Cese, par exemple en expérimentant dans les technologies de la géothermie et des énergies marines. Elles feraient également office de "vitrine du savoir-faire", qui permettrait aux entreprises françaises de mieux se positionner sur l'export. Le tout en s'appuyant sur un soutien de l'Union européenne.

Miser sur la R&D

Afin de répondre à ces ambitions, le Cese formule un certain nombre de propositions, qui portent en premier lieu sur le renforcement de la recherche & développement. Le Conseil préconise ainsi de concentrer ces efforts sur le stockage d'énergie, afin de répondre à la contrainte de l'intermittence propre aux EnR. Des lagons artificiels pourraient par exemple emplir une fonction similaire aux lacs de barrage plus classiques. Autre domaine d'innovation : les smart grids, qui permettraient d'optimiser le réseau et de prévoir au mieux la production d'énergie. Enfin, le Cese met l'accent sur les démonstrateurs de recherche sur les nouvelles technologies de l'énergie (NTE), regrettant qu'aucun des projets ultra-marins, dans le cadre d'un AMI sur les énergies marines de l'Ademe en 2008, n'ait été retenu. Il s'agit donc de stimuler ces innovations expérimentales dans des énergies peu développées mais à fort potentiel, notamment en instaurant des tarifs spéciaux d'achat, voués à diminuer progressivement par la suite.

De manière générale, le Cese encourage la recherche afin d'adapter les produits aux contraintes climatiques propres à l'Outre-mer, telles que les cyclones. Enfin, cette R&D gagnerait à être davantage reliée à la France métropolitaine. Dans le domaine des énergies marines par exemple, un lien entre les collectivités et les pôles de compétitivité mer de Bretagne et Paca serait judicieux selon le Cese, qui évoque également une mise en réseau des entreprises, des grands groupes aux PME.

D'autres pistes pour stimuler les EnR

Autre terrain de progrès des Dom-Tom en matière d'EnR : organiser un meilleur pilotage dans la chaîne de production et de distribution de ces énergies, en prenant appui sur les plus matures, comme la géothermie en Guadeloupe ou la biomasse en Guyane. Il s'agit également de coordonner l'ensemble d'une filière, en se préoccupant par exemple de l'exploitation durable du bois dans le cas de la biomasse.

C'est enfin dans les transports et dans l'habitat que des évolutions sont attendues. Pour des déplacements sans énergie fossile, pourquoi ne pas développer le co-voiturage ou l'auto-partage, propose le Cese. Ou encore le développement d'un carburant biométhane, produit localement en recyclant les déchets organiques. D'autre part, les plans d'urbanisme doivent permettre d'intégrer des bâtiments à haute qualité environnementale, à haute performance énergétique, voire à énergie positive.

Du côté des financements, le Cese préconise de jouer sur différents leviers, tout en réaffirmant une nécessaire solidarité nationale. Il en est ainsi de la Contribution au service public de l'électricité, qui doit être revue sans être abandonnée. Elle permet en effet d'amortir les surcoûts de territoires insulaires non interconnectés, et ceux propres aux EnR. Les tarifs d'achat spécifiques à l'Outre-mer, plus élevés qu'en métropole, devraient aussi être maintenus, ou évoluer en douceur, afin de soutenir cette politique énergétique. Autre outil : des mesures d'incitations fiscales, et à l'inverse, de dissuasion pour les énergies fossiles et les équipements énergivores. Enfin, les prix des carburants, question sensible socialement, devraient idéalement être augmentés afin d'inciter à des économies d'énergie, tout en prenant garde à ne pas pénaliser les ménages modestes.

Réactions2 réactions à cet article

 

C'esy juste, mais encore faut il qu'on nous laisse faire. Que par ailleurs le prix de rachat soit attractif, que les taxes d'importations pour l'acquisition de matériel soient corrects et qu'enfin cesse le monopole de la distribution de l'énergie. Ceci prévaut y compris pour le réseau télécoms, le bouquet satellite et le la distribution de la viande...etc..... et bien d'autres abérrations!!!!!!

pengcore | 21 juillet 2011 à 09h20
 
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Avec ma, petite, socièté locale, nous avons réalisé il y a deux ans la première installation photovoltaïque (18 kWc) pour la collectivité de St-Barthélemy. En plein moratoire, le tarif de rachat a été divisé par 2, le dossier ayant été volontairement oublié pendant des mois. Le raccordement ERDF a mis plus d'un an a être réalisé et j'en passe sur les modifications de normes techniques, etc...
Si l'on veut développer une filière et répondre aux bonnes intentions (publiques et privées), il faut que l'administration suive et arrête de mettre des bâtons dans les roues. L'énergie PV, même si elle ne résout pas tout, coûte deux fois moins chère à produire que celle (en prix réel) de sortie d'usine thermique....Réflexe typiquement français, l'état a voulu récupérer l'élan et concentrer les pouvoirs sur EDF. Ce sont 15 000 emplois issus des PME et TPE qui se sont retrouvés sur le carreau dans la filière, exactement à l'inverse de l'Allemagne. Il faut être clair, inciter, valoriser l'autoconsommation et sortir des lourdeurs administratives. Le kWh photovoltaïque est aujourd'hui le plus économique dans les territoires tropicaux, sans ressources hydroélectriques. Cela aura aussi pour effet d'alléger la contribution au réseau, la fameuse péréquation, qui ne se justifie absolument pas sur des territoires actuellement en plein gaspillage d'énergie...

energies-sb | 22 mai 2012 à 10h22
 
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