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Actu-Environnement

Les enjeux de l'agriculture de demain

Les systèmes de production actuels, hérités de la phase de modernisation agricole, doivent évoluer pour répondre aux défis de demain. Enjeux environnementaux et sanitaires en font partie. Le pôle EGER de l'INRA fait le point.

Agroécologie  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
L'agriculture doit évoluer. L'utilisation excessive de produits phytosanitaires, les techniques de travail des sols et l'organisation de la production doivent nécessairement s'adapter pour répondre aux enjeux actuels. Changement climatique, épuisement des ressources fossiles mais aussi enjeux environnementaux (protection de la biodiversité, lutte contre les pollutions…) et sanitaires imposent un changement de modèle pour tendre vers plus de durabilité.
Le système de culture intensif, fondé sur la recherche de forts rendements et donc très consommateur de pesticides, lancé après-guerre, reste le modèle dominant aujourd'hui en France. Pourtant, d'autres voies montrent que d'autres modes de productions sont possibles : l'agriculture intégrée voire raisonnée ou encore biologique.
Le pôle EGER de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) fédère des unités de recherche travaillant sur les thématiques de l'agriculture et l'environnement. L'objectif est de répondre aux demandes sociétales d'adaptation des systèmes de production. Une dizaine d'unités pluridisciplinaires travaillent actuellement sur ces sujets. Un forum était organisé le 25 juin dernier sur le thème « concevoir l'agriculture du futur ».

Emettre moins de gaz à effet de serre

Comme toutes les activités humaines, l'agriculture est source de gaz à effet de serre. Selon l'INRA, elle aurait contribué en 2008 à 20 % du pouvoir de réchauffement global. Les principales émissions directes concernent le méthane et le protoxyde d'azote. L'agriculture serait à l'origine de 80 % des émissions de méthane, principalement liée à la fermentation entérique des ruminants. 83 % des émissions de protoxyde d'azote en France proviendraient des sols cultivés, conséquence de la fertilisation azotée des cultures et prairies, incluant les apports d'effluents organiques. Les émissions de dioxyde de carbone sont quant à elles limitées (2 %) car seule la consommation de carburants fossiles est prise en compte.
La recherche travaille aujourd'hui à l'élaboration de systèmes de production avec pour objectif de réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre. Mais il reste difficile d'évaluer précisément ces flux d'émissions diffuses, qui dépendent également d'autres variantes (climat, sol…).

Utiliser moins de pesticides

Les pesticides utilisés pour traiter les cultures persistent en partie dans les sols et sont également transférés dans les eaux de surface et l'atmosphère. Cette dispersion dans l'environnement est problématique en France, d'autant que le pays est le premier consommateur de produits phytosanitaires européen. La société s'oppose d'ailleurs de plus en plus à l'usage de ces substances, en raison de leur dangerosité pour la santé et l'environnement. Selon un sondage Ifop / Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures (MDRGF), paru en octobre 2008, 95 % des personnes interrogées jugeaient très important (70 %) ou important (25 %) que les agriculteurs diminuent de moitié la fréquence des traitements des cultures par des pesticides dans les 10 ans à venir.
Si la recherche travaille à une amélioration des produits utilisés afin de favoriser une meilleure dégradation des molécules (substances plus efficaces à plus faible grammage), une révolution des modes de culture est aujourd'hui indispensable. En effet, les pratiques agricoles actuelles sont très dépendantes des pesticides, qui constituent, selon l'INRA, la pièce maîtresse autour desquels les systèmes de cultures sont produits.
La lutte non chimique doit être développée, accentuée. La recherche exploite diverses voies aujourd'hui : lutte génétique (sélection des plantes les plus résistantes, croisements…), changement de pratiques (labour, rotation des cultures…)… Si la première solution pose un problème de diversité des cultures, la deuxième est sérieusement envisagée : la voie empruntée par l'agriculture biologique montre qu'une diminution importante de l'utilisation des pesticides est possible aujourd'hui. Les solutions existeraient aujourd'hui pour de nombreuses cultures mais ne sont malheureusement que trop rarement mises en œuvre. La dissémination de ces pratiques tarde !

Protéger les sols

L'agriculture participe également, avec l'industrie et les autres activités humaines, à la modification et donc à la fragilisation des sols. Pollutions multiples mais aussi érosion, tassement (…) conduisent à une perte de la fonction des sols aujourd'hui, pourtant indispensable pour la sauvegarde de la biodiversité mais aussi pour de nombreux services (filtration de l'eau, captage de carbone…). Un changement des pratiques est là aussi nécessaire pour lutter contre l'appauvrissement des sols.

Réactions6 réactions à cet article

 
quelques confusions...

Article très intéressant. Il y a toutefois deux petites confusions :
- l’agriculture raisonnée n'est pas une voie de l'agriculture intégrée, elle impose seulement le respect des bonnes pratiques agricoles et n'est donc que le prolongement de l'agriculture intensive ;
- les notions de "dégradation des molécules" et de "substances plus efficaces à plus faible grammage" sont deux choses bien distinctes, des molécules actives à faible dose pouvant être très stables et donc non dégradables.
Enfin, le terme de "lutte génétique" fait plus penser aux funestes OGM plein champs qu'à la sélection génétique des cultivars et races domestiques, pratiquée depuis des millénaires...

Tetrax | 16 juillet 2009 à 09h42
 
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de la crédibilité de l'INRA

comment l'INRA veut-elle etre crédible aujourd'hui, alors que c'est l'état donc l'INRA qui a poussé les agriculteurs vers la production intensive actuelle.
avant de donner des leçons, un mea culpa me semblerait salutaire.

FE | 17 juillet 2009 à 17h02
 
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Mieux vaut tard que jamais.

Que l'INRA se rende compte des dégâts provoqués par l'agriculture intensive et sa cohorte de pesticides associée, va plutôt dans le bon sens, mais il ne faudrait pas que ce ne soient que des mots!Où sont les réalisations concrètes ( or expériences, la France est très forte pour faire des expérimentations probantes mais rarement suivies de réalisation)? Quelle part pour les solutions 'de bon sens', dans les lycées agricoles? Nos jeunes sont formatés pour l'agriculture intensive supportée par la chimie, c'est là qu'il faudrait commencer à changer les choses. D'autre part, les jeunes ne trouvent pas de terres à cultiver en Bio ou n'ont pas les moyens de les acheter, tout est accaparé par les cultures intensives.Quant aux produits chimiques, il faut arrêter l'hypocrisie qui consiste à dire qu'on réduit les grammages donc la toxicité! Les nouveaux produits sont toujours aussi toxiques voire plus, du fait que leur seule présence, indépendamment de la dose, pose problème (effets mutagènes, reprotoxiques , cancérigènes).
Quant à dire que sélectionner des variétés résistantes pose un problème de biodiversité, on aimerait entendre la même critique concernant les plantes OGM et les semences brevetées qui elles, conduisent à une perte radicale de la biodiversité.
Allez, l'INRA, encore un petit effort pour promouvoir, pendant qu'il en est encore temps, une agriculture propre, celle qui nourrit son monde sans l'empoisonner ni détruire la nature.

Ya Basta | 17 juillet 2009 à 18h16
 
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Ingenieur agro

- cet article souligne l'importance des contrôles des résidus dans les produits commercialisés en France et en particulier / ceux importés (notamment hors Europe)et ceci sur le plan France et Europe Une dynamique avait été lancée dans ce sens mais il faudrait plus de moyens, une volonté politique.
Il est important de développer les filières BIO mais il est regrettable qu'il n'y est actuellement en France qu'une pensée unique de tous ceux qui s'expriment sur les ondes, ne jurant que pour le BIO et diabolisant le reste et du coup d'autres facteurs de progrés pour le consommateur sont négligés.
Réaction vis à vis du commentaire laissant croire que les produits actuels sont aussi toxiques voire plus que les anciens: celui qui a écrit cela ne connait pas le sujet et l'évolution des dossiers toxico/ la protection phytosanitaire notamment depuis 1990.A vouloir être passionné et plus "royaliste que le roi"....peut nuire à la crédibilité....
- quant au commentaire / manque de terre:à remarquer aussi que dans certaines zones,terres avec menace de n'avoir pas d'agriculteurs pour succéder à ceux qui partent à la retraite. le vrai problème, c'est le manque d'engagement, de stratégie / Bio des Chambres d'agriculture!!
Pour finir: dommage qu'il n'y est pas aussi plus de mise en avant des productions "raisonnée ou intégrées..." Exemple d'une marque de tommates bien connue produite en culture "intégrée" et présente dans des hypers mais rien ne permet au client potentiel de la distinguer facilement des tomates avec un type de production non identifié....

ACONTRECOURANT | 22 juillet 2009 à 15h40
 
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les systémes de production

Il me semble qu'avant de porter des jugements définitifs il faudrait bien connaitre tous les aspects du probléme , le labour, c'est trés bien pour détruire les mauvaises herbes mais il est connu qu'il génére d'énormes quantités de co2 (activation de la microflore et relargages de gaz sans compter l'énergie utilisée pour labourer .) quand aux pesticides il faut vraiment savoir de quoi l'on parle !
la France étant un pays viticole, une grande partie esr constituée de produits a base de soufre et de cuivre trés pondéreux ( et utilisés en Bio quoique trés toxiques )

forestier | 03 août 2009 à 11h46
 
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consommation de pesticides

Que la dispersion des pesticicides dans l'environnement soit une réelle problématique, j'en suis convaincue. Mais pourquoi dénoncer en parallèle le fait que la France soit le premier "consommateur" de pesticides? La France est également le premier producteur agricole européen en ce qui concerne la vigne et les céréales.

franlag | 04 septembre 2009 à 12h14
 
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